Galilei, Galileo Les méchaniques 1634 Paris Mersenne, Marin fr galil_mecha_047_fr_1634.xml 047.xml

LES MECHANIQVES DE GALILÉE MATHEMATICIEN & Ingenieur du Duc de Florence.

AVEC PLVSIEVRS ADDITIONS rares, & nouuelles, vtiles aux Archite­ctes, Ingenieurs, Fonteniers, Phi­lo&longs;ophes, & Arti&longs;ans.

Traduites de l'Italien par L.P.M.M.

A PARIS, Chez HENRY GVENON, ruë S. Iacques, prés les Iacobins, à l'image S. Bernard.

M. DC. XXXIV. AVEC PRIVILEGE ET APPROBATION.

A MONSIEVR MONSIEVR DE REFFVGE, CONSEILLER DV Roy au Parlement.

MONSIËVR,

Puis qu'il y a huict ans que ie vous pre&longs;entay les liures de Mechaniques en latin, & que ie fais voir le iour à ce nouueau traitté de Galilée, qui donne de nouuelles lumieres à cette &longs;cience, il e&longs;t rai&longs;onnable que ie vous l'offre au&longs;&longs;i bien que l'autre, affin que vous &longs;oyez le premier à receuoir le contentement que l'on à cou&longs;tume de re&longs;&longs;entir en li&longs;ant tout ce qui vient de la part de cét excel­lent homme, qui a l'vn des plus &longs;ubtils e&longs;prits de ce &longs;iecle. Si la traduction &longs;emble quelque fois ob&longs;cure, à rai&longs;on des fautes du manu&longs;crit Italien ie ne doute nullement que la clairté & la viuacité de vo&longs;tre e&longs;prit n'en di&longs;&longs;ipe ay&longs;ement tous les nüages, Quant aux additions que i'y ay mi&longs;es, elles vous &longs;eront au&longs;&longs;i agrea­bles que le re&longs;te, parce qu'elles contien­nent de nouuelles &longs;peculations, qui peu­uent &longs;eruir pour penetrer les &longs;ecrets de la Phyfique & particulierement tout ce qui concerne les mouuemens tant naturels que violents. Mais i'estime que l'ordre, & le reglement admirable que la nature ob&longs;erue dans les forces mouuantes, vous donnera encore plus de plai&longs;ir, parce que vous y verrez re­luire vne équité, & vne iustice perpe­tuelle qui &longs;e garde, & que l'on remar­que &longs;i iu&longs;tement entre la force, la re&longs;i­&longs;tence, le temps, la vi&longs;te&longs;&longs;e &, le&longs;pace, que l'vn recompen&longs;e tou&longs;iours l'autre, car &longs;i le mouuement est viste, il faut beaucoup de force & s'il e&longs;t lens, vne petite force &longs;uffit. En effet il e&longs;t impo&longs;&longs;ible de gaigner la for­ce, & le téps tout ensemble, comme il e&longs;t im­po&longs;&longs;ible qu'vn homme iouy&longs;&longs;e des plai­&longs;irs fola&longs;tres du monde & de ceux du Ciel en me&longs;me temps: de &longs;orte que les Mechaniques peuuent en&longs;eigner à bien viure, &longs;oit en imitant les corps pe&longs;ans qui cherchent tou&longs;iours leur centre dans celuy de la terre comme le&longs;prit de l'hom. me doit chercher le &longs;ien dans l'e&longs;&longs;ence diuine qui e&longs;t la &longs;ource de tous les e&longs;prits ou en &longs;e tenant dans le perpetuel èquili­bre moral, & rai&longs;onnable qui con&longs;i&longs;te à rendre premierement à Dieu, & puis au prochain tout ce que luy appartient. L'autheur de ce traité a obmis beaucoup de cho&longs;es, par exemple il n'a point parlé du coin qui e&longs;t l'in&longs;trument le plus fort de tous <lb/>car &longs;a force en partie depend de l'incli­nation du plan, comme Guid Vbalde demon&longs;tre dans le traité, qu'il en a fait, de &longs;orte que le coin entre dautant plus ay&longs;ement qu'il e&longs;t plus e&longs;troit, & que &longs;es co&longs;tez panchent dauantage &longs;ur l'ho­rizon, c'e&longs;t à dire qu'ils font de moin­dres angles. Or ce me&longs;me principe e&longs;t cau&longs;e de ce que les cousteaux coupent &longs;i ay&longs;ement, & de plu&longs;ieurs autres effects que l'on peut remarquer en mille cho&longs;es, dont on cognoi&longs;tra les rai&longs;ons &longs;i on li&longs;t auec attention les traitez, della Vite, del Cuneo, della Taglia, della Leua, della Bilancia, & dell' A&longs;&longs;e nella Rota, que Guido Vbalde a com­po&longs;ez: d'où &longs;e tire la nature des Ver­rins, des Crics, des Pre&longs;&longs;es, & de tout ce qui &longs;ert à augmenter, à con&longs;eruer, ou à diminuer la force, ou le temps. La force du coin depend au&longs;&longs;i de la per­cu&longs;&longs;ion, qui e&longs;t &longs;i admirable qu'il n'y a point de fardeau &longs;i lourd, que l'on ne pui&longs;&longs;e faire remüer & cheminer auec des coups de marteau, pour petits qu'ils pui&longs;&longs;ent e&longs;tre, ce que l'on tient que Galilée a experimenté en frappant &longs;i &longs;ouuent contre vn grand coffre auec vn marteau d'épinette, qu'il la fait chan­ger de place & la fait auancer d'vn pied: ce que plu&longs;ieurs ne croyront nulle­ment encore qu'ils ne prennent pas la peine d'en faire l'experience laquelle e&longs;t tres digne de con&longs;ideration, car elle peut &longs;eruir d'vn principe pour entrer plus auant dans les &longs;ecrets de la nature. Ie lai&longs;&longs;e plu&longs;ieurs autres cho&longs;es, qui &longs;em­blent admirables, & que vous pouuez, experimenter quand il vous plaira; ie vous en diray &longs;eulement vne des plus rares, laquelle vous verrez en iettant vne bale, ou vne boule en haut le plus droit que vous pourrez, lors que vous estes dans vostre carro&longs;&longs;e, ou a cheual, & lors qu'ils courent de telle vi&longs;te&longs;&longs;e que vous voudrez, car la boule vous &longs;ui­ura, tellement que vous la pourrez rece­uoir dans la main encore que le carro&longs;&longs;e, ou le cheual ayent fait cent pas tandis que la boule aura e&longs;té dans l'air. Et &longs;i vous la lai&longs;&longs;ez tomber, elle vous &longs;uiura d'autant plus loing que le cheual ira plus viste. Galilèe a encore lai&longs;&longs;é dau­tres cho&longs;es dans &longs;on traicté comme il e&longs;t ay&longs;é de voir dans les trois liures de Mechaniques que ie vous ay pre&longs;entez & qui peuuent &longs;uppléer à ce que l'on pourroit icy de&longs;irer; de &longs;orte qu'il n'e&longs;t pas nece&longs;&longs;aire que ie m'e&longs;tende plus au long &longs;ur ce &longs;ubiect, qui dépend entiere­ment du centre de pe&longs;anteur, que l'on trouue dans toutes &longs;ortes de corps par les moyens, que Commandin & Luc Valere ont donné, dont vous auez tou­tes les propo&longs;itions.

Ie croy que &longs;i la Iu&longs;tice pouuoit par­ler qu'elle confe&longs;&longs;eroit ingenuëment qu'il n'y a nulle &longs;cience naturelle: qui luy &longs;oit &longs;i &longs;emblable que celles des Mecha­niques, c'e&longs;t pourquoy ie vous l'offre a&longs;&longs;in de te&longs;moigner l'estat que ie fais de vos vertus, qui me contraignent d'auoir la me&longs;me affection pour vous, que pour celuy qui e&longs;t aymé de Dieu & des hommes, de prier la diuine Maie&longs;tè de vous donner vne tres bonne &longs;anté, qui &longs;oit au&longs;&longs;i longue que ie le de&longs;ire: & de me dire auec toute &longs;orte de re&longs;pect.

Vo&longs;tre tres-humble &longs;eruiteur F. M. Mer­&longs;enne Minime.

PREFACE AV LECTEVR.

IE &longs;eray content &longs;i ie &longs;uis cau&longs;e que le &longs;ieur Galilée nous don­ne toutes &longs;es &longs;peculations des mouuemens, & de tout ce qui ap­partient aux Mechaniques, car ce qui viendra de &longs;a part &longs;era excel­lent: c'e&longs;t pourquoy ie prie ceux qui ont de la corre&longs;pondance à Florénce, de l'exhorter par lettres à donner au public toutes &longs;es re­marques, comme i'e&longs;pere qu'il fera puis qu'il a maintenant le temps, & la commodité tres libre dans &longs;a mai&longs;on des champs, & qu'il a encor a&longs;&longs;ez de force, quoy qu'il &longs;oit plus que &longs;eptuagenaire pour acheuer toutes &longs;es ocuures, comme il a&longs;&longs;eure dans vne lettre de &longs;a main que l'on m'a commu­niquée. Or en attendant ces trai­tez excellent, l'on peut voir les 3 liures des Mechaniques, que le feis imprimer l'année 1626; à quoy i'aioute maintenant la con&longs;idera­tion des deux cercles qu'Ari&longs;tote a propo&longs;ez dans la 24 que&longs;tion de &longs;es Mechaniques, parce que plu­&longs;ieurs la trouuent admirable dau­tant qu'ils ne l'entendent pas. Et pour ce &longs;ujet &longs;oit le grand cer­cle ACB, & le moindre FGH, il

e&longs;t certain que quand le quart du grand cercle BD s'e&longs;t meu iu&longs;ques au poinct O, de &longs;orte que le point D &longs;e rencontre au point O, que le point E du quart du moindre cercle FE &longs;e ren­contre au point N, & con&longs;equemment que le petit cercle fait autant de chemin que le grand en me&longs;me temps, pui&longs;que le plan FN &longs;ur le­quel il &longs;e meut e&longs;t égal au plan DO, &longs;ur lequel roule le grand.

D'où quelques vns conclunt qu'il n'y a point de &longs;i petit cercle que l'on ne le pui&longs;&longs;e dire égal au plus grand qui &longs;e pui&longs;&longs;e imaginer, puis qu'il re&longs;pond à vn e&longs;pace égal Car plu&longs;ieurs croyent que les par­ties du petit ne trainent point, qu'elles ne froi&longs;&longs;ent nullement le plan, & que chaque point, & cha­que partie de &longs;a circonference touche &longs;eulement à chaque point, & à chaque partie du plan. Il faut dire la me&longs;me cho&longs;e du grand cercle à l'égard du petit, lors que le grand &longs;e meut par le mouue­ment du petit, car le grand dimi­nuë &longs;on chemin &longs;uiuant les traces du petit, de &longs;orte que &longs;i le petit ne fait qu'vn pied de Roy dans vn tour, le grand quoy qu'égal au Ciel des e&longs;toiles, ne fait au&longs;&longs;i qu'vn pied de Roy dans vn tour. Ce que quelques vns expliquent par le moyen de la rarefaction, & de la conden&longs;ation, en comparant le mouuement du grand cercle à celle-cy, & le mouuement du moindre à celle la, quand le moin­dre e&longs;t meu par le plus grand, & au contraire, lors que le moindre meut le plus grand. Or il faut aduoüer que la negligence des hommes e&longs;t étrange, qui &longs;e trom­pent &longs;i &longs;ouuent pour ne vouloir pas faire la moindre experience du monde & qui &longs;e trauaillent e&ngrave; vain à la recherche des rai&longs;ons d'vne cho&longs;e qui n'e&longs;t point, com­me il arriue en celle cy, car le petit cercle ne meut iamais legrand que plu&longs;ieurs parties du grand ne touchent vne me&longs;me partie du plan, dont chaque partie e&longs;t touchée par cent parties dif­ferentes du grand cercle quand il e&longs;t cent fois plus grand que l'au­tre. Et lors que le petit e&longs;t meu parle grand, vne me&longs;me partie du petit, touche cent parties du grand, comme l'experience fera voir à tous ceux qui la feront en a&longs;&longs;ez grand volume.

Les me&longs;mes erreurs arriuent en plu&longs;ieurs autres chofes, ce qui a donné &longs;uiect à quelques vns d'e&longs;­crire derebus fal&longs;ò creditis, dont ie donneray encore icy vn exem­ple. L'on croyt que &longs;i on iette vne pierre en haut le plus droit que l'on peut: lors que l'on e&longs;t dans vn nauire qui &longs;ingle à pleins voi­les, ou dans vn carro&longs;&longs;e qui va en po&longs;te, que la pierre tombera de­riere le lieu d'ou l'on la iette, quoy que l'experience en&longs;eigne qu'elle retombe dans la main qui la iette encore que le nauire, ou le carro­&longs;&longs;e fa&longs;&longs;e cent pas, tandis que la pierre e&longs;t dans l'air.

Mais ie re&longs;erue la rai&longs;on de cecy pour vn autre lieu, affin que ie ne &longs;ois pas containct de faire vne preface, qui égale le liure qui &longs;uit c'e&longs;t pourquoy i'aioûte &longs;eulement qu'auant que l'on entreprenne les ouurages où les Machines doiuent entrer, & que l'on &longs;e &longs;er­ue des ingenieurs & arti&longs;ans, qu'il e&longs;t à propos de leur faire expo&longs;er leurs de&longs;&longs;eins, & leurs modelles en public, & particulierement à la veûe des excellents Geometres qui &longs;ça­uent les vrayes rai&longs;ons de toutes &longs;ortes de Machines, & qui peuuent preuoir les inconueniens, & les ob&longs;tacles de l'air, de l'eau, & des autres circon&longs;tances, à faute de­quoy il arriue trop &longs;ouuent que plu&longs;ieurs font des de&longs;pen&longs;es ex- ce&longs;&longs;iues dans leurs mai&longs;ons où ils veulent faire de grandes éleuations d'eau, en &longs;e &longs;eruant de certains in­genieurs, qui &longs;e di&longs;ent tres-experts, & qui neantmoins &longs;ont contrains de s'enfuir honteu&longs;ement, lors qu'ils n'ont peu venir à bout de leurs de&longs;&longs;eins.

Or pour éuiter ces de&longs;pences inutiles, il faudroit afficher par les ruës, ou aduertir publiquement de l'ouurage que l'on veut entre­prendre, affin que tous les inge­nieurs apporta&longs;&longs;ent leur modelle en &longs;ecret à iour nommé & qu'il fu&longs;t examiné par les plus habiles Mathematiciens, par les inge­nieurs, & par les charpentiers de moulins, qui choi&longs;iroient le meil­leur de&longs;&longs;ein. Car il faut ioindre la pratique à la theorie non &longs;eule­ment dans l'execution, mais au&longs;&longs;i dans l'élection, des modelles, affin qu'il n'y ayt rien à redire ny à re­faire dans les ouurages de grand cou&longs;t, comme &longs;ont les pompes du pont neuf, & du nouueau que l'on a fait au bas du Louure, & que nul ne &longs;e ruine à faire accom­moder les lieux de plai&longs;ir, ou l'on veut auoir des fonteines des grot­tes, des arcs en Ciel, &c. Mais la con&longs;ideration des pompes merite vn di&longs;cours plus particulier, & cette preface e&longs;t de&longs;ia trop lon­gue, c'e&longs;t pourquoy i'ajoute &longs;eu­lement la table des Chapitres du liure.

TABLE DV LIVRE

des Mechaniques.

TABELLE WAR HIER

Fautes de l'Impre&longs;&longs;ion corrigées.

Page 13, l. 13. inegaux. p. 16. l. 2. o&longs;tez de ligne 7. & 8. DS à C. de page 21. ligne 14. au lieu de P. li&longs;ez D. p. 24. l.1. au lieu de e&longs;t égal li&longs;ez. &longs;ont chacune egales, l. 4. au lieu de ou li&longs;ez & Atout au contraire. p.25. l. 18 pour &longs;approchant li&longs;ez approchent. p.26. corrigez les lettres de la 2 ligne & pour A de l'antepenul. li&longs;ez E. p. 28. l 1. roüe p. 30. l. 7. l'Organe. l 25. apres B li&longs;ez F p. 33. ligne 6 l'extremitéA. l. 8. poids l.13. au lieu de F. li&longs;ez C. l. 25. apres fardeau li&longs; E. l. 26 pour C. li&longs;ez G. p. 34. l. 1 AG. l. 3. poids. l. 10. pour E. li&longs;ez. C. >p. 37. l. 16. apres immobile li&longs;ez A. p. 41 l. 8. pour des li&longs;. du l.24. pour E li&longs;ez &. p. 45.l. 8 pour B li&longs;. D. p. 51. l. antep. pour parce, li&longs;.par. p. 52.l. penul. BM. p. 53 adioútez la lettre P au bas de la figure. p. 57. l. 10. C A. p. 78l. derniere effacez par.

S'il y a quel qu'autre faute, le lecteur iudi­cieux la &longs;uppleera.

PRIVILEGE DV ROY.

PAr lettres du Roy donnees à Paris le mois d'Aou&longs;t de l'année 1629. &longs;ignees Perrochel, & &longs;eelees du grand &longs;ceau de cire iaune, il e&longs;t permis au P. M. Mer&longs;enne Religieux Minime de faire imprimer par tel Libraire que bon luy &longs;emblera Plu&longs;ieurs Traittez de Philo&longs;ophie, de Theologie, & de Mathema­tique. Et deffences &longs;ont faites à toutes per&longs;onnes de quelque qualité qu'ils &longs;oient de les faire imprimer, vendre & diftribuer pendant le temps de &longs;ix ans à compter du iour que le&longs;dits liures &longs;e­ront acheuez d'imprimer, comme il e&longs;t plus amplement porté dans les let­tres dudit Priuilege.

Et ledit P. M. Mer&longs;enne à con&longs;enty & con­&longs;ent que Henry Guenon ioüi&longs;&longs;e dudit Pri­uilege, comme il e&longs;t plus amplement decla­ré par l'accord fait entr eux.

Et le&longs;dits liures ont e&longs;té acheués d'imprimer le 30. Iuin 1634.

LES MECHANIQVES DE GALILEE FLOREN­TIN, INGENIEVR ET Mathematicien du Duc de Florence.

CHAPITRE PREMIER.

Dans lequel on void la Preface qui mon&longs;tre l'vtilité des Machines.

AVANT que d'entrepren­dre la &longs;peculation des in­&longs;trumens de la Mechani­que, il faut remarquer en general les commoditez, & les profits que l'on en peut tirer, afin que les arti­&longs;ans ne croyent pas qu'ils pui&longs;&longs;ent &longs;eruir aux operations, dont ils ne &longs;ont pas ca-pables, & que l'on pui&longs;&longs;e leuer de grands fardeaux auec peu de force: car la na­ture ne peut e&longs;tre trompée, ni ceder à &longs;es droits: & nulle re&longs;i&longs;tence ne peut e&longs;tre &longs;urmontée que par vne plus gran­de force, comme ie feray voir apres: & con&longs;equemment les Machines ne peu­uent &longs;eruir à leuer de plus grands far­deaux que ceux qu'vne force égale peut leuer &longs;ans l'ayde d'aucun in&longs;tru­ment: c'e&longs;t pourquoy il faut expliquer les vrayes vtilitez des Machines, afin que l'on ne trauaille pas en vain, & que l'e&longs;tude que l'on fera, reü&longs;&longs;i&longs;&longs;e heureu­&longs;ement.

Il faut donc icy con&longs;iderer 4. cho&longs;es, à &longs;çauoir le fardeau que l'on veut tran&longs;­porter d'vn lieu à vn autre: la force qui le doit mouuoir; la di&longs;tance par laquel­le &longs;e fait le mouuement; & le temps dudit mouuement, parce qu'il &longs;ert pour en determiner la vi&longs;te&longs;&longs;e, puis qu'elle e&longs;t d'autant plus grande que le corps mobile, ou le fardeau pa&longs;&longs;e par vne plus grande di&longs;tance en me&longs;me temps: de &longs;orte que &longs;i l'on &longs;uppo&longs;e telle re&longs;i&longs;tence, telle force, & telle di&longs;tance determinée que l'on voudra, il n'y a nul doute que la force requi&longs;e conduira le fardeau à la di&longs;tance donnée, quoy que ladite force &longs;oit tre&longs;-petite, pourueu que l'on diui&longs;e le fardeau en tant de parties que la force en pui&longs;&longs;e mouuoir vne, car elle les tran&longs;portera toutes les vnes apres les autres; d'où il &longs;'en&longs;uit que la moindre force du monde peut tran&longs;porter tel poids que l'on voudra.

Mais l'on ne peut dire à la fin du tran&longs;­port, que l'on ayt remué vn grand far­deau auec peu de force, puis qu'elle a tou&longs;iours e&longs;té égale à chaque partie du fardeau: de maniere que l'on ne gaigne rien auec les in&longs;trumens, dautant que &longs;i l'on applique vne petite force à vn grand fardeau, il faut beaucoup de temps, & que &longs;i l'on veut le tran&longs;porter en peu de temps, il faut vne grande force. D'où l'on peut conclurre qu'il e&longs;t impo&longs;&longs;ible qu'vne petite force tran&longs;porte vn grand poids dans moins de temps qu'vne plus grande force.

Neantmoins les Machines &longs;ont vti­les pour mouuoir de grands fardeaux tout d'vn coup &longs;ans les diui&longs;er, parce que l'on a &longs;ouuent beaucoup de temps, & peu de force, c'e&longs;t pourquoy la lon- gueur du temps recompen&longs;e le peu de force: Mais celuy-là &longs;e tromperoit qui voudroit abreger le temps en n'v&longs;ant que d'vne petite force, & mon&longs;treroit qu'il n'entend pas la nature des Machi­nes, ny la rai&longs;on de leurs effets.

La &longs;econde vtilité des in&longs;trumens con&longs;i&longs;te en ce qu'on les applique à des lieux dont on ne pourroit tirer, ou tran&longs;­porter les fardeaux, & beaucoup de cho&longs;es &longs;ans leur ay de, comme l'on ex­perimente aux puits, dont on tire de l'eau auec vne chorde attachée aux poulies, ou aux arbres des roües, par le moyen de&longs;quelles on en tire vne quantité, dans vncertain temps, auecvne force limitée, &longs;ans qu'il &longs;oit po&longs;&longs;ible d'em tirer vne plus grande quantité auec vne force égale, & en me&longs;me temps. Au&longs;&longs;i les pompes qui vuident le font des Nauires, n'ont elles pas e&longs;té inuentées pour pui&longs;er, & tirer vne plus grande quantité d'eau dans le me&longs;me temps, & par la me&longs;me force dont on v&longs;e en pui&longs;ant auec vn &longs;eau, mais parce qu'il e&longs;t inutile à cet effet, dautant qu'il ne peut pui&longs;er l'eau &longs;ans &longs;'enfoncer dedans, car il faudroit le coucher au fond pour pui&longs;er obli- quement le peu d'eau qui re&longs;te: ce qui ne peut arriuer, quand on le de&longs;cend auec vne chorde, qui le porte perpen­diculairement: mais la pompe tire l'eau iu&longs;ques à la derniere goute.

La 3. vtilité des Machines e&longs;t tres­grande, parce que l'on euite les grands frais & le cou&longs;t en vsant d'vne force ina­nimée, ou &longs;ans rai&longs;on, qui fait les me&longs;­mes cho&longs;es que la force des hommes animée, & conduite par le iugement, comme il arriue lors que l'on fait meu­dre les moulins auec l'eau des e&longs;tangs, ou des fleuues, ou auec vn cheual, qui &longs;upplée la force de 5. ou 6. hommes. Et parce que le cheual a vne grande for­ce, & qu'il manque de di&longs;cours, l'on &longs;upplée le rai&longs;onnement nece&longs;&longs;aire, par le moyen des roües & des autres Ma­chines qui &longs;ont ébranlées par la force du cheual, & qui rempli&longs;&longs;ent, & tran&longs;­portent le vai&longs;&longs;eau d'vn lieu à l'autre & qui levuident &longs;uiuant le de&longs;&longs;ein de l'In­genieur. Or il faut conclurre de tout ce di&longs;cours que l'on ne peut riem gaigner en force que l'on ne le perde en temps, & que la plus grande vtilité des Machi­nes con&longs;i&longs;te à épargner la dépence, com- me i'ay mon&longs;tré, & con&longs;equemment que ceux qui trauaillent à &longs;uppléer la force, & le temps tout en&longs;emble, ne meritent nullement d'auoir du temps, puis qu'ils l'employent &longs;i mal, comme l'on verra à la &longs;uitte de ce traité.

CHAP. II.

Des definitions, nece&longs;&longs;aires pour la &longs;cience des Mechaniques.

NOus commençons ce traité par les definitions, & par les &longs;uppo&longs;itions qui &longs;ont propres à cet art, afin d'en tirer les cau&longs;es, & les rai&longs;ons de tout ce qui ar­riue aux Machines, dont il faut expli­quer les effects, car chaque &longs;cience a &longs;es definitions & &longs;es principes, qui &longs;ont con­me des &longs;emences tre&longs;-fecondes, de&longs;­quelles nai&longs;&longs;ent toutes les conclu&longs;ions, & le fruict que l'on en pretend retirer, Or puis que les Machines &longs;eruent ordi­nairement pour tran&longs;porter les cho&longs;es pe&longs;antes, nous commençons par la de­finition de la pe&longs;anteur, que l'on peut au&longs;&longs;i nommer grauité.

Premiere definition.

La pe&longs;anteur d'vn corps e&longs;t l'inclina­tion naturelle qu'il a pour &longs;e mouuoir, & &longs;e porter en bas vers le centre de la terre. Cette pe&longs;anteur &longs;e rencontre dans les corps pe&longs;ans à rai&longs;on de la quan­tité des parties materielles, dont ils sont compo&longs;ez; de &longs;orte qu'ils &longs;ont dautant plus pe&longs;ans qu'ils ont vne plus grande quantité de&longs;dites parties &longs;ouz vn me&longs;­me volume.

Deuxie&longs;me definition.

Le moment e&longs;t l'inclination du me&longs;­me corps, lors qu'elle n'e&longs;t pas &longs;eule­ment con&longs;iderée dans ledit corps, mais conioinctement auec la &longs;ituation qu'il a &longs;ur le bras d'vn leuier, ou d'vne balan­ce; & cette &longs;ituation fait qu'il contre­pe&longs;e &longs;ouuent à vn plus grands poids, à rai&longs;on de &longs;a plus grande di&longs;tance d'auec le centre de la balance. Car cet éloi­gnement e&longs;tantioint à la propre pe&longs;an­teur du corps pe&longs;ant, luy donne vne plus forte inclination à de&longs;cendre: de &longs;orte que cette inclination e&longs;t compo&longs;ée de la pe&longs;anteur ab&longs;oluë du corps, & de l'é­loignement du centre de la balance, ou de l'appuy du leuier. Nous appellerons donc tou&longs;iours cette inclination com­po&longs;ée, moment, qui répond au r(owh\ des Grecs.

Troi&longs;ie&longs;me definition.

Le centre de pe&longs;anteur de chaque corps e&longs;t le point autour duquel toutes les parties dudit corps &longs;ont également balancées, ou équiponderantes: de &longs;or­te que &longs;i l'on &longs;'imagine que le corps &longs;oit &longs;ou&longs;tenu, ou &longs;u&longs;pendu par ledit point, les parties qui &longs;ont à main droite, con­trepe&longs;eront à celles de la gauche, celles de derriere à celles de deuant, & celles d'enhaut à celles d'en bas, & &longs;e tien­dront tellement en équilibre, que le corps ne s'inclinera d'vn co&longs;té ni d'au­tre, quelque &longs;ituation qu'on luy pui&longs;&longs;e donner, & qu'il demeurera tou&longs;iours en cet e&longs;tat. Or le centre de pe&longs;anteur e&longs;t le point du corps qui s'vniroit au cen­tre des cho&longs;es pe&longs;antes, c'e&longs;t à dire au centre de la terre, s'il y pouuoit de&longs;cen­dre.

CHAP. III.

Des &longs;uppo&longs;itions de cet art.

I. SVPPOSITION.

TOut corps pe&longs;ant &longs;e meut telle­ment en bas que le centre de &longs;a pe&longs;anteur ne &longs;ort iamais hors de la ligne droite, qui e&longs;t décrite, ou imaginée de­puis ledit centre de pe&longs;anteur iu&longs;ques à celuy de la terre. Ce qui e&longs;t &longs;uppo&longs;é auec rai&longs;on, car puis que le centre de pe&longs;anteur de chaque corps &longs;e doit aller vnir au centre commun des cho&longs;es pe­&longs;antes, il e&longs;t nece&longs;&longs;aire qu'il y aille par le chemin le plus court, c'e&longs;t à dire par la ligne droite, s'il n'a point d'empe&longs;­chement.

II. SVPPOSITION.

Chaque corps pe&longs;e principalement &longs;ur le centre de &longs;a pe&longs;anteur, dans le­quel il rama&longs;&longs;e, & vnit toute &longs;on impe­tuo&longs;ité, & &longs;a pe&longs;anteur.

III. SVPPOSITION.

Le centre de la pe&longs;anteur de deux corps également pe&longs;ans e&longs;t au milieu de la ligne droite qui conioint les cen­tres de pe&longs;anteur de&longs;dits corps; c'e&longs;t à dire que deux corps également pe&longs;ans, & également éloignez de l'appuy de la balance ont le point de leur équilibre au milieu de la commune conjonction de leurs éloignemens égaux: par exem­ple, la di&longs;tance CA, e&longs;tant égale à la di&longs;tance CB, & les deux poids égaux G & H, e&longs;tant &longs;u&longs;pendus aux points A & B, il n'y a nulle rai&longs;on pour laquelle ils doiuent plu&longs;to&longs;t s'incliner d'vn co&longs;té que de l'autre.

Mais il faut remarquer que la di&longs;tan­ce des poids, ou des corps pe&longs;ans d'auec

l'appuy &longs;e doit me&longs;urer par les li­gnes perpendiculaires, qui tombent des points de la &longs;u&longs;pen&longs;iom, ou des centres de la pe&longs;anteur de chaque corps iu&longs;ques au centre de la terre. De là vient que la di&longs;tance BC, e&longs;tant tran&longs;portée en CD, le poids D ne contrepe&longs;era plus au poids A, parce que la ligne tirée du point de &longs;u&longs;pen&longs;ion, ou du centre de pe&longs;anteur du poids D iu&longs;ques au centro de la terre, &longs;era plus proche de l'appuy C, que l'autre ligne tirée du point de la &longs;u&longs;pen&longs;ion de B, ou du centre de pe&longs;anteur du poids H. Il e&longs;t donc nece&longs;&longs;aire que les poids égaux &longs;oient tellement &longs;u&longs;­pendus de di&longs;tances égales, que les li­gnes perpendiculaires tirées par les cen­tres de leurs pe&longs;anteurs au centre de la terre, &longs;e trouuent égallement éloignées de l'appuy C, lors qu'elles pa&longs;&longs;eront vis à vis d'iceluy.

PREMIERE ADDITION.

La figure qui &longs;uit explique mieux le di&longs;cours precedent, car il e&longs;t cuident que le poids E qui pend au leuier AB éleué en E ne pe&longs;e que comme s'il e&longs;toit au point K; & quand il e&longs;t en G, il ne pe&longs;e que comme s'il e&longs;toit au point I. Or l'om peut s'in&longs;truire de plu&longs;ieurs cho­&longs;es par cette figure; dont nous parlerons apres, ie diray &longs;eulementicy que NO, repre&longs;ente au&longs;&longs;i vn leuier parallele à

BA, ou &longs;i l'on veut, vne balan­ce, dont le centre ou l'appuy e&longs;t en D, & que ce le­uier peut &longs;eruir pour abbai&longs;&longs;er les corps legers, comme il arriue­roit &longs;i l'air e&longs;toit retenu dans l'eau: par exemple, &longs;i LM e&longs;toient des ve&longs;&longs;ies remplies d'air, car de n'ageantes qu'el­les &longs;eroient &longs;ur l'eau, la force appliquée à N hau&longs;&longs;ant N vers A feroit abbai&longs;&longs;er ledit air; de &longs;orte que la Mechanique peut au&longs;&longs;i bien s'appliquer, & &longs;eruir pour abbai&longs;er les corps legers, comme pour hau&longs;&longs;er les pe&longs;ans.

CHAP. IV.

Dans lequel l'vn des principes generaux des Mechaniques e&longs;t expliqué.

APres auoir expliqué les &longs;uppo&longs;i­tions, il faut e&longs;tablir vn principe general, qui &longs;ert pour demon&longs;trer ce qui arriue à toutes &longs;ortes de Machines, à &longs;çauoir que les poids inegaux &longs;u&longs;pen­dus à des di&longs;tances inégales pe&longs;ent éga­lement, & &longs;ont en équilibre, quand le&longs;­dites di&longs;tances ont me&longs;me proportion entr'elles que les poids. Ce qu'il faut demon&longs;trer par la troi&longs;ie&longs;me &longs;uppo&longs;i­tion, dans laquelle il e&longs;t dit, que les poids égaux pe&longs;ent également lors qu'ils &longs;ont également éloignez de l'appuy: car c'e&longs;t vne me&longs;me cho&longs;e que d'attacher des poids égaux à des di&longs;tances inégales.

Ce qui &longs;e demon&longs;tre par cette figure,

dans laquel­le DECF repre&longs;ente vn cylindre homogene, ou de me&longs;­me nature en toutes &longs;es parties, lequel e&longs;t attaché par &longs;es deux bouts C & D aux points AB, de &longs;orte que la ligne AB e&longs;t égale à la hauteur du cylindre CF.

Il e&longs;t certain que &longs;i on l'attache par le milieu au point G, qu'il &longs;era en équili­bie, parce que &longs;i l'on tiroit vne ligne droite du point G au centre de la terre, elle pa&longs;&longs;eroit par le centre de la pe&longs;an­teur du &longs;olide EF, & par con&longs;equent toutes les parties qui &longs;ont à l'entour de ce centre &longs;eroient en équilibre, par la 3. definition, car c'e&longs;t me&longs;me cho&longs;e que &longs;i l'on attachoit les deux moitiez du cy­lindre aux deux points A & B.

Suppo&longs;ons maintenant que le cylin­dre &longs;oit couppé en deux parties inéga­les par les points, ou par la ligne SI, il e&longs;t certain qu'elles ne &longs;eront pas équi­libres, & con&longs;equemment qu'elles ne demeureront pas en la &longs;ituation prece­dente, n'ayant point d'autre &longs;ou&longs;tien qu'aux points A & B. Mais &longs;i l'on atta­che vne chorde au point H, pour &longs;ou­&longs;tenir le poids par le point I, G &longs;era en­core le centre de l'équilibre, parce que l'on n'a pas changé la pe&longs;anteur, ny la &longs;ituation des parties du cylindre.

D'où il s'en&longs;uit que n'y ayant point de changement aux parties du poids, ny dans leur &longs;ituation à l'égard de la ligne AB, le me&longs;me point G demeurera le centre de l'équilibre, comme il l'a e&longs;té dés le commencement. Car puis que la partie ES retiendra tou&longs;iours la me&longs;- me di&longs;po&longs;ition que la ligne AH, à la­quelle elle &longs;era parallele, &longs;i l'on y ad­iou&longs;te le lien NL pour &longs;ou&longs;tenir SD par &longs;on centre de pe&longs;anteur, & &longs;i l'on adiou&longs;te &longs;emblablement le lien MK pour &longs;ou&longs;tenir la partie du cylindre CS di&longs;iointe d'auec SD, il n'y a nul doute que ces deux parties demeureront en­core en équilibre au point G. Par où l'on void que ces 2. parties e&longs;tant ain&longs;i &longs;u&longs;penduës, & attachées ont vn mo­ment égal, lequel e&longs;t l'origine, & la &longs;ource de l'équilibre du point G, en fai­&longs;ant que la di&longs;tance GN &longs;oit d'autant plus grænde que la di&longs;tance GM, que la partie du cylindre ES e&longs;t plus gran­de que la partie SD. Ce qu'il e&longs;t ay&longs;é de demon&longs;trer: dautant que la ligne MH e&longs;tant la moitié de la ligne HA, & la ligne NH e&longs;tant la moitié de la li­gne HB, toute la ligne MN &longs;era la moitié de toute la ligne AB, dont GB e&longs;t encore la moitié, de &longs;orte que MN & BG &longs;ont égales entr'elles: de&longs;quel­les &longs;i l'on o&longs;te la commune partie GH, MH &longs;era égale à GN.

Or nous auons de&longs;ia fait voir que MG e&longs;t égale à HN. D'où il s'en&longs;uit qu'il y a me&longs;me rai&longs;on de MN à HN, que de KI à LI, & de la double de EI à la double de DI, & finalement du &longs;o­lide CS au &longs;olide SD, dont CI, & DI &longs;ont les hauteurs.

Il faut donc conclurre qu'il y a me&longs;­me rai&longs;on de MG à GN, que de CI à DS, & par con&longs;equent que ces deux corps CI & DS ne pe&longs;ent pas &longs;eule­ment également, quand leurs di&longs;tances d'auec l'appuy, ou le point d'où ils &longs;ont &longs;u&longs;pendus, &longs;ont en rai&longs;on reciproque de leurs pe&longs;anteurs, mais au&longs;&longs;i que c'e&longs;tvne me&longs;me cho&longs;e que &longs;i l'on attachoit des poids égaux à des di&longs;tances égales: de &longs;orte que la pe&longs;anteur de CS s'e&longs;tend & &longs;e communique en quelque maniere virtuellement par delà le &longs;ou&longs;tien G, duquel la pe&longs;anteur ID s'éloigne, & &longs;e retire, comme l'on peut comprendre par ce di&longs;cours. Ce qui arriuera &longs;em­blablement &longs;i ces corps cylindriques &longs;ont reduits, & changez aux &longs;pheres X & Z, ou en telles figures que l'on vou­dra, car l'on aura tou&longs;iours le me&longs;me équilibre, la figure n'e&longs;tant qu'vne qua­lité, laquelle n'a pas la pui&longs;sance de la pe­&longs;anteur, qui deriue de la &longs;eule quantité.

Il faut donc conclurre que les poids inégaux pe&longs;ent également, & produi&longs;ent l'équilibre, lors qu'ils &longs;ont &longs;u&longs;pendus de di&longs;tances iné­gales qui &longs;ont en rai&longs;on reciproque de&longs;dits poids.

CHAP. V.

Où l'on void quelques aduerti&longs;&longs;emens &longs;ur le di&longs;cours precedent.

APres auoir demon&longs;tré que les mou­uements des poids inégaux &longs;ont égaux, quand ils &longs;ont attachez à des points, dont les di&longs;tances d'auec l'ap­puy ont me&longs;me proportion que les

poids, il faut enco­re re­marquer vne autre proprieté qui con­firme la verité precedente, car &longs;i l'on con&longs;idere la balance BD diui&longs;ée en parties inégales par le point C, & que les poids &longs;u&longs;pendus aux points B & D &longs;oient en rai&longs;on reciproque des di&longs;tances BC, & CD, c'e&longs;t à dire que le poids atta- ché à B &longs;oit d'autant plus grand que le poids attaché à D, que la di&longs;tance CD e&longs;t plus grande que la di&longs;tance CB, il e&longs;t certain que l'vn contrepe&longs;era l'au­tre, & qu'ils &longs;eront en equilibre: & que &longs;i l'on adiou&longs;te quelque cho&longs;e à l'vn, par exemple, au poids D, qu'il de&longs;cendra en bas en I, & con&longs;equemment qu'il éleuera les poids B en G. Mais &longs;i l'on con&longs;idere le mouuement du poids D, & du poids B, l'om trouuera que le mou­uement de D de&longs;cendant en I &longs;ur pa&longs;&longs;e autant le mouuement de B en G, com­me la diftance DC &longs;urpa&longs;&longs;e la di&longs;tance CB, ou CG, car les deux angles GCB, & DC I &longs;ont égaux, & con&longs;equemment les deux parties de cercle décrites par D & par B &longs;ont &longs;emblables, & ont me&longs;­me proportion entr'elles que leurs &longs;e­midiametres BC, & CD, par le&longs;quels elles ont e&longs;té décrites.

D'où il &longs;'en&longs;uit que la vi&longs;te&longs;&longs;e du poids D, qui de&longs;cend en I &longs;urpa&longs;&longs;e autant cel­le du poids B qui monte en G, que la pe&longs;anteur de B e&longs;t plus grande que cel­le de D; & que l'on ne peut éleuer B que D ne &longs;e meuue plus vi&longs;te: parce que la vi&longs;te&longs;&longs;e de D recompen&longs;e la gran- de re&longs;i&longs;tence de B, qui monte lentement en G, tandis que D de&longs;cend bien vi&longs;te en I, de &longs;orte que G a autant de tardi­ueté que de pe&longs;anteur, comme D a au­tant de vi&longs;te&longs;&longs;e que de legereté.

Or il e&longs;t ay&longs;é de conclurre par tout ce di&longs;cours la grande force qu'apporte la vi&longs;te&longs;&longs;e du mouuement, pour accroi&longs;tre

la pui&longs;­&longs;ance du mobile, laquelle e&longs;t d'autant plus grande que le mouue­ment e&longs;t plus vi&longs;te. Mais auant que de pa&longs;&longs;er outre, il faut remarquer que les di&longs;tances qui &longs;ont entre les bras de la balance, & l'appuy doiuent e&longs;tre me­&longs;urées par la di&longs;tance horizontale: par exemple, les poids A & B &longs;ont égale­ment éloignez de l'appuy C: c'e&longs;t pour­quoy ils &longs;ont en équilibre, qu'ils per­dent, lors que le poids B e&longs;t éleué en D, dautant que la ligne tirée perpendicu­lairement de D &longs;ur l'horizon BCA vers le centre de la terre, s'approche plus pres de l'appuy C, que ne fait le point B: & parcant D ne pe&longs;e pas tant que B, à rai&longs;on de &longs;a &longs;ituation, & par con&longs;e- quent D n'e&longs;t plus équilibre à rai&longs;on que la di&longs;tance horizontale de D à C e&longs;t moindre que celle de B à C.

CHAP. VI.

De la Romaine, de la Balance, & du Leuict,

LE me&longs;me principe qui a e&longs;té expli­qué dans le 4. & le 5. chap. &longs;ert en­core pour entendre la nature de ces 3. in&longs;trumens, dont le premier (que les Latins appellent Statera, les Grecs fa/lagc Phalanx; & que nous appellons vulgairement la Romaine, le Crochet, le Pezon, ou le Poids) e&longs;t vtile pour pe&longs;er toutes &longs;ortes de fardeaux par le moyen d'vn contrepoids mobile, que l'on non­me le Pezon, & que les Grecs appellent antish/xwma, sfai/rwma, a)rth/ma, & les Latins æquipondium.

Soit donc la Romaine BD, dont le &longs;ou&longs;tien &longs;oit au point C, que les Grecs appellent swa/rtion, & u(pomo/xlion, & les La­tins agina, &longs;partum, & an&longs;a. Que B &longs;oit le fardeau que l'on veut pe&longs;er, & D le contrepoids. Ie dis que s'il y a me&longs;me rai&longs;on de la di&longs;tance DC à CB, que du poids B au contrepoids D, qu'ils &longs;eront en équilibre, parce que les di&longs;tances des bras, ou des branches de la Romaine &longs;ont en rai&longs;on reciproque des poids qui &longs;e contrebalancent.

Or cet in &longs;trument n'e&longs;t pas different du leuier, qui &longs;ert àremuer des fardeaux tre&longs;-lourds, & tre&longs;-pe&longs;ans auec peu de force, comme l'on void dans cette me&longs;­me figure, dans laquelle B repre&longs;ente le fardeau, qu'il faut leuer en G; & C repre&longs;ente l'appuy &longs;ur lequel le leuier BP pre&longs;&longs;e, & &longs;e meut & la main, ou quelque autre force pre&longs;&longs;e le leuier au point D, & l abai&longs;&longs;e iu&longs;ques à I pour fai­re monter B en G.

Cecy e&longs;tant po&longs;é, la force mi&longs;e en D leuera le poids B toutes & quantesfois qu'il y aura me&longs;me rai&longs;on de la di&longs;tance DC à la di&longs;tance BC, que du poids B à la force D, de &longs;orte que l'on peut tou&longs;iours diminuer la force à me&longs;ure que l'on allonge la partie du le­uier CD: par exemple, parce qu'il y a 5. fois plus loin de C à D que de C à B, &longs;i B pe&longs;e 5. liures, la force d'vne liure le tiendra en équilibre au point D, parce que CD e&longs;t quintuple de CB.

Mais l'auantage de ces 3. in&longs;tru­mens ne con&longs;i&longs;te pas à &longs;urmonter, ou à tromper la nature, en fai&longs;ant qu'vne petite force &longs;urmonte vne grande re&longs;i­&longs;tence, car on fera le me&longs;me effet en me&longs;ine temps, & auec me&longs;me force sans la di&longs;tance CD, laquelle e&longs;t cau&longs;e que la force D a cinq fois plus de chemin à fai­re de D en I, que le poids n'en fait de B en G, & con&longs;equemment elle em­

ploye 5. fois pl9 de temps que &longs;i elle e&longs;toit en L, pour &longs;e tran&longs;por­ter en M. Or la force D e&longs;tant en L le­uera la cinquie&longs;me partie du poids B de B en G, en me&longs;me temps que D leue B, de &longs;orte qu'elle leuera tout le poids B en G en repetant 5. fois le chemin LM; ce qui e&longs;t la me&longs;me cho&longs;e que de faire vne fois le chemin DI: & con&longs;equem­ment le tran&longs;port de B en G ne requiert pas moins de force, ou moins de temps, ou vn chemin plus court, &longs;oit que l'on mette la force en D, ou en L.

D'où il faut conclurre que le leuier &longs;ert &longs;eulement pour mouuoir les far­deaux tout d'vn coup, & à vne &longs;eule fois, qu'il faudroit autrement mouuoit par parties, & à plu&longs;ieurs fois.

II. ADDITION.

L'on pourroit icy traiter des deux autres &longs;ortes de leuiers, dont parle Guid­Vbalde dans &longs;es Mechaniques, mais il &longs;uffit de comprendre la rai&longs;on de celuy que propo&longs;e cét Autheur, car nous par­lerons des autres ailleurs. I'adjou&longs;te &longs;eulement cette figure, par laquelle l'on comprendra mieux &longs;on intention.

Soit donc le leuier AF, par lequel la force ap­pliquée en F leue le far­deau A iu&longs;­ques à G, encore que elle &longs;oit 4. fois moindre qu'A, mais l'arc de &longs;on chemin FI e&longs;t quatre fois plus grand que l'arc AG, car FM, ML, LK, & K I'e&longs;t égal à AG, comme l'on void par la con&longs;truction, de &longs;orte que F ne gaigne rien en force qu'il ne le perde en chemin, ou ne gaigne rien en chemin qu'il ne le perde en force. Or la plus grande difficulté des Mechaniques con­&longs;i&longs;te, ce me &longs;emble, à &longs;çauoir pourquoy la plus grande di&longs;tance de la force, ou du poids F d'auec l'appuy B augmente ladite force, & pourquoy le poids A ou C e&longs;tant tran&longs;porté en F a quatre fois plus de force que deuant. Ari&longs;tote croit que la rai&longs;on en doit e&longs;tre pri&longs;e de ce que le centre B empe&longs;che plus les poids prochains que les éloignez, dautant qu'il les contraint dauantage, & leur communique tant qu'il peut &longs;on immo­bilité, de &longs;orte que le poids e&longs;tant en C ne peut &longs;e mouuoir que de C en H, au lieu qu'e&longs;tant en F il fait 4. fois autant de chemin en me&longs;me temps, & e&longs;tant en D il en fait deux fois autant par le quart de cercle commençant en D. Ce que l'on peut ay&longs;ément appliquer à l'ap­proche, ou à la di&longs;tance des creatures d'auec la perfection Diuine, laquelle rend les creatures rai&longs;onnables dautant plus fixes & immobiles dans &longs;a grace, & dans la ferme re&longs;olution du bien, qu'el­les s'en approchent plus prés.

Mais pour retourner à la rai&longs;on pre­cedente, ie dy que le poids qui e&longs;t en F veut tomber en droite ligne par FNP vers le centre de la terre, & qu'e&longs;tant contraint par l'appuy, ou le centre B de tomber par le cercle FI, qu'il a plus de liberté, & qu'il s'approche 4. fois da­uantage de la perpendiculaire FP, que lors qu'il de&longs;cend par l'arc CH, com­me ie demon&longs;tre par l'angle de contin­gence PFN, qui e&longs;t &longs;ouzquadruple de l'angle de contingence HCO, & con­&longs;equemment la ligne de contrainte HO e&longs;t quadruple de la ligne PN: par où l'on void clairement que B, & F s'ap­prochant également du centre de la terre en me&longs;me temps par les arcs CH, & FP, pui&longs;que les lignes FN & BH &longs;ont égales, que F e&longs;t moins contraint que C.

L'on peut dire la me&longs;me cho&longs;e de la force de la main mi&longs;e en F, dont l'inten­tion e&longs;t de &longs;e mouuoir par la ligne droi­te FP. Ie lai&longs;&longs;e maintenant plu&longs;ieurs autres con&longs;iderations qui &longs;e peuuent expliquer par cette figure: par exem- ple, que le poids F, ou B e&longs;tant en &longs;a plei­ne liberté, de&longs;cend de F en P ou de B en I en deux fois autant de temps qu'il de&longs;cend de F en N, comme i'ay mon­&longs;tré ailleurs.

CHAP. VII.

Du Tour, de la Rouë, de la Gruë, du Guin­dax, & des autres in&longs;trumens &longs;emblables.

LEs Latins appellent le Tour axis in peritrochio, parce qu'il n'e&longs;t autre cho&longs;e qu'vn axe, ouvn e&longs;&longs;ieu, dont les ex­tremitez &longs;ont appuyées &longs;ur deux pieces de bois, &longs;ur le&longs;quelles il &longs;e tourne. Or la nature de cet in&longs;trument depend im­mediatement du leuier, car il n'e&longs;t au­tre cho&longs;e qu'vn leuier perpetuel, & con­tinué. Car &longs;oit le leuier BAC, dont le &longs;ou&longs;tien e&longs;t en A; & que le poids G &longs;oit attaché au point B, & que la force &longs;oit au point C, &longs;i l'on tran&longs;porte le leuier en AD, le poids G &longs;e hau&longs;&longs;era vers D. Mais &longs;i l'on veut le faire monter plus haut, il faut arre&longs;ter le poids en D, afin de le releuer en core vne autrefois de B à D en remettant le leuier dans la me&longs;­me &longs;ituation qu'il auoit deuant, & de leuer peu à peu le poids G, iu&longs;ques à ce qu'il &longs;oit arriué au point B, ou à tel au­tre point que l'on voudra.

Mais la repetition trop frequente de

cette action e&longs;tant trop incommode, ou trop ennuyeu­&longs;e, l'on a inuenté le Tour, & la Rouë, qui ioi­gnent en&longs;emble vne infinité de le­uiers, afin de continuer l'operatiom &longs;ans aucune interruption. C'e&longs;t pour ce &longs;u­iet que la rouë &longs;e meut à l'entour du centre A, dont le rayon e&longs;t AC, & le &longs;emidiametre de &longs;on e&longs;&longs;ieu e&longs;t AB; le­quel doit e&longs;tre d'vne matiere bien &longs;o­lide, & bien forte, parce qu'il &longs;upporte toute la pe&longs;anteur du fardeau.

L'e&longs;&longs;ieu A trauer&longs;e la rouë par le mi­lieu, & doit e&longs;tre &longs;ou&longs;tenu de deux pieds tres-forts, & e&longs;tre enuironné de la chorde DBG, à laquelle on attache le fardeau G. Il faut au&longs;&longs;i mettre vne autre chorde àlentour de la grande rouë, afin d'y attacher l'autre fardeau I. Or cecy e&longs;tant po&longs;é, il e&longs;t euident que &longs;i CA e&longs;t à BA comme le fardeau G au fardeau I, que le poids I &longs;ou&longs;tiendra & contrebalancera G, & que &longs;i l'on adiou­&longs;te quelque force, ou poids à I, qu'il l'emportera.

Et parce que les chordes qui &longs;ou&longs;tien­nent le poids touchent tou&longs;iours la cir­conference de la rouë auec laquelle l'e&longs;­&longs;ieu tourne, & con&longs;equemment qu'el­les &longs;ont tou&longs;iours en me&longs;me &longs;ituation à l'égard des di&longs;tances BA, & CA, le mouuement &longs;e continuë perpetuelle­ment, & le poids I de&longs;cendant fait mon­ter le poids G. Mais il faut remarquer qu'il e&longs;t nece&longs;&longs;aire de mettre la chorde à l'entour de la rouë, afin que le poids demeure &longs;u&longs;pendu du point de la cir­conference que la chorde touche: Car &longs;i la chorde e&longs;toit pendante du point F, elle couperoit la rouë par FN, & par con&longs;equent elle ne pourroit &longs;e mouuoir, parce que le moment, ou la force du poids N &longs;eroit diminuée, puis qu'elle n'e&longs;t pas plus grande que &longs;i la chorde e&longs;toit attachée au point N, dautant que &longs;a di&longs;tance d'auec le centre A e&longs;t deter­minée par la ligne AN, (comme l'on demon&longs;tre par la perpendiculaire FN) & non par le &longs;emidiametre FA. Il faut donc que la force inanimée, qui n'a point d'autre vertu que d'aller en bas, &longs;oit pendue à vne chorde qui touche la rouë & qui ne la coupe pas.

Mais &longs;i la force e&longs;t animée, elle peut faire tourner la rouë pour leuer le poids en quelque endroit de la rouë qu'elle &longs;e rencontre: par exemple en F, mais elle tirera par la ligne trauer&longs;ante FL qui fera vn angle droit auec la ligne AF, & non par la perpendiculaire FN. L'on peut neantmoins faire &longs;eruir la force inanimée à tous les points de la circon­ference par le moyen de la poulie L, car le poids, ou la force K tirera par la ligne droite LK, & leuera le poids G en B, & con&longs;equemment elle agit par la ligne FL, & par ce moyen elle &longs;e con&longs;erue tou&longs;iours en me&longs;me di&longs;tance d'auec le centre de la rouë, & de l'e&longs;&longs;ieu A: de &longs;orte que le leuier BC &longs;e rend perpe­tuel par l'entremi&longs;e de la rouë.

Il faut donc conclurre de tout ce di&longs;­cours que dans cét in&longs;trument la force C ou F doit tou&longs;iours auoir me&longs;me pro­portion auec le poids, que le &longs;emidiame tre de l'axe BA a auec le &longs;emidiametre de la rouë AC.

Quant à la Gruë elle e&longs;t de me&longs;me nature que le Tour, mais le Cabe&longs;tan, le Guindax, ou l'orgene e&longs;t vn peu dif­rent, car &longs;on axe &longs;e meut perpendicu­laire à l'orizon, & &longs;a rouë &longs;e meut hori­zontalement, au lieu que l'axe du Tour

&longs;e meut horizontale­ment, & &longs;a rouë per­pendiculairement. Ce qui e&longs;t tres-ay&longs;é à com­prendre par le moyen de cette figure, dont il faut s'imaginer que l'axe DE &longs;oit perpen­diculaire à l'horizon, & que la rouë F CG &longs;oit parallele au me&longs;me horizon. Or la chorde DH tirera, ou trainera le fardeau H iu&longs;ques à l'axe B, ou iu&longs;ques où l'on voudra, par la force d'vn hom­me, ou d'vn cheual qui conduira le le­uier B à l'entour de la circonference F GC, & fera autant de tours comme il e&longs;t nece&longs;&longs;aire pour attirer le fardeau par le moyen de la chorde DH, qui &longs;'en- tortille à l'entour de l'e&longs;&longs;ieu DEA: d'où il e&longs;t ay&longs;é de conclurre la fabrique du Guindax, ou du Cabe&longs;tan.

Cecy e&longs;tant po&longs;é, il e&longs;t euident que le point, ou le centre du &longs;ou&longs;tien e&longs;t en B, & que l'éloignement de la force F &longs;e prend du point B, & celuy du poids de B à D, de &longs;orte que FBD forme vn le­uier, en vertu duquel la force F acquiert vne force ègale à la re&longs;i&longs;tance du poids, lors que la di&longs;tance FB a me&longs;me pro­portion à BD, que le fardeau H à la force F.

Mais la nature n'e&longs;t point trompée ny &longs;urmontée, & l'on ne gaigne rien, par­ce que &longs;i le fardeau a dix fois plus de re­&longs;i&longs;tence que la force F, la di&longs;tance FB doit nece&longs;&longs;airement e&longs;tre decuple de BD, & la circonference FCG decuple de la circonference EAD; de &longs;orte que le poids ne fera que la dixie&longs;me partie du chemin de la circonference GCF; par con&longs;equent &longs;i l'on diui&longs;oit le fardeau en 10. parties, chacune répondroit à la dixie&longs;me partie du mouuement & de la force F, c'e&longs;t pourquoy &longs;i l'on portoit en dix voyages chaque dixie&longs;me partie autour de l'axe, l'on ne chemineroit pas dauantage que &longs;i l'on fai&longs;oit vne fois le tour GCF, & l'on conduiroit le me&longs;­me fardeau en me&longs;me temps à la me&longs;­me di&longs;tance.

Il faut donc conclurre que la com­modité de cette Machine con&longs;i&longs;te &longs;eu­lement à attirer le fardeau tout à la fois &longs;ans le diui&longs;er; & qu'elle ne &longs;ert pas pour l'attirer plus ay&longs;ément, ou plus vi&longs;te, ou plus loin que la me&longs;me force le conduiroit en le diui&longs;ant en 10.parties.

CHAP. VIII.

De la force, & de l'v&longs;age des Poulies.

APres auoir con&longs;ideré les in&longs;trumens qui &longs;e redui&longs;ent aux contrepoids, & à l'équilibre, comme à leur principe,

& à leur fondement il faut par­ler d'vne autre &longs;or­te de le­uier pour entendre la nature des pou­lies, & de beaucoup d'autres effets Me- chaniques. Or le leuier, dont nous auons parlé, &longs;uppo&longs;e que le poids &longs;oit à l'vne de &longs;es extremitez, & la force à l'autre; de &longs;orte que &longs;on &longs;ou&longs;tien doit e&longs;tre entre &longs;es deux extremitez. Mais &longs;i l'on met le &longs;ou&longs;tien à l'extremité du leuier, & la force à l'autre extremité C, & que le point D &longs;oit attaché à quelque point du milieu: par exemple, au point B, il e&longs;t certain que &longs;i le poids e&longs;t égale­ment éloigné des deux extremes, com­me quand il e&longs;t au point F, que la force qui le &longs;ou&longs;tient en F &longs;era également di­ui&longs;ée: & par con&longs;equent la moitié du poids e&longs;t &longs;ou&longs;tenuë par C, & l'autre moitié par A.

S'il arriue que le fardeau &longs;oit attaché ailleurs, par exemple en B, la force C &longs;ou&longs;tiendra le fardeau en B, quand il aura me&longs;me proportion auec la dite for­ce, que la di&longs;tance AC à la di&longs;tance BA. Mais pour comprendre cecy, il faut s'imaginer que la ligne BA &longs;oit prolon­gee en G, & que les di&longs;tances BA, AG &longs;oient égales, & que le fardeau &longs;oit at­taché au point C, & qu'il &longs;oit égal au poids D, il e&longs;t certain qu'à cau&longs;e de l'é­galité des poids E, D, & des di&longs;tances AC, & BA, le mouuement du poids D &longs;uffira pour le &longs;ou&longs;tenir, donc la for­ce du moment égal à celuy du point E, lequel le pourra &longs;ou&longs;tenir, &longs;uffira enco­re pour &longs;ou&longs;tenir le poids D. Mais &longs;i l'on veut &longs;ou&longs;tenir E au point C, la force doit e&longs;tre à E, comme GA à CA, donc la me&longs;me force pourra &longs;ou&longs;tenir le point D égal à E. Or la proportion qui e&longs;t de GA à EA, e&longs;t au&longs;&longs;i de BA à CA, GA e&longs;tant égal à BA: Et parce que les poids ED &longs;ont égaux, chacun d'eux aura la me&longs;me proportion à la force mi&longs;e en C. D'où l'on conclud que la force C e&longs;t égale au moment D, lors qu'il a me&longs;­me proportion que la di&longs;tance AB à CA.

Or il e&longs;t tres-ay&longs;é de conclurre de tout ce di&longs;cours que l'on perd autant de vi&longs;te&longs;&longs;e comme l'on acquiert de for­ce tant auec le leuier ordinaire qu'auec celuy-cy: car quand la force C hau&longs;&longs;e le leuier AC, pour le tran&longs;porter en AI, le poids &longs;e meut par l'interualle BH, lequel e&longs;t dautant moindre que l'e&longs;pa­ce IC, qu'a fait la force, qu'AB e&longs;t moindre qu'AC.

Ces principes ayant e&longs;té declarez, il faut expliquer la rai&longs;on des poulies, dont nous declarerons la con&longs;truction & l'v­&longs;age. Et pour ce &longs;uiet &longs;uppo&longs;ons que l'on ayt la poulie ABC faite de metal, ou d'vn bois fort dur, & qu'elle pui&longs;&longs;e tourner &longs;ur &longs;on e&longs;&longs;ieu, qui pa&longs;&longs;e par le centre D: & puis il faut mettre à l'en­

tour la chorde FCBAE, à laquelle le poids E &longs;oit at­taché. Quant à la force, el­le e&longs;t à l'autre bout de la chorde au point F, où elle &longs;ou&longs;tient le fardeau E. Car &longs;i l'om &longs;'imagine deux lignes égales tirées du centre D, à &longs;çauoir DC, & DA, l'on aura l'équilibre de deux moments, ou de deux poids égaux, également éloignez de l'appuy D, qui e&longs;t le point du &longs;ou&longs;tien, lequel e&longs;t également éloigné de tous les co&longs;tez de la circonference du cercle, ou de la poulie ABC. Or ces deux li­gnes, qui &longs;ont les bras du leuier, ou de la balance, determinent les di&longs;tances des deux &longs;u&longs;pen&longs;ions d'auec le centre D: C'e&longs;t pourquoy le poids qui e&longs;t &longs;u&longs;- pendu du point A ne peut e&longs;tre &longs;ou&longs;te­nu au point C que par vne égale force, ou par vn poids égal, &longs;uiuant la nature des poids égaux qui pendent de di&longs;tan­ces égales. Car encore que la force F tourne à l'entour de la poulie ABC, cela ne change nullement l'habitude, & le rapport que le poids, & la force ont à la di&longs;tance AD, & DC: dautant que la poulie garde vn perpetuel équi­libre en &longs;e tournant. D'où il faut con­clurre qu'Ari&longs;tote &longs;e trompe lors qu'il dit que l'on leue plus ay&longs;ément les far­deaux auec les plus grandes poulies, car encore que la di&longs;tance, ou le demidia­metre de la poulie DC &longs;'augmente, ce­la ne &longs;ert de rien à rai&longs;on que la di&longs;tan­ce DA &longs;'augmente également. De &longs;or­te que l'on ne reçoit nulle commodité de cét in&longs;trument en ce qui concerne la diminution de la peine. Mais &longs;a com­modité con&longs;i&longs;te à tirer de l'eau des puits, parce que l'on tire de haut en bas, & con­&longs;equemment le poids des bras, & du corps &longs;eruent à cela, au lieu qu'en tirant à force de bras de bas en haut &longs;ans l'ay­de des poulies, le poids des bras, & du corps nui&longs;ent, c'e&longs;t pourquoy la poulie apporte de la commodité à l'applica­tion de la force.

Mais &longs;i l'on v&longs;e d'vne autre &longs;orte de poulie, dont on void icy la figure, l'on pourra leuer vn fardeau auec moins de

force, car &longs;i la poulie BDC, qui &longs;e doit mouuoir au tour du centre E, e&longs;t mi&longs;e dans &longs;a quai&longs;&longs;e, ou dans &longs;on ar­meure D, que G &longs;oit le far­deau, & que la chorde AB CF pa&longs;&longs;ant à l'entour de la­dite poulie &longs;oit arre&longs;té par le bout à quelque cheuille, au point ferme, & immobi­le; & finalement &longs;i l'on applique la force au point C, ou F, qui &longs;e meuue en haut vers H, & con&longs;equemment qui fa&longs;&longs;e monter la quai&longs;&longs;e D, & quant & quant le fardeau G, ie dy que la force mi&longs;e en C, ou en F, n'e&longs;t que la moitié du far­deau qu'elle &longs;ou&longs;tient, & par con&longs;equent que le moment en C e&longs;t &longs;ouz double du moment en G; parce que G e&longs;t &longs;ou&longs;te­nu, & porté par les deux parties de la chorde AB, & CD, de &longs;orte qu'il e&longs;t diui&longs;é en deux parties égales, parce que le diametre BC e&longs;t &longs;emblable au fleau d'vne balance, & le fardeau e&longs;t &longs;u&longs;pen­du du point E: & puis le &longs;ou&longs;tien e&longs;t au point B, & la force e&longs;t au point C, c'e&longs;t pourquoy il y a me&longs;me rai&longs;on de la force au fardeau, que de BE à BC, donc elle e&longs;t la moitié du fardeau.

Car encore que la poulie &longs;e tourne, tandis que la force &longs;e meut vers H, neantmoins la &longs;u&longs;dite proportion ne change point, comme l'on void aux points B, E, C, & le leuier BC e&longs;t rendu perpetuel. Mais en recompen&longs;e le che­min que fait la force e&longs;t double du che­min que fait le fardeau, car quand il e&longs;t arriué au point F, c'e&longs;t à dire quand il e&longs;t monté au&longs;&longs;i haut qu'A, la force à mon­té deux fois autant, c'e&longs;t à dire de C en H. Mais il arriue icy vne incommodi­té à la force, à rai&longs;on de &longs;a pe&longs;anteur qui la fait incliner en bas, c'e&longs;t pour­quoy l'on y a remedié par l'addition d'vne autre poulie que l'on met en haut, comme l'on peut comprendre par cette figure, quoy que renuer&longs;ée, dans laquelle il faut con&longs;iderer la chorde IBAEF, qui pa&longs;&longs;e à l'entour des poulies BA, & FE, & e&longs;t attachée à l'armure du point D de la quai&longs;&longs;e CD, qui e&longs;t attachée en haut à la poûtre, ou à la pierre H, de

&longs;orte que la force tirant la chorde du point B au point I, ou du point I au point F, fait monter le poids at­taché au mouffle, ou à la quai&longs;&longs;e FE. Or cette force ne doit pas e&longs;tre moindre qu'au point A, dautant que les momens du poids, & de la force &longs;ont égale­ment di&longs;tans du centre G, car BG e&longs;t égal à GA, c'e&longs;t pourquoy la poulie BA n'augmente pas la force. Où il faut remarquer que les Italiens appellent cét in&longs;trument la Taglia, & les Grecs, & les Latins Tro­chlea: mais nous le nommons en Fran­ce Mouffles; ce qui comprend l'armeu­re, ou la quai&longs;&longs;e, qui &longs;ert de boëte aux poulies, & les poulies, & tout ce qui &longs;ert pour la perfection de cette machi­ne: on l'appelle au&longs;&longs;i écharpes armée de poulies.

Or apres auoir mon&longs;tré par les deux figures precedentes que l'on peut dou­bler la force par le moyen des poulies, il faut maintenant faire voir que l'on peut l'augmenter tant que l'on voudra, comme ie demon&longs;tre aux nombre pairs, & impair des poulies: c'e&longs;t pourquoy ie mets le Lemme qui &longs;uit, afin de de­mon&longs;trer la maniere de multiplier la force en rai&longs;on quadruple.

LEMME.

Soient donc les deux lignes AB, &

CD, qui repre­&longs;entent deux le­uiers, qui ont leurs appuis A & C à leurs extre­mitez, & que le fardeau G &longs;oit &longs;u&longs;pendu au milieu E, & F & qu'il &longs;oit &longs;ou&longs;tenu par les deux forces B & D ap­pliquées aux autres extremitez des le­uiers, le&longs;quelles ie &longs;uppo&longs;e auoir vn moment égal, ie dy que le moment de chacune e&longs;t égal au moment de la qua­trie&longs;me partie du poids G, car les deux forces B & D &longs;ou&longs;tiennent également, & con&longs;equemment la force D n'e&longs;t con­trariée que par la moitié du poids G qui e&longs;t attaché à F. Mais quand la force D &longs;ou&longs;tient la moitié du fardeau par le moyen du leuier CD, elle a me&longs;me proportion à G que CD à CF, c'e&longs;t à dire &longs;ouz double, donc le moment D e&longs;t double du moment de la moitié du poids G qu'il &longs;ou&longs;tient, donc il e&longs;t le quart du moment des poids entier.

L'on demon&longs;tre la me&longs;me cho&longs;e du moment B, de &longs;orte qu'il e&longs;t rai&longs;onna­ble que le poids e&longs;tant également &longs;ou­&longs;tenu par les 4 poulies qui &longs;e voyent dans cette autre figure, chacune porte la quatrie&longs;me partie du fardeau: ce que ie mon&longs;tre en cette maniere.

Que le poids X &longs;oit attaché au point K par le moyen du mouffle KX, ie dy que la force égale à la quatrie&longs;me par­tie du fardeau X, le &longs;ou&longs;tiendra, car &longs;i l'on s'imagine que les deux diametres BA & DE &longs;oient deux leuiers &longs;embla­bles à ceux que nous auons expliquez dans la figure precedente, & que le far­deau &longs;oit &longs;u&longs;pendu aux points CEF, l'on trouuera que les appuis, ou les &longs;upports de&longs;dits leuiers répondent aux points D & A, con&longs;equemment que la force ap­pliquée en B ou en E &longs;ou&longs;tiendra le poids X, dont il &longs;era &longs;ousquadruple.

>Et &longs;i l'on adiou&longs;te vne pou­lie en haut, & que la chor­de pa&longs;&longs;e par OMB, la force L, &longs;ou&longs;tiendra le me&longs;me poids. Mais il faut accommoder les 4. chordes, comme elles &longs;ont dans ces mouffles, en &longs;or­te qu'elles ne &longs;e me&longs;lent point les vnes auec les au­tres. Or il faut icy remar­quer ce que nous auons de&longs;ia dit plu&longs;ieurs fois, à &longs;çauoir que l'on ne gaigne rien auec ces in&longs;trumens, car &longs;i l'on épargne la for­ce, l'on augmente le temps: de là vient qu'il faut tirer quatre pieds de chorde depuis O iu&longs;ques à L pour faire monter le poids X d'vn pied de X en C: & l'on trouuerra perpetuellement que l'on perd autant de temps, ou que l'on e&longs;t contraint d'allonger autant le chemin, que l'on gaigne de force.

Si l'on veut que la force s'augmente au &longs;extuple, il faut adiou&longs;ter vne autre poulie en bas, comme ie mon&longs;tre par la

figure precedente, dans laquelle on void les trois leuiers AB, CD, & FE. Que le poids K &longs;oit attaché a G, H, & I, & que les trois for­ces B, D, F, &longs;oient éga­les, & qu'elles &longs;ou&longs;tien­nent également le poids K, afin que cha­cune en &longs;ou&longs;tienne le tiers, & parce que la force B &longs;ou&longs;tenant le poids pendu à G e&longs;t la moitié du poids, & que nous auons &longs;uppo&longs;é qu'il &longs;ou&longs;tient le tiers dudit poids, il s'en&longs;uit que la force B e&longs;t éga­le à la moitié du tiers de K, c'e&longs;t à dire à la &longs;ixie&longs;me partie de K. Car il &longs;aut tou­&longs;iours s'imaginer que les appuys A, C, E &longs;ou&longs;tiennent autant du poids que les forces B, D, F. Par où il e&longs;t ay&longs;è de comprendre que le mouffle inferieur ayant trois poulies, & le &longs;uperieur deux, ou 3. autres, que l'on peut multiplier la force &longs;elon le nombre &longs;enaire: ce que l'on peut ay&longs;ément s'imaginer en con­&longs;iderant vn mouffle compo&longs;é de &longs;ix poulies.

Or pour expliquer la maniere de multiplier la force &longs;elon vn nombre im­pair: il faut encore con&longs;iderer le leuier de la page 40. AB, dont l'appuy e&longs;t en A, & le poids G e&longs;t attaché à E, & &longs;ou­&longs;tenu par deux forces égales, dont l'vne e&longs;t en D, & l'autre en B, & l'on trouuer­ra que chaque force a vn moment égal au tiers du poids, G, parce que la force mi&longs;e en E &longs;ou&longs;tient vn poids qui luy e&longs;t égal, dautant qu'elle e&longs;t dans la ligne de la &longs;u&longs;pen&longs;ion dudit poids. Mais la force e&longs;tant en B &longs;ou&longs;tient deux fois au­tant que &longs;on poids, parce que &longs;a di&longs;tan­ce d'auec l'appuy A e&longs;t double de EA. Et parce que l'on &longs;uppo&longs;e que les 2. for­ces B, & E &longs;ont egales, il s'en&longs;uit que la partie de G &longs;ou&longs;tenuë par B e&longs;t double de la partie que &longs;ou&longs;tient E: donc &longs;i l'on fait deux parties du poids G, & que l'v­ne &longs;oit double de l'autre, la plus grande &longs;era de 2/3, & la moindre de 1/3 de G, donc le moment de la force E &longs;era égal au tiers de G: & parce que nous auons &longs;uppo&longs;é B égal à E, la force B e&longs;t égale à la force E, & con&longs;equemment chacu­ne e&longs;t égale au tiers du poids G.

Cecy ayant e&longs;té demon&longs;tré, il faut l'appliquer aux mouffles qui &longs;uiuent, dont la poulie ABC &longs;e tourne au tour

du centre G, auquel le far­deau H e&longs;t attaché. L'au­tre poulie &longs;uperieure e&longs;t FE; outre le&longs;quelles il faut encore con&longs;iderer la chorde IBCAEFD, qui e&longs;t attachée au point B, & puis la force qui e&longs;t en I, laquelle ne &longs;upportera que le tiers du fardeau H. Par où il e&longs;t euident qu' AB e&longs;t vn leuier, & que la for­ce I s'applique à &longs;es extre­mitez B, & A. G e&longs;t le point du &longs;ou&longs;tien, auquel H e&longs;t &longs;u&longs;pendu. Vne autre force e&longs;t en­core appliquèe en D, de &longs;orte que le poids e&longs;t arre&longs;té par 3. chordes qui con­tribuent également à &longs;ou&longs;tenir le poids H: car la force D e&longs;t appliquée au mi­lieu du leuier, & B à &longs;on extremité, c'e&longs;t pourquoy chaque force ne &longs;upporte que le tiers du poids H. D'où il s'en&longs;uit que la force I ayant &longs;on moment égal audit tiers, peut &longs;ou&longs;tenir, & leuer le poids entier. Mais I fera trois fois au­tant de chemin que le poids H, parce qu'il &longs;uit la longueur de trois chordes IB, AE, & FD, dont l'vne me&longs;ure le chemin du fardeau.

CHAP. IX.

De la Viz.

ENtre tous les in&longs;trumens Mecha­niques que l'on a inuentez pour la vie humaine, la viz que les Grecs, & les Latins appellent Cochlea, tient le pre­mier rang tant pour &longs;a &longs;ubtilité que pour &longs;on vtilité, dautant qu'elle &longs;ert pour arre&longs;ter, pour faire mouuoir, & pour pre&longs;&longs;er auec vne tre&longs;-grande force, & qu'elle tient fort peu de place, quoy qu'elle aye des effets tre&longs;-&longs;ignales que les autres in&longs;trumens ne peuuent auoir s'ils ne &longs;ont reduits en de tre&longs;-grandes Machines. C'e&longs;t pourquoy il faut ex­pliquer la nature, & l'origine de la viz, & pour ce &longs;uiet ie demon&longs;tre icy vn theo­re&longs;me, qui &longs;emblera, peu&longs;t-e&longs;tre, fort éloigné de ce di&longs;cours, quoy qu'il en &longs;oit la ba&longs;e, & le fondement.

Ie dy donc que tous les corps pe&longs;ans ont vne inclination vers le centre de la terre, non &longs;eulement quand ils y peu­uent de&longs;cendre perpendiculairement, mais au&longs;&longs;i quand ils y peuuent arriuer par vne ligne oblique, ou par vn plan incliné: ce que l'on peut confirmer par l'eau qui ne tombe &longs;eulement pas à plomb de quelque lieu éminent, mais elle coule au&longs;&longs;i &longs;ur la terre par vne li­gne qui a fort peu d'inclination, com­me l'on remarque aux cours des fleu­ues, dont les eaux de&longs;cendent libre­ment, pourueu que leur lit ayt tant &longs;oit peu de pante.

Or ce qui arriue aux corps fluides, &longs;e remarque, &longs;emblablement aux corps qui &longs;ont durs, pourueu que les figures, & les autres empe&longs;chemens acciden­tels, & exterieurs ne les diuerti&longs;&longs;ent point: Car &longs;i l'on prend vne bale par­faitement ronde, & polie, &longs;oit de mar­bre, de verre, ou d'autre matiere, qui reçoiue vn excellent poly, & que l'on la mette &longs;ur vn plan incline, qui &longs;oit au&longs;­&longs;i parfaitement vni, & poly que la gla­ce d'vn miroir, elle de&longs;cendra &longs;ur ledit plan, &longs;e mouuera perpetuellement tan­dis qu'elle trouuera la moindre inclina- tion que l'on &longs;e pui&longs;&longs;e imaginer: de &longs;or­te qu'elle ne &longs;arre&longs;tera point iu&longs;ques à ce qu'elle rencontre vne &longs;urface qui &longs;oit à niueau, ou équidi&longs;tante de l'ho­rizon, comme e&longs;t celle d'vn lac, ou d'vn e&longs;tang glacé, &longs;ur laquelle la bale &longs;e tiendroit ferme, & immobile, mais auec telle condition que la moindre force l'ébranleroit, & que le plan &longs;inclinant de la largeur d'vn cheueu, elle commen­ceroit incontinent à &longs;e mouuoir & à de&longs;cendre vers la partie inclinée, & qu'au contraire elle ne pourroit e&longs;tre meuë &longs;ans violence vers la partie du plan qui monte. Or il e&longs;t nece&longs;&longs;aire que la boule &longs;arre&longs;te &longs;ur vne &longs;urface parfaite­ment équilibre, & qu'elle demeure com­me indifferente entre le mouuement & le repos: de &longs;orte que la moindre force du monde &longs;uffi&longs;e pour la mouuoir, com­me la moindre force que l'on peut &longs;i­maginer dans l'air, &longs;u&longs;fit pour la rete­nir.

D'où l'on peut tirer cette conclu&longs;ion, que tout corps pe&longs;ant, tous les empe&longs;­chemens exterieurs e&longs;tant o&longs;tez, peut e&longs;tre meu &longs;ur vn plan horizontal par la moindre force que ce &longs;oit, & qu'il faut d'autant plus de force pour le mouuoir &longs;ur vn plan incliné, qu'il a plus d'incli­nation au mouuement contraire.

Ce qui &longs;era plus intelligible par

cette figure, dans laquelle AB &longs;oit le plan parallele à l'o­rizon, &longs;ur lequel la boule e&longs;t indif­ferente au mouue­ment, & au repos, de &longs;orte que le vent ou la moindre force la peut faire mou­uoir; mais il faut vne plus grande force pour la faire mouuoir du point A au point C &longs;ur le plan incliné AC, & en­core vne plus grande pour la mouuoir &longs;ur les plans AD, & AE: & finalement l'on ne peut la leuer &longs;ur le plan perpen­diculaire AF, que par vne force égale à tout le poids G.

Or l'on &longs;çaura combien il faut moins de force pour leuer le fardeau &longs;ur les plans AE, AD, &c, &longs;i l'on tire les lignes perpen­diculaires à l'orizon CH, DI & KE, cat il y aura me&longs;me proportion des forces nece&longs;&longs;aires pour éleuer le fardeau &longs;ur cha&longs;que plan audit fardeau, que des lignes perpendiculaires aux lignes de leurs plans. Ce que Pappus Alexandrin s'e&longs;t efforcé de mon&longs;trer dans le 8. liure de &longs;es Collections Mathematiques, mais il s'e&longs;t trompé, à mon aduis, en ce qu'il a &longs;upposé vne force donnée pour mouuoir le poids &longs;ur le plan horizontal, ce qui e&longs;t faux, parce qu'il ne faut nulle force &longs;en&longs;ible, &longs;i l'on o&longs;te les empe&longs;che­mens exterieurs. C'e&longs;t pourquoy il e&longs;t plus à propos de chercher la force qui meut le fardeau &longs;ur le plan vertical ou perpendiculaire AF, laquelle e&longs;t tou­&longs;iours égale à la pe&longs;anteur du fardeau, que de chercher la force qui le meut &longs;ur le plan horizontal.

Soit donc le cercle AIC, dont le dia­

mettre e&longs;t ABC, & le cen­tre B; & qu'il y ait deux for­ces éga­les aux points A & C, qui repre&longs;entent vne balance mobile autour du centre B, il e&longs;t certain que le poids C &longs;era &longs;ou&longs;te­nu par la force A. Mais &longs;i l'on s'imagine que le bras de la balance BC tombe en BF, de &longs;orte qu'il demeure tou&longs;iours continué auec le bras AB, & qu'ils ayent tous deux leur point fixe, ou leur appuy en B, le moment F, ne &longs;era pas égal au moment A, parce que la di&longs;tance du poinct, ou du poids F d'auec la ligne de direction BI n'e&longs;t pas egale à la di­&longs;tance de la force, ou du poids A d'auec la me&longs;me ligne de direction, comme l'on demon&longs;tre par la perpendiculaire KF, qui determine la di&longs;tance du poinct F auec B, ou I, de &longs;orte que le moment, ou le poids, de C porté en F e&longs;t dimi­nué de la di&longs;tance de KC, & qu'il n'a plus que le moment BK: c'e&longs;t pourquoy il faut conclure que le moment d'A &longs;urpa&longs;&longs;e celuy de F de KC. Il faut dire la me&longs;me cho&longs;e du poids C tran&longs;porté au point L, ou en tel autre point du cer­cle que l'on voudra, car la force en A &longs;era d'autant plus grande que la force L, que BA, e&longs;t plus grand que BM.

Parce où l'on void que le poids C diminuë &longs;on moment, & &longs;on inclina­tion d'aller en bas &longs;elon les differentes inclinations des plans FB, LB &c. de &longs;orte que l'on peut s'imaginer la de&longs;cente de C par tous les points du quart de cercle CI, lequel contient vn plan qui s'incli­ne perpetuellement de plus en plus, & que la pe&longs;anteur du poids en C e&longs;t totale & entiere, & con&longs;equemment qu'il &longs;e porte de toute &longs;on inclination à de&longs;cendre, parce qu'il n'e&longs;t nullement empe&longs;ché par la circonference, lors qu'il &longs;e rencontré &longs;ur la tangente DCE.

Mais quand il e&longs;t en F, il e&longs;t en partie &longs;ou&longs;tenu par le plan circulaire, & &longs;a pente, ou l'inclination qu'il a vers le centre de la terre e&longs;t autant diminuée que BC &longs;urpa&longs;&longs;e BK: de maniere qu'il &longs;e tient éleué &longs;ur ce plan de me&longs;me que s'il e&longs;toit appuyé &longs;ur la tangente GFH, d'autant que le point d'inclination F de la circonference CI ne differe point de l'inclination de la tangente GFH, que par l'angle in&longs;en&longs;ible du contact.

Il faut dire la me&longs;me cho&longs;e du point L, lequel e&longs;t incliné comme s'il e&longs;toit &longs;ur le plan de la tangeule NLO, car il diminuë &longs;a pente, & &longs;on inclination qu'il a en C en me&longs;me proportion que Bk e&longs;t à BC, puis qu'il e&longs;t con&longs;tant par la &longs;imi- litude des triangles KBF & KFH, qu'il y a me&longs;me rai&longs;on de FK à FH que de KB à BF. D'où nous conclüons que la proportion du moment total & ab&longs;olu du mobile dans la perpendiculaire de l'orizon auec le moment qu'il a &longs;ur le plan incliné HF e&longs;t la me&longs;me que la proportion de FH à FK.

Ce qui &longs;e void plus di&longs;tinctement

dans le triangle A BC car le moment du mobile &longs;ur le plan AC e&longs;t d'au­tant moindre que le moment qu'il a dans la perpendiculaire CB, que CB e&longs;t moindre que CA. Et parce qu'il &longs;uffit pour mouuoir le fardeau, que la force &longs;urpa&longs;&longs;e in&longs;en&longs;iblement celle qui le &longs;ou­&longs;tient en quel que lieu que ce &longs;oit, nous faisons icy cette propo&longs;ition vniuer&longs;elle.

Que &longs;ur le plan eleué la force a la me&longs;­me proportion au poids que la perpen­diculaire tirée de l'extremité du plan &longs;ur l'orizon à la longueur dudit plan, c'e&longs;t à dire que la tangente à la &longs;ecante, car FK e&longs;t la tangente du cercle de&longs;crit &longs;ur le dia­mettre KH, & FH e&longs;t la &longs;ecante.

Cecy e&longs;tant po&longs;é, ie reuiens à mon

premier de&longs;&longs;ein, qui con­&longs;i&longs;te à trouuer, & à expli­quer la nature de la viz; c'e&longs;t pour ce &longs;ubiet qu'il faut con&longs;iderer le triangle AB C, dans lequel AB repre&longs;ente la ligne horizontale, BC la perpendiculaire à l'orizon, & AC le plan eleué, & encliné &longs;ur l'orizon, &longs;ur lequel le mobile E e&longs;t tiré & emporté par vne force d'autant moindre que le poids E, que la ligne BC e&longs;t moindre que CA. Or quand on veut e&longs;leuer E plus haut &longs;ur le plan fer­me AC, c'e&longs;t me&longs;me cho&longs;e que &longs;i le tri­angle BCA e&longs;toit pou&longs;&longs;é iu&longs;ques au
point H, parce que s'il &longs;e trouuoit dans la me&longs;me a&longs;&longs;iette que le triangle HFG, le mobile auroit monté la hauteur AI, & &longs;eroit en E.

D'où il s'en&longs;uit que la na­ture de la viz n'e&longs;t autre cho&longs;e que le triangle ACB, le quel e&longs;tant pou&longs;&longs;é en auant &longs;ou&longs;tient la pe&longs;anteur & l'éleue: & que c'e&longs;t par &longs;on moyen qu'elle a e&longs;té inuen- tée. Mais l'on s'e&longs;t auisé d'enuironner le cylindre BD du me&longs;me triangle, affin de le reduire dans vne machine beaucoup moindre, & plus commode.

Et pour ce &longs;ubiet l'on adonné la me&longs;­me hauteur du triangle au cylindre, BE, & l'inclination de l'hypotenu&longs;e CA à l'helice AE, & à toutes les autres qui &longs;uiuent de bas en haut, & qui font l'he­lice continuë AEFGHID, laquelle on appelle ordinairement le traict de la viz.

C'e&longs;t donc en cette maniere que l'in­&longs;trument appellé par les Grecs & par les Latins cochlea & que nous appellions la viz, à e&longs;té inuentée, affin qu'en la tornant on e&longs;léue les fardeaux comme l'on feroit &longs;ur le triangle precedent, car l'on trou­uera tou&longs;iours dans la viz, comme &longs;ur tel autre plan que ce &longs;oit, que la force e&longs;t au poids po&longs;é &longs;ur vn plan incliné comme la hauteur dudit plan à &longs;a lon­gueur: & con&longs;equemment que la force de la viz ABCD &longs;era multipliée &longs;elon que toute l'helice &longs;era plus grande que toute la hauteur du cylindre. Par où il e&longs;t ay&longs;é d'entendre, & de conclure que la viz e&longs;t d'autant plus forte que &longs;es helices &longs;ont plus couchées, & plus in- clinées &longs;ur l'orizon, par ce que la lon­gueur des triangles &longs;uiuant le&longs;quels el­les &longs;ont formées e&longs;t en plus grande pro­portion à leur hauteur. Neant moins il n'e&longs;t pas nece&longs;&longs;aire de me&longs;urer la lon­gueur de toute l'helice, ny la hauteur totale du cylindre pour congnoi&longs;tre la force d'vne viz propo&longs;ée, car il &longs;uffit de &longs;çauoir combien de fois l'vn des tours de l'helice contient &longs;a hauteur, par exem­ple, combien de fois AF e&longs;t contenu en AE, & en EF parce qu'il y à me&longs;me proportion de toute la hauteur CB à toute l'helice, que de FA à A EF, que les Italiens appellent verme de la vite.

Or apres auoir expliqué la nature de la viz, l'on peut ay&longs;ement &longs;çauoir toutes &longs;es proprietez, par exemple que l'on fait monter le poids par le moyen de &longs;a ma­trice auec les helices concaues dans le&longs;quelles entre le noyau de la viz auec &longs;es helices conuexes comme il e&longs;t ay&longs;é de remarquer aux viz des pre&longs;&longs;oirs, & de toutes &longs;ortes de pre&longs;&longs;es à écroux, dont le noyau e&longs;tant tourné fait monter la­dite matrice, & quant & quant le poids qui y e&longs;t attaché.

Mais il faut tou&longs;iours &longs;e &longs;ouuenir que l'on perd autant de vi&longs;te&longs;&longs;e, & de temps, que l'on gaigne de force, car AB e&longs;t le plan horizontal, & AC le plan incliné, dont la hauteur e&longs;t me&longs;urée, & determinée par la perpendiculaire CB; Or &longs;i l'on po&longs;e vn mobile &longs;ur le plan AC, & que la chorde EDF le tienne attaché, la force qui e&longs;t en F ayant me&longs;me rai&longs;on auec le poids E que BC aà CB, &longs;ou&longs;tiendra le poids en E, & en luy aioutant la moin­dre force du monde, il tombera en B, & emportera le poids E en le fai&longs;ant mon­ter vers D. Mais F ne fera pas moins de chemin en de&longs;cendant perpendicu­lairement, que le poids E en montant obliquement, c'e&longs;t pourquoy il e&longs;t ne­ce&longs;&longs;aire que F de&longs;cende plus bas qu'il ne fait monter le poids E, dont l'exau­cement &longs;e me&longs;ure par la ligne per­pendiculaire BC: de maniere que la ligne de la de&longs;cente de F &longs;era égalé à CA, quand il aura fait monter le poids de B à C. Car le poids ne re&longs;i&longs;te point au mouuement parallele à l'orizon, parce que ce mouuement ne l'éloigne point du centre de la terre. C'e&longs;t pour­quoy il importe grandement de con- &longs;iderer les lignes par le&longs;quelles &longs;e font

les mouuemens, & particulierement lors qu'ils &longs;e font par des forces ina­nimées, dont les momens, & les re&longs;i­&longs;tances &longs;ont en leur &longs;ouuerain degré dans la ligne perpendiculaire à l'orizon; mais elles &longs;e diminüent à proportion que la ligne &longs;e panche &longs;ur le plan horizontal.

III. ADDITION.

Il y a plu&longs;ieurs cho&longs;es à remarquer &longs;ur ce &longs;ubjet qui Peuuent &longs;eruir pour e&longs;tablir quelque partie de la Phy&longs;ique, dont i'en mets icy quelques vnes, affin d'exciter les bons e&longs;prits qui ayment la verité, à pa&longs;&longs;er oûtre. Premierement

c'e&longs;t vne cho&longs;e tres­remarquable que la boule FDCE &longs;e pui&longs;&longs;e mouuoir auec la moindre force imaginable &longs;ur le plan horizontal AB, dont la rai&longs;on e&longs;t qu'elle ne touche le plan qu'au point C, & que &longs;es deux moitiez CFE, & CFD &longs;ont en vn par­fait équilibre, comme lon void au leuier ED, dont le bras EG e&longs;t égal au bras GD, de &longs;orte que &longs;i l'on applique la moindre force du monde à D la boule roullera vers A. En &longs;econd lieu l'on peut comparer le mouuement des deux boules CDF, & CHG, qui e&longs;t huict fois moindre & mois pe&longs;ante que l'autre, car &longs;on diametre CG e&longs;t &longs;ouz double de CF, & ie &longs;uppo&longs;e qu'elles &longs;oient de me&longs;me matiere: l'on peut donc recher­cher laquelle des deux &longs;e meut plus ay­&longs;ement &longs;ur le plan AB; car il y en a qui croyent que la petite &longs;era 8. fois plus ay&longs;ée à mouuoir &longs;ur ce plan, quoy que parfaictement dur & poli, à rai&longs;on qu'el­le pe&longs;e 8. fois moins, & que toutes les parties de chaque corps pe&longs;ent &longs;ur le centre de leurs pe&longs;anteurs, & con&longs;e­quemment que toute la pe&longs;anteur de ces deux globes s'vnit au point C, & re&longs;i&longs;te tant qu'elle peut au mouuement. Mais pui&longs;que toutes &longs;ortes de globes tant grands que petits ont la rai&longs;on du leuier ou de la balance comme i'ay ex­pliqué cy-deuant, la moindre force ap- pliquèe aux points D, E, ou HI e&longs;t ca­pable de les o&longs;ter de leur equilibre.

En troi&longs;ie&longs;me lieu &longs;i l'on &longs;uppo&longs;e que le plan horizontal &longs;oit rude, &longs;cabreux, & mal poli, il semble que le moindre globe roulera plus ay&longs;ement parce qu'il fait vn plus grand angle de contingence, & s'éloigne d'auantage de la ligne droite AB.

IV ADDITION.

Sur ce que Galilee dit que Pappus &longs;'e&longs;t trompé, lors qu'il a voulu determiner la force nece&longs;&longs;aire pour mouuoir vn poids donné &longs;ur vn plan propo&longs;é, ou &longs;ur vn plan incliné, dont l'angle d'inclination e&longs;t connu l'on peut remarquer plu&longs;ieurs cho&longs;es, mais particulierement qu'il la &longs;uppo&longs;e beaucoup trop grande, car il dit qu'il faut la force de 40. hommes pour mouuoir le poids de 200. talents, dans la 9. propo&longs;ition de &longs;on 8. liure, au lieu que la moindre force e&longs;t capable de le mouuoir &longs;ur ledit plan: c'e&longs;t pourquoy il a conclud qu'il failloit 260. hommes pour le mouuoir &longs;ur vn plan incliné de 120 degrez. Mais l'on comprendra cecy plus ay&longs;ement par cette figure, dans la- quelle RM repre&longs;ente le plan horizon­

tal, &longs;ur lequel ie &longs;uppo&longs;e que le plan PM e&longs;t eleué de 30. degrez, & con&longs;e­quemment qu'il fait 60. degrez auec le plan perpendi­culaire BC. Or il e&longs;t certain que la force qui retient le poids, ou le globe BSA &longs;ur le plan incliné e&longs;t audit poids, comme la perpendiculaire PR e&longs;t à l'hypotenu&longs;e PM: & parce que cette hypothenu&longs;e e&longs;t double de la perpendi­culaire, vne force vn peu plus grande que &longs;ouz double le leuera, de &longs;orte que &longs;i le globe pe&longs;e 2. liures le poids P, ou O pe&longs;ant vne liure, & vn grain le pourra tirer.

Il faut encore remarquer que la force qui doit empe&longs;cher que le poids ne coule & ne pe&longs;e point &longs;ur le plan PM doit e&longs;tre au poids, comme la ba&longs;e RM à l'hypotenu&longs;e PM. Or quand on veut tirer le poids &longs;ur le plan incliné, il faut mettre vne poulie au haut du plan, comme l'on void en D.

Où l'on doit con&longs;iderer la force qui­&longs;ou&longs;tient le poids dans la ligne perpen- diculaire PR, pour trouuer celle qui le &longs;ou&longs;tient &longs;ur le plan incliné, & parce que le globe BSA pe&longs;e 2 liures dans ladite ligne, il n'en pe&longs;era qu'vne &longs;ur ce plan incliné de 30 degrez. Neantmoins quelquesvns croyent que l'on peut trouuer la force qui tire le poids &longs;ur le plan incliné par la connoi&longs;&longs;ance de la force qui le meut &longs;ur le plan horizontal; &longs;ur quoy l'on peut veoir Cabee au 20. Chapitre du 4. liure de l'aymant.

V. ADDITION.

Cette &longs;peculation des plans differens e&longs;t grandement vtile pour trouuer la force requi&longs;e pour mouuoir toutes &longs;or­tes de fardeaux &longs;ur les montagnes, & dans les valees, & pour plu&longs;ieurs autres cho&longs;es: par exemple, &longs;i l'on vouloit tirer vn fardeau &longs;ur le plan FB, il fau­droit vne force, qui eu&longs;t me&longs;me pro­portion au poids, que la perpendiculai­re BE à l'hypotenu&longs;e BF. Mais &longs;i l'on vouloit l'empe&longs;cher de couler ou de pe&longs;er &longs;ur le plan BF, il faudroit vne force qui eu&longs;t me&longs;me proportion au poids que FE à FB, &longs;uiuant ce qui a e&longs;té dit dans l'addition precedente, & con&longs;equemment il faudroit que cette force fu&longs;t &longs;ouztriple du poids, pui&longs;que EF e&longs;t &longs;ouztriple de BF.

Quant à la proportion des mouue­

mens qui &longs;e font &longs;ur les plans, nous en parlerons apres: Ie remarque­ray &longs;eulement icy que la for­ce e&longs;t tou­&longs;iours à la pe­&longs;anteur qu'il faut &longs;ou&longs;tenir &longs;ur les plans propo&longs;ez, comme le co&longs;té qui touche la force e&longs;t au co&longs;té &longs;ur lequel le poids e&longs;t appuyé, &longs;oit que le co&longs;té de la force &longs;oit per pendiculaire, ou incliné &longs;ur l'hori­zon: par exemple, la force e&longs;tant po&longs;ée &longs;ur le co&longs;té DF e&longs;t au poids D mis &longs;ur HD, comme FD e&longs;t à DH.

Et &longs;i l'on &longs;uppo&longs;e que BE &longs;oit vne muraille impenetrable, qui&longs;oit polie, & qui ne cede nullement aux coups, la bale qui la frapera au point D &longs;elon l'inclination de l'angle CDI, qui e&longs;t de 30. degrez, &longs;e reflechira en H par la li- gne DH, dautant que l'angle de refle­xion LDK e&longs;t egal à celuy de l'inci­dence. Mais il e&longs;t difficile de &longs;çauoir où &longs;e reflechira la bale. L'on peut encore con&longs;iderer de combien vn poids de&longs;­cend plus vi&longs;te &longs;ur vn plan incliné que &longs;ur l'autre: par exemple, de combien il de&longs;cend plus vi&longs;te &longs;ur BF, que &longs;ur CF, ou DF, & s'il y a me&longs;me rai&longs;on de la vi­&longs;te&longs;&longs;e qui s'exerce &longs;ur BF, à celle de DF, que de la ligne BF à DF: mais il faut re&longs;eruer toutes ces con&longs;iderations pour la fin de ce traité. Concluons ce­pendant qu'il faut d'autant moins de force pour leuer le poids donné, que le chemin de la force e&longs;t plus long que celuy du poids, affin que l'vn recompen&longs;e l'autre, & que la nature ne perde rien d'vn co&longs;té qu'elle ne le gaigne de l'au­tre. Finalement &longs;ivn coup de canon e&longs;t tiré du point H contre la muraille BE, il aura &longs;a force entiere dans la perpendi­culaire HE; & le boulet appuyera en­tierement contre E. Mais s'il frappe obliquement en D par la ligne HD, il &longs;era d'autant moins fort que DH e&longs;t plus long que HE.

CHAP. X.

De la Viz d'Archimede pour e&longs;leuer les eaux.

IL faut icy adioûter la con&longs;ideration de cette viz, parce que &longs;on effet e&longs;t

d'autant plus admirable que la cau&longs;e &longs;emble plus éloignée de la rai&longs;on, car elle fait mon­ter l'eau par­ce qu'elle la fait de&longs;cen­dre. Son v&longs;a­ge paroi&longs;t dans la figure qui &longs;uit, dans la­quelle ZY XVTSR & Q &longs;ignifient vn canal qui entoure le cylindre NP. Or le bout du canal N doit e&longs;tre dans l'eau, & le canal doit e&longs;tre incliné; & puis il faut tourner le cylindre autour des points QP, & NO, iu&longs;ques à ce que l'eau &longs;orte par Q, apres auoir monté tout au long du canal, ou de l'helice NO YX &c. bans la quelle l'eau mon­te par ce qu'elle de&longs;cend, comme ie fais voir en cette maniere.

Soit le triangle A KB, d'où la viz NP prend &longs;on origine, lors que l'helice à me&longs;me inclination que KA, dont la &longs;aillie, ou l'eleuation e&longs;t determinée par l'angle BAK; & &longs;i cet angle e&longs;t du tiers, ou du quart d'vn angle droit, l'e­leuation de l'helice NZ, ou ZY &longs;era &longs;emblablement le tiers, ou le quart d'vn angle droit. Cecy e&longs;tant po&longs;é, il e&longs;t euidant que la &longs;aillie du canal AK &longs;era abbai&longs;&longs;ée quand le point K viendra au point B, & qu'elle n'aura plus de pente ou d'inclination, & con&longs;equemment &longs;i on l'abai&longs;&longs;e vn peu plus bas que B, l'eau coulera, & s'engorgera naturellement dans le canal AK, ou XV, & tombera du point A au point K, qui &longs;e trouuera plus bas que B &longs;ouz l'orizon. Or il faut entourer le cylindre CA du triangle AKB, affin de con&longs;truire la viz AC perpendiculaire &longs;ur l'horizon EA: & puis il la faut mettre dans l'eau, & la tour­ner, affin que l'eau monte par le canal AE, qui n'e&longs;t pas plus incliné que KA, c'e&longs;t à dire que le tiers d'vn angle droi­te donc &longs;i l'on abbai&longs;&longs;e le cylindre PN du tiers d'vn angle droit, les helices EF, FG &c. &longs;eront inclinées, comme l'on void au cylindre panchant PN, & à &longs;es helices ZYXV &c. par con&longs;e­quent l'eau de&longs;cendra de N à Z, & tou­tes les autres helices receuront vne me&longs;me di&longs;po&longs;ition pour faire couler l'eau iu&longs;ques au bout de la viz, de &longs;orte que l'eau de&longs;cendra tou&longs;iours en mon­tant de N à P. D'ou il faut conclure que la viz doit auoir vne inclination vn peu plus grande que le triangle &longs;ur lequel on la ba&longs;tie.

VI ADDITION.

Il y a plu&longs;ieurs cho&longs;es à remarquer pour la pente, & la de&longs;cente, & pour l'exaltation des eaux, & pour tout ce qui appartient aux Siphons, & aux Pompes qui attirent l'eau, ou les autres liqueurs par a&longs;piration, mais l'vne des principales con&longs;i&longs;te à &longs;çauoir que l'eau ne &longs;e meut point naturellement &longs;i elle n'a de la pente, comme l'on experimente aux rui&longs;&longs;eaux, aux riuieres, aux e&longs;tangs &c. ce qui fait reconnoi&longs;tre que le mouuement de la mer &longs;uppo&longs;e de la vio­lence, car &longs;i le reflus luy e&longs;t naturel, le flus doit e&longs;tre violent. Quant au Siphon il peut &longs;eruir pour faire pa&longs;&longs;er des fon­taines depuis le pied d'vne montagne ou d'vn rocher iu&longs;ques à l'autre co&longs;té, pour changer le vin, ou les autres li­queurs d'vn tonneau en vn autre, pour vuider les marais, & pour plu&longs;ieurs autres commoditez dont nous parle­rons ailleurs.

Quant à l'v&longs;age de l'eau dans les me­chaniques, il e&longs;t tres grand, comme l'on experimente aux moulins à eau, & aux differentes manieres dont on &longs;e &longs;ert pour &longs;çauoir la difference des pe&longs;anteurs de toutes &longs;ortes de corps plus pe&longs;ans, ou plus legers que l'eau, &longs;oit qu'on les com­pare en&longs;emble, ou auec la me&longs;me eau: mais tout cecy merite vn traicté entier de l'Hydraulique, comme les vtilitez de l'air & du vent requierent vn di&longs;­cours entier de la Pneumatique. Mais par ce que Galilée n'en a rien dit dans ce liure, ie viens à la derniere con&longs;ideration qu'il a faite &longs;ur la force de la percu&longs;&longs;ion.

CHAP. XI.

Il e&longs;t nece&longs;&longs;aire pour plu&longs;ieurs rai&longs;ons de rechercher la cau&longs;e de la force de la percu&longs;&longs;ion, parce qu'elle contient plus de merueilles que tous les autres in&longs;tru­mens Mechaniques, car on experimen­te qu'en frappant &longs;ur vn clou, &longs;ur vn pieu, ou pilotis, &c. ils entrent dans des corps fort durs, & qu'ils n'entrent nullement &longs;i l'on ne frappe de&longs;&longs;us, encore que l'on charge & que l'on pre&longs;&longs;e les marteaux auec des fardeaux mille fois plus pe&longs;ans qu'eux, car à peine feroit-on entrer vn coin au&longs;&longs;i auant en le chargeant d'vne mai&longs;on entiere, comme on le fait entrer à coup de marteau. Ce qui e&longs;t d'autant plus digne d'e&longs;tre con&longs;ideré que nul n'en a donné la rai&longs;on iu&longs;ques à pre&longs;ent: ce qui fait voir la difficulté de cette &longs;peculation: car les pen&longs;ées d'Ari&longs;tote & des autres qui ont voulu prendre la rai&longs;on de cet effet de la longueur de la maniuelle ou du manche des mar­teaux &longs;ont trop foibles, & mal fondées, attendu que les poids qui tombent, & qui font de &longs;i grands effets, nont point de manches. Il faut dire la me&longs;me cho&longs;e des poids que l'on pou&longs;&longs;e ou que l'on iette de trauers. C'e&longs;t pourquoy il faut auoir recours à vn autre principe pour trouuer la verité de cét effet, le­quel ie ta&longs;cheray à expliquer & à le rendre &longs;en&longs;ible. Ie di donc que cet effect vient de la me&longs;me &longs;ource que les autres effets Mechaniques, à &longs;çauoir que la force, la re&longs;i&longs;tance, & l'e&longs;pace par le&longs;­quels &longs;e font les mouuemens ont vne telle corre&longs;pondance & proportion entr'eux que la force re&longs;pond &longs;eulement à vne re­&longs;i&longs;tance qui luy e&longs;t égale. & qu'elle la meut &longs;eulement par vn e&longs;pace égal, ou d'vne égale vi&longs;te&longs;&longs;e, dont elle &longs;e meut elle me&longs;me. Semblablement quand la force e&longs;t moindre de moitié que la re­&longs;i&longs;tence, elle la peut mouuoir, &longs;i elle me&longs;me &longs;e meut d'vne double impetuo­&longs;ité, & &longs;i elle fait deux fois autant de chemin. Ce qui &longs;e remarque en toutes &longs;ortes d'in&longs;trumens, par le moyen de&longs;­quels l'on peut mouuoir & &longs;urmonter toute &longs;orte de re&longs;i&longs;tence pour grande quelle pui&longs;&longs;e e&longs;tre auec vne force &longs;i pe- tite que l'on voudra, pourueu que l'e&longs;­pace que fait la force ayt me&longs;me pro­portion auec l'e&longs;pace de la re&longs;i&longs;tance, que la grande re&longs;i&longs;tance à la petite for­ce; ce qui &longs;uit entierement la con&longs;titu­tion & les regles de la nature.

Ce n'e&longs;t donc pas merueille &longs;i en argu­mentant au contraire, la force qui meut vne petite re&longs;i&longs;tance par vn grand in­terualle, en pou&longs;&longs;e vne cent fois plus grande par vn interualle cent fois moindre, puis qu'il ne peut arriuer au­trement, Cecy e&longs;tant po&longs;è, il faut con­&longs;iderer qu'elle doit e&longs;tre la re&longs;i&longs;tence pour e&longs;tre meüe par le marteau, qui la doit frapper & pou&longs;&longs;er; & pour ce &longs;ub­ject il faut remarquer combien la force qui a e&longs;té imprimée au marteau le por­ter a loing, &longs;i l'on &longs;uppo&longs;e qu'il ne frap­pe point, comme il arriueroit &longs;i le marteau &longs;ortoit de la main auec la me&longs;me impe­tuo&longs;ité dont il doit frapper vne enclume, vn coin, ou quelqu'autre cho&longs;e, & qu'il ne rencontra&longs;t nul empe&longs;chement en &longs;on chemin. Et puis il faut con&longs;iderer quelle re&longs;i&longs;tance fait le corps qui e&longs;t frappé, & combien il e&longs;t pou&longs;&longs;é par vne telle percu&longs;­&longs;iom, & ayant remarqué de combien il &longs;e meut à chaque coup, & que le coin entre d'autant moins auant que le marteau pou&longs;&longs;é de la me&longs;me impetuo&longs;ité iroit moins loing l'on trouuera que ledit coin entrera d'autant moins auant dans vne bûche, ou dans vn autre corps à cha­que coup, que la re&longs;i&longs;tance &longs;era plus grande que la force du marteau: de &longs;or­te qu'il ne faut plus admirer les effects de la percu&longs;&longs;ion, puis qu'ils ne &longs;ortent pas hors des bornes de la nature.

A quoy i'aioûte vn exemple pour vne plus grande intelligence, en &longs;uppo&longs;ant que le marteau qui a 4. degrez de re&longs;i­&longs;tance &longs;oit pou&longs;&longs;é d'vne telle force que ne treuvant nulle re&longs;i&longs;tance qui l'arre&longs;te, il aille iu&longs;ques à dix pas, & qu'à ce terme on luy oppo&longs;e vne poutre qui ayt 4000. degrez de re&longs;i&longs;tance & qui &longs;oit mille fois plus grande que la force du marteau, de &longs;orte qu'elle &longs;urpa&longs;&longs;e &longs;ans proportion ladite force, &longs;i elle e&longs;t frap­pée, elle ira &longs;eulement en auant la millie&longs;me partie de dix pas, par le&longs;quels l'on auroit pou&longs;&longs;é le marteau.

D'où l'on peut conclurre que la force de la percu&longs;&longs;ion &longs;uit les loix des autres in&longs;trumens mechaniques, & qu'il e&longs;t au&longs;&longs;i ay&longs;é de la determiner que les au­tres forces.

ADDITION VII.

Galilée promettoit plu&longs;ieurs proble&longs;­mes à la fin de &longs;es mechaniques, mais pui&longs;que nous ne les auons point veus, il faut &longs;eulement icy aioûter quelques con&longs;iderations touchant les mouuemens; en attendant que nous en donnions plu&longs;ieurs ob&longs;eruations tres-exactes. Soit donc le plan BG incliné de 30. degrez &longs;ur le plan horizontal BF: il e&longs;t premie­rement certain que le poids pe&longs;e d'au­tant moins &longs;ur BG que dans la ligne perpendiculaire GX, que BG e&longs;t plus grand que GX, c'e&longs;t à dire deux fois

moins, dautant que GX, e&longs;t &longs;ouz double de BG, par la con&longs;truction.

Secondement il e&longs;t cer­tain que la boule mi&longs;e au point G & roulante &longs;ur GB de&longs;cend plus lente­ment que par la ligne G X. Mais il e&longs;t difficile de &longs;çauoir combien elle de&longs;cend plus vi&longs;te par GX. Galilée croit dans vn autre di&longs;cours qu'en me&longs;me temps que la boule de&longs;cend de G en H elle de&longs;cendroit de G en E, & qu'au me&longs;me temps qu'el­le de&longs;cend de G en B, elle de&longs;cen­droît de Gen D. Car le point de la li­gne perpendiculaire, auquel &longs;e rencontreroit le poids tombant, &longs;e determine par les perpendiculaires de&longs;crites &longs;ur le plan incliné, comme l'on void icy aux perpendiculaires HE & BD tirées des deux points H, B, au&longs;quels on &longs;uppo&longs;e que la boule e&longs;t arriuée en roûlant: ce qu'il faut au&longs;&longs;i, ce &longs;emble, conclurre des autres corps qui gli&longs;&longs;ent &longs;eulement. En troi&longs;ie&longs;me lieu, l'on peut con&longs;iderer &longs;i les poids qui &longs;e meuuent &longs;ur le plan incliné gardent la me&longs;me proportion en leur vi&longs;te&longs;&longs;e que ceux qui &longs;e meuuent perpendiculairement vers le centre de la terre, c'e&longs;t à dire s'ils ha&longs;tent leur cour­&longs;e en rai&longs;on doublée des temps par exem­ples &longs;i G ayant de&longs;cendu iu&longs;que, au quart de &longs;on plan dans le premier temps, de&longs;cend les trois autres quarts dans le &longs;econd temps. En quatrie&longs;me lieu, la &longs;peculation de Galilée e&longs;t excellente, &longs;i elle e&longs;t veritable, à &longs;çauoir qu'vne bou- le de&longs;cend en me&longs;me temps &longs;ur tous les plans qui &longs;ont dans le me&longs;me demi cer­cle, ce que l'on comprendra par cette figure dans laquelle AB e&longs;t le diametre, qui repre&longs;ente la cheute perpendicu­

laire. EB, DB, & CB, ou FB, GB, & HB mon­&longs;trent les cheutes obliques, qui &longs;e font toutes en me&longs;me temps depuis le haut iu&longs;ques au bas de chaque plan, de &longs;orte que la boule va au&longs;&longs;i to&longs;t de G à B que d'E à B. Par ou l'on void que le mouuement de la boule e&longs;t d'autant plus lent que le plan obligue s'approche dauantage de l'hori­zontal IK, &longs;ur lequel il n'a plus de mou­uement par ce qu'il ne peur plus s'ap­procher du centre de la terre. Cette figure contient encore d'autres lignes, à &longs;çauoir AF, FG, GH, AG, & AH, &longs;ur &longs;ur le&longs;quelles on peut encore con&longs;ide­rer les mouuemens d'vne boule, affin de les comparer auec ceux qui &longs;e font &longs;ur les plans FG, GH, &c.

En cinquie&longs;me lieu, il faudroit con&longs;i­derer quelle e&longs;t la vite&longs;&longs;e des mouue­mens qui &longs;e font &longs;ur les plans BE, CE:

& DE, qui &longs;ont dans le quart du cer­cle BCE, & quelle proportion elle a auec la vite&longs;&longs;e du mouuement d'Aen E, dont la partie AH &longs;e fai&longs;ant dans vn temps don­né, tout le re&longs;te depuis H iu&longs;ques à E &longs;e fait dans vn autre temps egal. Où il faut encore remarquer que &longs;i l'on pend lelb/>poids E à la chorde AE, & qu'on tire le poids iu&longs;ques à B, que B de&longs;cendra qua&longs;i en me&longs;me temps de B à E par le quart du cercle BCE qu'il de&longs;cendra de C, ou de D au me&longs;me E. Or les lignes Bk, KL, & LM font veoir combien les poids de&longs;cendent &longs;urles plans CE & DE, & con&longs;equemment de combien il &longs;ont retardez, & empe&longs;chez par chaque plan incliné: par exemple, le poids B roulant de B à C &longs;ur le plan BC de&longs;cend autant que quand il roulle de C en E, car la li­gne BK e&longs;t égale à KM; & le poids roullant de C à D de&longs;cend plus de deux fois dauantage que celuy qui va de D à E car LK e&longs;t plus que double de LM. D'où il e&longs;t ay&longs;é de conclure que le poids B qui de&longs;cend par le quart de cercle BCE iroit d'autant plus lentement qu'il approche dauantage du point E, s'il n'a­querroit nulle impetuo&longs;ité.

En &longs;ixie&longs;me lieu, la chorde AB con­duira le poids B iu&longs;ques au diamettre AE dans vn temps donné, &longs;i elle e&longs;t en rai&longs;on doublee dudit temps, lors qu'elle doit &longs;e mouuoir dans vn plus grand temps; ou en rai&longs;on &longs;ouzdoublée, &longs;i el­le &longs;e doit mouuoir dans vn moindre temps: par exemple, &longs;i la chorde AB porte B dans 4. moments iu&longs;ques à E, la chorde &longs;ouzquadruple AI portera'I iu&longs;ques à H dans vn moment.

En &longs;eptie&longs;me lieu, le poids qui de&longs;cend de B en M, ou d'A en Eva non &longs;eulement plus lentement en commençant &longs;on mouuement, mai, au&longs;&longs;i il pa&longs;&longs;e par tous les degrez po&longs;&longs;iblesde tardiueté, de &longs;or­te que s'il n'augmentoit point la vi&longs;te&longs;&longs;e qu'il a vers le milieu de la premiere &longs;ep­tie&longs;me minute, il &longs;eroit deux ans & 20 iours à de&longs;cendre l'e&longs;pace d'vn pied de Roy, comme ie demon&longs;treray dans vn traité particulier.

ADDITION VIII.

Il e&longs;t certain que les poids qui de&longs;­cendent vers le centre augmentent tou&longs;iours leur impetuo&longs;ité, & que &longs;i on lai&longs;&longs;e cheoir vne boule &longs;ur le plan CA, elle aura autant d'impetuo&longs;ité lors qu'elle &longs;era arriuée au point A, comme quand elle &longs;era tombée en B du point C parce qu'elle &longs;era au&longs;&longs;i proche du centre en A qu'en B: & cette impetuo­&longs;ité &longs;era a&longs;&longs;ez grande pour faire remon­

ter le me&longs;me poids iu&longs;ques à C &longs;oit par la li­gne oblique AC, ou par la perpendiculai­re BC, pour­ueu qu'il n'y ayt nul empe&longs;chement ex­terieur. Mais tandis que le poids tom­be de C en T, il tombe de C en B, & par con&longs;equemment il acquier beaucoup plus d'impetuo&longs;ité en me&longs;me temps par le plan horizontal que par l'in­cliné. Semblablement tandis que le poids tombe par le plan AD de D en I, il tombe de D en B, car la ligne IB e&longs;t perpendiculaire &longs;ur la ligne AD; & &longs;i le poids tombe iu&longs;ques en A, il &longs;era tombé par la perpendiculaire DB prolongée iu&longs;ques au poinct, auquel elle &longs;era cou­pée par la ligne tirée du point A paral­lele à IB, laquelle &longs;era perpendiculaire au plan IA. Or il y a grande apparence que le temps auquel le poids tombe de C en B e&longs;t au temps auquel il tombe de C en A, comme la ligne CB e&longs;t à la ligne CA. Ce que l'on peut exami­ner en cette maniere. Suppo&longs;ons donc que le temps de la cheute d'A en B &longs;ur leplan AB &longs;oit égal au temps de la cheute qui &longs;e fait d'A en D: &
pour ce &longs;ubiect qu'au tri­angle rectangle ABD le co&longs;té D &longs;oit de 4. parties, & le co&longs;té BA de deux, &longs;i A D e&longs;t 1000. AB &longs;era 500, & partant l'angle BDA &longs;era de 30 degrez, car DA e&longs;tant, le rayon AB &longs;era le Sinus de 30 degrez, & l'an­gle BDA &longs;era de 60. degrez, & con&longs;e­quemment le co&longs;té BD &longs;era 866, c'e&longs;t à dire le Sinus de 60. Au triangle ABC rectangle, en C l'angle BCA e&longs;t connu de 60 degrez, donc l'angle ABC e&longs;t de 30. degrez, dont le &longs;inus AC e&longs;t 250, à &longs;çauoir la moitié du rayon BA, & BC &longs;inus de BAC 60. e&longs;t 433. de telles parties dont AD e&longs;t 1000: donc &longs;i AC e&longs;t 250. AB &longs;era 500. & AD 1000, de &longs;orte qu'A B e&longs;t moyenne proportionnelle en­tre DA, & CA; donc AD e&longs;t quadru­ple de CA, & con&longs;equemment AB e&longs;t double de CA. De plus &longs;i l'on &longs;up­po&longs;e qu'AC &longs;oit de 3. pieds, le poids tombe de cet e&longs;pace dans vne &longs;econde, & AD e&longs;tant quadruple d'AC, le poids tombera par AD en deux &longs;econdes, & parce que nous auons &longs;uppo&longs;é qu'il chet par la ligne AB en me&longs;me temps que par la perpendiculaire AD, il fera au&longs;&longs;i l'e&longs;pace AB en 2. &longs;econdes. De &longs;orte qu'il y aura me&longs;me rai&longs;on du temps de la cheute AC à celuy de la cheute de 3 pieds AB que de la ligne BA à la ligne CA, qui a &longs;ix pieds.

Il faut encore remarquer que comme AC e&longs;t &longs;ouz quadruple de DA, que CE e&longs;t au&longs;&longs;i &longs;ouzquadruple de BD, & AE de BA, & que de me&longs;me que CD e&longs;t triple de CA, que BE e&longs;t triple d'E A, & que comme la tacine de CA e&longs;t à la racine de DA, que le temps de la cheute CA e&longs;t à celuy de la cheute DA. Et parce que le poids qui tombe d'Aen B e&longs;t deux fois autant de temps que celuy qui tombe d'A en C, l'on peut dire qu'il va au&longs;&longs;i vi&longs;te par AB que par AC, puis qu'il faitvn chemin dou­ble dans vn temps double.

D'où ie conclus que le plan peut telle­ment e&longs;tre incliné &longs;ur l'horizon BC, que la boule mi&longs;e de&longs;&longs;us &longs;era plus d'vn an à rouler iu&longs;ques à B, & qu'vn temps infini ne &longs;uffiroit pas pour &longs;on roulement &longs;ur le plan horizontal de C en B, parce que &longs;a tardiueté deuient in­finie quand le plan incliné e&longs;t reduit au plan horizontal, &longs;ur lequel la boule ne &longs;e peut mouuoir que circulairement, &longs;uppo&longs;é que la terre &longs;oit parfaitement ronde, ce qui n'arriue point &longs;i le mou­uement droit ne precede, & n'en e&longs;t cau&longs;e: mais le poids n'aquierra point de plus grande vi&longs;te&longs;&longs;e &longs;ur le plan horizon- tal, &longs;ur lequel il ira tou&longs;iours vniforme­ment s'il ne trouue nulle empe&longs;chement, d'autant qu'il e&longs;t tou&longs;iours également éloigné de &longs;on centre.

ADDITION. IX.

Galilée n'a point traité des in&longs;trumens qui &longs;e &longs;eruent de roües dentelees, com­

me &longs;ont celles cy B & A, qui tournent par le moyen de la maniuelle E, à laquelle la moindre roüe A, que l'on appelle or­dinairement le Pignon, e&longs;t attachée, affin d'accommoder &longs;es dents à celles de la grande roüe B, qui tourne &longs;ur &longs;on e&longs;&longs;ieu C, à l'entour duquel l'on met la chorde qui tient le poids D. Or on multiplie ces roües tant que l'on veut iu&longs;ques à l'infini: mais plus il y en a dans vn in&longs;trument & plus on e&longs;t long temps
à leuer le poids attaché à celle qui tourne le plus lente­ment, comme l'om expe rimente aux hor loges à roües, & à re&longs;­&longs;ors. Ie mets &longs;eule­ment icy la fi­gure de l'in&longs;tru­ment que l'on appelle Cry, qui &longs;ert pour releuer les caro&longs;&longs;es, & les charrettesqui &longs;ont ver&longs;ées. La moindre figure IGH faitvoir &longs;a forme exterieure, & les crans, ou les dents H, qui ont la four chette G en haut pour leuer les fardeaux. CB fait veoir la maniuelle & le Pignon B qui fait tourner la grande roüe AB, la­quelle fait hau&longs;&longs;er le cry FE par le moyen du pignon à trois dents D qui, &longs;'aiu&longs;te dans les dents de FE. Si l'on multiplie les roües de cry on le rendra&longs;i fort qu'il pourra leuer vne mai&longs;om toute entiere, mais &longs;on effet &longs;era plustardif en
recompen&longs;e. Mais l'on ne peut enten dre la nature & les proprietcz de ces in&longs;trumens, &longs;i l'on ne comprend les pro­prietez du cercle, dont ie parle dans vn autre lieu. Il y a encore d'au­tres roües qui ont vne grande force, comme &longs;ont celles de la viz &longs;ans fin, dontie donne &longs;eulementicy la figure, dans laquelle EFG e&longs;t la plus grande roüe. AD e&longs;t l'arbre entouré des fi­lets E qui entrent dans les dents de la dite roüe: mais &longs;i l'on adioute la roüe CB, elle redoublera la force, & la mani­nelle L fera tourner l'arbre K, dont les filets B entrent dans les dents de la &longs;e­conde roüe BC. Le poids I e&longs;t attaché à la chorde H, & &longs;e tient en chaque degré de hauteur où l'on veut, &longs;ans qu'il &longs;oit be&longs;oin d'arre&longs;ter l'in&longs;trument par aucune force: mais les filets des ar­bres s'v&longs;ent bien to&longs;t.

Finalement ie veux adiouter vn mou&longs;&longs;le à &longs;ix poulies qui n'a pas e&longs;té mis en &longs;on lieu, dans le chapitre des poulies, affin que ceux qui s'en vou­dront &longs;eruir, voyent comme il faut con&longs;truire cet in&longs;trument, que Pappus appelle Poly&longs;pa&longs;te dans la 24 propo&longs;i­tion du 8. liure de &longs;es Recueils Mathe-

matiques, oùil nomme l'armeure HF, ou AG manganum.

L'on voit donc en ce mouffle &longs;ix roües, à&longs;ça­uoir 3 en bas F, D, B, & 3 en haut G, E, C, mais la derniere d'enhaut Gne multiplie point la force, dautant qu'elle ne &longs;ert que comme la &longs;imple poulie d'vn puys. Or cet in&longs;tru­ment e&longs;t plai&longs;ant en ce que &longs;i 4 ou 5 hommes employent toute leur force àtirer la chorde IK, celuy qui tire le bout de la chorde L d'vne &longs;eule main les fait venir à luy malgré qu'ils en a yent. Et l'on peut y mettre tant de poulies que l'on mene­ra les Egli&longs;es, les tours, & les autres edifices où l'on vou dra, pour­ueuqu'om les pui&longs;&longs;e cein- dre de chordes a&longs;&longs;ezfortes pour ce &longs;uiet, & que les murailles ne &longs;e &longs;eparent point les vnes des autres. Ceux qui veulent &longs;erieu&longs;ement e&longs;tudicr aux Mechani­ques doiuent lire tout le 8 liure de Pappus, dans lequel il explique plu&longs;ieurs &longs;ortes d'in&longs;trumens; & les liure de Gui­don Vbalde, qui a le mieux de tous trai­té de la nature de ces in&longs;trumens.

ADDITION. X.

Ie mets encore icy vne figure du plan incliné, affin que l'on con&longs;idere l'utilité du triangle rectangle dans les mecha­niques. Soit donc le triangle BAC, dont la &longs;ou&longs;tendante ou l'hypotenu&longs;e BC

e&longs;t double du co­&longs;té BA, & la ba&longs;e AC e&longs;t parallele à l'horizon il: e&longs;t con&longs;tant que le poids F doit e&longs;tre 2. fois au&longs;&longs;i pe&longs;ant que le poids D pour e&longs;tre équilibre, dautant qu'ils doiuent garder entr'eux la me&longs;me rai&longs;on que le co&longs;té CB au co&longs;té AB. Mais lors que l'on veut &longs;çauoir la force dont le poids F pre&longs;&longs;e le plan BF, il faut prendre la ba&longs;e du triangle AC & la comparer auec l'hypotenu&longs;e BC, d'au­tant que la pe&longs;anteur entiere du poids F e&longs;t à celle par. laquelle il pre&longs;&longs;e le plan BC, comme CB e&longs;t à CA, de &longs;orte que &longs;i BC e&longs;t 5, & CA 4. la rai&longs;on de la pe&longs;anteur totale e&longs;t &longs;e&longs;qui­quarte de la pe&longs;anteur relatiue, & con­&longs;equamment la force F ne pourroit rom­pre vnere&longs;i&longs;tance de 5. Par où lon voit que la con&longs;ideration du rayon AC, de la tangente BA, & de la &longs;ecante BC e&longs;t en­tierement nece&longs;&longs;aire pour les mechani­ques, dont i'ay parlé fort amplement dans le dix & l'onzie&longs;me theorême du &longs;econd liure de l'harmonie vniuer&longs;elle.

Or pui&longs;que l'on demon&longs;tre que la vi­&longs;te&longs;&longs;e des poids qui de&longs;cendent &longs;ur les plans inclinez s'augmentent en rai&longs;on doublée des temps, il e&longs;t ay&longs;é de deter­miner vn lieu &longs;ur vn plan incliné telque l'on voudra, auquel le poids ira au&longs;&longs;i vi&longs;te qu'en vn autre lieu donné de &longs;a de&longs;cente perpendiculaire, comme l'on peut conclure de ce qui a e&longs;tédit dans la 8 Addition.