Mersenne, Marin Les préludes de l'harmonie universelle 1634 Paris fr merse_prelu_01_fr_1634 0000000047.xml

LES PRELVDES DE L'HARMONIE VNIVERSELLE, OVQVESTIONS CVRIEVSES.

Vtiles aux Predicateurs, aux Theologiens, aux A&longs;trologues, aux Medecins & aux Philo&longs;ophes.

Compo&longs;ees par le L.P.M.M.

A PARIS, Chez HENRY GVENON, ruë S. Iacques, prés les Iacobins, à l'image S. Bernard.

M. DC. XXXIV. AVEC PRIVILEGE ET APPROBATION;

A MONSIEVR, MONSIEVR

DE BOVRGES CONSEILLER DV ROY, & Thre&longs;orier Payeur de Me&longs;­&longs;ieurs les Thre&longs;oriers de Fran­ce à Orleans.

MONSIEVR;

Ie ne doute pas que vous ne receuiez ce Traité auec contentement, puis qu'il contient le principe des plai&longs;irs les plus purs, & les plus innocens de ce monde, & qu'il e&longs;t capable de de&longs;abu­&longs;er tous ceux qui s'imaginent que l'onpeut predire des cho&longs;es certaines par la connoi&longs;&longs;ance que l'on a de la rencontre, & des a&longs;pects des planettes, & des e&longs;toilles. Vous y trouuerez &longs;embla­blement plu&longs;ieurs cho&longs;es qui appar­tiennent aux my&longs;teres des nombres, dont vous faites vn e&longs;tat particulier, car la neu&longs;iéme Que&longs;tionvous fournira d'idées pour examiner les plus &longs;çauans Analy­&longs;tes, qui &longs;e vantent de pouuoir re &longs;oudre toutes &longs;ortes de proble &longs;mes numeri­ques, & vous donnera &longs;uiet de leur demander vn nombre, dont les parties aliquotes e&longs;tant a&longs;&longs;emblees fa&longs;&longs;ent le triple, & le quadruple ou vn autre nombre qui &longs;oit en rai&longs;on donnée auec le nombre, dont elles &longs;ont parties ali­quotes; & de &longs;çauoir s'il y a vn autre nombre que 120, dont les parties &longs;u&longs;­dites fa&longs;&longs;ent le double, & par quelle regle, ou par quelleanaly&longs;e l'om peut trou­uer tant de nombres &longs;emblables que l'on voudra. Il e&longs;t certain qu'il y a desrencontres dans les nombres, qui raui&longs;­&longs;ent les plus excellents e&longs;prits, lors qu'on les a trouués; & que leur e&longs;tandüe e&longs;t &longs;i va&longs;te, qu'elle arre&longs;te & &longs;urpa&longs;­&longs;e l'entendement des hommes, lequel neantmoins en peut v&longs;er pour e&longs;tablir vne nouuelle Philo&longs;ophie. En effet la pureté des nombres e&longs;t tre&longs;-propre pour ce &longs;uiet, car elle n'e&longs;t nullement me&longs;lée auec la matiere, & con&longs;i&longs;te dans vne &longs;implicité, & dans vne ab&longs;traction beaucoup plus grande que celle de la Geometrie qui &longs;uppo&longs;e des poinsts, des lignes, des &longs;urfaces, & des corps, c'e&longs;t à dire trois e&longs;peces de dimen&longs;ions. Mais le nombre est &longs;i pur & &longs;i &longs;imple que &longs;on principe &longs;e trouue me&longs;me en Dieu, le­quel'est vn, & qui est accompagné du &longs;acré Ternaire des trois Per&longs;onnes diuines. Et peut-e&longs;tre qu'il &longs;eroit ay&longs;é de comparer chaque cho&longs;e à chaque nombre, &longs;i l'on connoi&longs;&longs;oit la nature de tous les indiuidus; ce qui &longs;eruiroitpour vne Philo&longs;ophie que l'on ne pour­roit oublier, à rai&longs;on du bel ordre que l'on garderoit dans les rai&longs;onnemens, dans les conclu&longs;ions & dans les demon­&longs;trations. C'est, MONSIEVR, ce que vous pouuez con&longs;iderer auec plai&longs;ir, &longs;i vous en voulez prendre la peine, laquelle vous &longs;era d'autant plus agreable, que vous trouuerez vne plus grande multitude de &longs;pecula­tions tre&longs; rares, & neantmoins tres­fecondes dans l'infinité de l'Algebre, & dans les aby&longs;mes tres profonds des nombres. Ie vous offre cependants les Preludes de la &longs;cience, qui &longs;e &longs;ert des nombres, comme de tres &longs;olides fonde­mens, &longs;ur le&longs;quels elle e&longs;tablit &longs;es prin­cipes, & dont elle v&longs;e perpetuellement dans &longs;a maniere de rai&longs;onner, & de conclurre, af&longs;in que &longs;on harmonie &longs;e ioigne à celle de vo&longs;tre e &longs;prit, & vous fa&longs;&longs;e re&longs;&longs;ouuenir de la Vocale, dans la­quelle vous reu&longs;&longs;i&longs;&longs;ez &longs;i he ureu&longs;ementque les Organi&longs;tes font gloire de ioüer, & de faire entendre vos compo&longs;itions &longs;ur leurs orgues quand il vous plai&longs;t de les leur donner. Ce qui fait que i'o­&longs;e me promettre que la lecture de ce li­ure ne vous &longs;era pas de&longs;agreable, puis que vous prenez tant de plai&longs;ir à la &longs;cience, qui donne le nom aux plus belles cho&longs;es, & qui a &longs;erui d'idee à Pythagore, & à Platon, lors qu'ils ont voulu e&longs;tablir leur Philo&longs;ophie. Vous verrez quand il plaira à Dieu, la piece entiere, qui contiendra peut e&longs;tre quelqu'vne de vos compo&longs;itions, & la pre&longs;entera à toute l'Europe, & qui me &longs;eruira de caution & d'argument pour demon&longs;trer que i'ay eu rai&longs;on de vous deder ces Preludes, & de me dire,

MONSIEVR,

Vo&longs;tre tres humble & tres­affectionné &longs;eruiteur. F.M.Mer&longs;ene M.

PREFACE AV LECTEVR.

I'Ay donné le nom de Preludes à ce Liure, parce qu'il a qua&longs;i le me&longs;me rapport aux traitez de toutes les autres parties de la Mu­&longs;ique, que ie donneray bien to&longs;t auec l'ay de de Dieu, que les Pre­ludes du Luth, de l'Orgue, ou des autres In&longs;trumens ont auec les differentes pieces, & compo&longs;i­tions qui &longs;uiuent apres. Et com­me ils plai&longs;ent dauantage à plu­&longs;ieurs que ce qui les &longs;uit, il &longs;e pourra faire que ce Liure ag­greera dauantage à quelques vns, que ceux qui parleront de ce qui concerne les differentes parties de l'harmonie. Quoy qu'il en &longs;oit, l'on trouuera dans les vns & dans les autres dequoy &longs;e contenter, &longs;i on les lit de la me&longs;me affection, & pour la me&longs;me rai&longs;on que ie les donne. Mais il n'e&longs;t pas be&longs;oin d'vne plus longue Preface, pui&longs;­que la Table des Que&longs;tions &longs;up­pleera à ce que l'on pourroit adiouter.

TABLE.

DES QVESTIONS de ce Liure.

I. Qu. Qvelle doite&longs;tre la con&longs;titution du ciel, on l'Horo&longs;cope d'vn parfait ien.

II. Que&longs;t. Dans laquelle les principes de l'A&longs;trologie iudiciaire &longs;ont examinés dans cinq propo&longs;itions.

III Que&longs;t. Pourquoy les &longs;çauans reiesent l'A&longs;trologie iudiciaire comme vne fable: où il e&longs;t mon&longs;tré fort amplement qu'elle ne peut rien predire de probable de la nai&longs;&longs;ance des hommes, & qu'elle n'a nul fondement a&longs;­&longs;euré.

IV. Que&longs;t. A &longs;çauoir &longs;i le temperament du parfait Mu&longs;icien doit e&longs;tre &longs;anguin, phlig­matique, bilicux, ou melancholique pour pou­uoir chanter, ou compo&longs;er les plus beaux airs qui &longs;oient poßibles.

V. Que&longs;t. Quel doit e&longs;tre la &longs;çience, & la capacité d'vn parfait Mu&longs;icien.

VI. Que&longs;t. A &longs;çauoir &longs;i le &longs;ens de l'oüye doit e&longs;tre le iuge de la douceur des &longs;ons, &des concerts, ou &longs;i ce&longs;t office appartient à l'entendement.

VII. Que&longs;t. A &longs;çauoir s'il e&longs;t nece&longs;&longs;aire, ou expedient d'v&longs;er du genre chromatic, & de l'Enarmonic, ou &longs;i l'on doit &longs;e tenir au &longs;eul Diatonic, & &longs;i l'on &longs;epeut reduire ces trois genres en Pratique.

VIII. Que&longs;t. A &longs;çauoir &longs;i les chordes par­faitement égales e&longs;tant tirées d'vn mouue­ment égal, u d'vne force égale &longs;e romproient, & en quel lieu elles &longs;e romproient.

IX. Que&longs;t. A &longs;çauoir pourquoy les Grecs ont plu&longs;to&longs;t v&longs;é de Tetrachordes pour e&longs;ta­blir la Mu&longs;ique, que du Pentacherde, &c. où l'on void plu&longs;ieurs belles remarques &longs;ur le nombre de 4. & où le 3. Proble&longs;me de la15. &longs;ection d'Ari&longs;tote est expliqué.

X. Que&longs;t. A &longs;çauoir &longs;i les &longs;ons forment les mœurs, comme dit Ari&longs;tote, & pourquoy ils &longs;ont plus propre à exciter les pa&longs;sions, que les couleurs, les &longs;aucurs &c.

XI. Que&longs;t. A &longs;çauoir comme il faut compo&longs;er les chan&longs;ons pour e&longs;tre les plus excel­lentes de toutes les po&longs;sibles.

Mais il fout remarquer que cette Que­&longs;tion a e&longs;té tronquée, & que nous la donnerons toute entiere dans le Liure des beaux chants. S'il ya quelque cho-&longs;e à de&longs;irer dans ce Liure, c'e&longs;t particu­lierement que l'on donne le temps des trois natiuitez, qui &longs;ont dans la premiere Que&longs;tion, & de determiner &longs;i elles &longs;ont de&longs;ia pa&longs;&longs;ées, ouquand elles arriueront: &c' e&longs;t vn excellent proble&longs;me que ie propo&longs;e à tous les A&longs;tronomes, & A&longs;trologues du monde.

APPROEATION.

NOvs auons veu & approuué les traitez &longs;uiuans du R. P. M. Mer&longs;enne Reli­gieux de no&longs;tre Ordre, à &longs;çauoir les Que&longs;tions Thcologiques, Phy&longs;iques, & tradution des Mecbani­ques de Galilée, & les Preludes de l'Harmonie &c. & n'y auons rien trouué qui ne &longs;oit conforme à la vraye Theologie, & aux bonnes mœurs. En foy dequoy nous auons icy mis nos &longs;eings Fait en no&longs;tre Conuent de la place Royalle ce 20. Iuin 1634.

F. FRANÇOIS DE LA NOÜE Minime.

E. MARTIN HERISSE Minime.

Quelques fautes de l'impre&longs;&longs;ion des Preludes

Page 14 li&longs;ez rai&longs;on. p. 33 li&longs;e z eu&longs;t & non il fu&longs;t p. 98. l. 18 o&longs;tez a p. 70 l 9 li&longs;ez Almu­ten. p. 71 l 1. au lieu à auec li&longs;ez dans. p. 84 l. penultie&longs;me on a obmis

p. 86. l. 8. li&longs;. laquelle. p. 107. l. 3. dans les. p. 197. l. 14. &longs;oigneux. l. 26. le

Le lecteur iudicieux peut coriger tout le re&longs;te

PRIVILEGE DV ROY.

PAr lettres du Rov donnees à Paris le mois d'Aou&longs;t de l'année 1634. &longs;ignees Perrochel, & &longs;eellees du grand &longs;ceau de cire iaune, il e&longs;t permis au P. M. Mer&longs;enne Religieux Minime de faire imprimer par tel Libraire que bon luy &longs;emblera Flu&longs;ieurs Traittez de Philo&longs;ophie, de Theologie, & de Mathema­tique. Et deffences &longs;ont faites à toutes per&longs;onnes de quelque qualité qu'ils &longs;oient de les faire imprimer, vendre & di&longs;tribuer pendantle temps de &longs;ix ans à compter du iour que le&longs;dits liures &longs;e­ront acheuez d'imprimer, comme il e&longs;t plus amplement porté dans les let­tres dudit Priuilege.

Et ledit P. M. Mer&longs;enne à con&longs;enty & con­&longs;ent que Henry Guenon ioüi&longs;&longs;e dudit Pri­uilege, comme il e&longs;t plus amplement decla­ré par l'accord fait entr'eux.

PRELVDES DE L'HARMONIE

QVESTION PREMIERE.

Quelle doit e&longs;tre la con&longs;titution du Ciel, ou l'horo&longs;cope d'vn parfait Mu&longs;icien.

PLVSIEVRS e&longs;timent que l'on peut predire ce qui doit arriuer aux hommes par la connoi&longs;&longs;ance des A&longs;tres: par­ce qu'ils di&longs;ent que les differentes con­&longs;titutions de nos corps, & de nos tem­peramens dependent des planettes, & des e&longs;toiles qui &longs;e rencontrent à nos nai&longs;&longs;ances. Or ie veux icy examiner ce que l'on peut dire de la nai&longs;&longs;ance d'vn parfaict Mu&longs;icien, qui &longs;oit capable de plaire par &longs;es harmonies à toutes &longs;ortes de per&longs;onnes &longs;elon les plus excellentes regles de l'A&longs;trologie. C'e&longs;t pourquoy ie mets icy la Natiuité que les plus &longs;ça­uans A&longs;trologues de ce &longs;iecle ont iu­gée capable de nous donner vn parfait Mu&longs;icien. Et puis i'examineray les fon­demens, & les regles de l'A&longs;trologie.

Natiuité du parfaict Mu&longs;icien.

De la vie, du temperament, & de la propor­tion du corps du plus excellent Mu­&longs;icien qui pui&longs;&longs;e e&longs;tre.

IL faut premierement remarquer dans cette figure, que les malefiques ne &longs;ont ny trop pui&longs;&longs;ans, ny trop éleuez &longs;ur les luminaires, ou &longs;ur les autres pla­nettes, & qu'ils ne &longs;e trounent point dans les angles. Secondement, que les &longs;ignificateurs de la vie &longs;ont exempts de leurs mauuais rayons: En troi&longs;ie&longs;me lieu, que l'a&longs;cendant rend le Mu&longs;icien fortuné, car il e&longs;t ioint à la Lune, qui e&longs;t heureu&longs;e en la premiere mai&longs;on, & qui reçoit le Soleil d'vn quadrat ioint à

, &
au &longs;extil de
, & au trin de
, qui tous donnent vne vie forte, & vn temperament chaud, & humide, qui e&longs;t le meilleur, & le plus viuifiant de tous, dont dépend le teint excellent du vi&longs;age, & des autres parties du corps mélées de blanc, & de rouge: A quoy ils adiou&longs;tent qu'il ne faut pas craindre que &longs;a vie &longs;uruiue à &longs;a gloire; & qu'elle &longs;era &longs;uiuie d'vn honneur eternel, dau­tant qu'il appliquera &longs;a Mu&longs;ique à l'hon­neur de la Religion Catholique, qui &longs;eule nous acquiert vn honneur immor­tel, & vne gloire immen&longs;e dans le Ciel.

Et &longs;i quelqu'vn obiecte que le Soleil vient au quadrat de

, que la Lune luy e&longs;t oppo&longs;ee vers la &longs;ixie&longs;me année de &longs;on âge: Que le Soleil remonte par l'op-po&longs;é de
, & que l'a&longs;cendant e&longs;t ble&longs;&longs;é par l'opo&longs;ition de
. Il e&longs;t facile de ré­pondre à ces inconueniens, qui ne &longs;ont que cheutes, & ruptures de membres, car ils &longs;ont empe&longs;chez & &longs;urmontez par la rencontre de
, & par le trin, & le &longs;ex­til de
& de
: c'e&longs;t pourquoy il faut attendre que le Soleil, ou l'a&longs;cendant viennent à leur propre quadrat, qui pro­mettent plus de cent ans à ce Mu&longs;icien.

Deplus

, &
le fortifient d'v­ne rare prudence, pieté, & iu&longs;tice pour re&longs;i&longs;ter à tous ces mouuemens, & ne peut y auoir aucune con&longs;tellation &longs;i heureu&longs;e, dans laquelle il ne &longs;e pui&longs;&longs;e rencontrer quelque inconuenient, Dieu ayant voulu balancer toutes cho&longs;es pour no&longs;tre biem, pour la beauté de l'vniuers, & pour &longs;a plus grande gloire.

De la profeßion, des mœurs, de l'e&longs;prit, & de l'excellence du me&longs;me Mu&longs;icien.

DEs l'entrée de cette natiuité on voit que

&
Orientaux e&longs;tant ioints en&longs;emble luy promettent vne grande inclination à la Mu&longs;ique, & à tout ce qu'elle requiert: &longs;es inclinations &longs;ont particulierement &longs;ignifiées par la conionction de
de la
& de l'épy de la
par leur a&longs;pect auec le Soleil, & par la conionction de
, & de
, qui &longs;ont au trin partil de
& au &longs;extil de
, qui tous le rendront courtois, gay, affable, & d'vn vi&longs;age &longs;erein, & ouuert à tout le monde, & particulierement grand amateur de la verité, & de la Religion Catholique; car
auec l'épi de la
donnent vne particuliere inclination à la pieté, & la me&longs;me étoile le rend apte à coniecturer, & à preuoir: Car cette aptitude vient de
, & des e&longs;toiles de &longs;a nature: Il &longs;era au&longs;&longs;i fort éloquent & di&longs;ert, & aura vne merueilleu&longs;e facilité pour inuenter, à cau&longs;e du &longs;extil de
à
, & à
venant d'vn &longs;igne mobile: car les &longs;ignes mobiles donnent l'inuention, qui nai&longs;t de la promptitude de l'e&longs;prit.

Il aura vne grande facilité à compren­dre les &longs;ciences, dautant que

&
&longs;ont ioints partilement &longs;ur le point du mi­lieu du Ciel, & &longs;ont auec les e&longs;toiles des pieds des Gemeaux, qui donnent de nouuelles inuentions pour tout ce que l'on entreprend, comme l'on voin aux natiuitez d'Alciat, de Petrarque, & des autres.

En fin, &longs;a memoire &longs;era grandement heureu&longs;e, & a&longs;&longs;eurée, à cau&longs;e du trin partil de

, qui e&longs;t en vn &longs;igne fixe, en &longs;es dignitez, & auec l'étoile lumineu&longs;e d'Aquarius. L'étoile vendangeu&longs;e, & le bouuier en l'a&longs;cendant, dont la pre­miere e&longs;t de la nature de
, de
, & de
, augmenteront beaucoup &longs;on e&longs;prit, & &longs;a memoire: Et le
auec Hercule le rendront &longs;tudieux, parce qu'il e&longs;t au quadrat reçeu de la
, laquelle e&longs;tant mai&longs;tre&longs;&longs;e de la neufie&longs;me, & en la pre­miere mai&longs;on, &
e&longs;tant &longs;eigneur de la troi&longs;ie&longs;me en vn &longs;igne mobile, en a&longs;­pect partil du &longs;eigneur de la geniture, & autrin de la fortune, il fera plu&longs;ieurs voyages, beaucoup de dépence pour conuer&longs;er auec les plus excellents Mu­&longs;iciens qu'il pourra rencontrer, & n'ou­bliera rien de tout ce qui peut rendre la Mu&longs;ique recommandable parmi les hommes.

luy apportera vne grande per&longs;eue­rance, & vne diligence nompareille pour la lecture de tous les anciens, qui ontécrit de la Mu&longs;ique, afin d'enrichir, & de perfectionner cette &longs;cience: &longs;a voix &longs;era &longs;i douce, &longs;i roulante, &longs;i accor­dante & &longs;i agreable, qu'il rauira les e&longs;­prits auec &longs;es chan&longs;ons; car il la rendra aiguë, quand il voudra par le &longs;extil de
, graue par le trin de
, & mediocre par
, de maniere qu'il pourra chanter la Ba&longs;&longs;e, la Taille, & le De&longs;&longs;us quand il luy plaira.

luy donnera la force d'animer des airs propres pour exciter à la guerre, & pour repre&longs;enter le cliquetis des armes, & les fanfares de la trompette: le trin de
le rendra propre pour repre&longs;enter les cho&longs;es langui&longs;&longs;antes, & funebres, & pour &longs;ai&longs;ir les cœurs des auditeurs d'v­ne grande tri&longs;te&longs;&longs;e, qu'il pourra telle­ment amolir, que leur plus violante fu­reur, & leur plus ardente colere &longs;era changée dans les tendres élans d'vne douce pitié.

Il &longs;era &longs;çauant en toutes les parties de Mathematique, qui &longs;eruiront pour en­richir la Mu&longs;ique, & fera des vers fort excellents, qui n'auront rien de l'a&longs;cif, & qui &longs;eront remplis de pieté: Car la

, & l'épi de la
&longs;ont conjoincts. Il aura vn grand credit parmi toutes &longs;or-tes de per&longs;onnes; car la
auec
, & l'épi de la
receuant le
d'vn quadrat luy acquiereront l'amitié & la faueut des Princes, à cau&longs;e du Soleil; des Pre­lats, à cau&longs;e de
, & du peuple, à cau­&longs;e de la Lune: Il &longs;era riche, & pui&longs;&longs;ant en benefices, & en dignitez Eccle&longs;ia­&longs;tiques, qu'il obtiendra par &longs;on indu&longs;trie; il &longs;era connu des Rois, dautant que le
e&longs;t au milieu du Ciel auec vne belle étoile, & au quadrat receu de la Lune.

Et parce qu'il e&longs;t hors de &longs;es dignitez, &

au&longs;&longs;i, il &longs;era chery, & admiré, hors de &longs;on païs, & &longs;era honoré des &longs;iens, dautant que
e&longs;t en &longs;a mai&longs;on:
fera voller &longs;a gloire par tout le monde:
auec fomahand, qui &longs;ignifie l'immorta­lité du nom, fera durer &longs;a memoire, & la fera pa&longs;&longs;er à la po&longs;terité, & &longs;es écrits, & compo&longs;itions &longs;eront dignes d'e&longs;tre grauées dans le marbre, ou dans le ce­dre, & lai&longs;&longs;eront vn regret à tous les Mu&longs;iciens de ne pouuoir faire mieux, & vn de&longs;e&longs;poir de le pouuoir imiter. Par con&longs;equent ce Mu&longs;icien aura les trois cho&longs;es qu'vn ancien de&longs;iroit pour deuenir &longs;çauant, à &longs;çauoir Oüir,voir, & auoir, & &longs;urmontera tous ceux qui l'auront deuancé, & tous ceux qui viendront apres luy.

Or parce qu'il n'y a per&longs;onne pour grand, & pour excellent per&longs;onnage qu'il pui&longs;&longs;e e&longs;tre, qui ne &longs;oit &longs;ujet à l'en­uie des médisans, & des e&longs;prits mal faits, &longs;i quelqu'vn luy reproche qu'il e&longs;t en­clin aux &longs;ales voluptez, à rai&longs;on des a&longs;­pects partils de

, & de
. Ie répons qu'encore que chacun ait &longs;es imperfe­ctions, & qu'il n'y ait per&longs;onne qui &longs;oit parfaitement heureux pendant que nous viuons icy: Neantmoins il pour­ra facilement re&longs;i&longs;ter à cette inclinatiom, à cau&longs;e de
, de la
, & du
, qui le fortifient, & qui luy donnent vne gran­de prudence, pieté, & iu&longs;tice.

Voila ce qu'on peut dire de cette na­tiuité &longs;uiuant l'A&longs;trologie, qui a e&longs;té pra­tiquée, ou qui &longs;e pratique maintenant: d'où l'on peut tirer beaucoup d'autres iugemens, & conclu&longs;ions: Carie me &longs;uis contenté de marquer tout ce qui s'y voit de principal pour rendre vn homme parfaitement &longs;çauant en Mu­&longs;ique,

Rai&longs;ons contre la figure, & la natiuité precedente.

L'On trouue premierement que ce­luy qui nai&longs;troit &longs;ouz cette figure cele&longs;te, ne &longs;eroit pas de longue vie, & qu'il mourroit de mort violante, car la Lune e&longs;t en l'oppo&longs;é de

a&longs;&longs;ez partil, puis qu'elle s'y peutioindre dans l'e&longs;pa­ce de 24. heures, & que le Soleil e&longs;t proche de la te&longs;te d'Hercule, qui e&longs;t d'vne nature violente: D'abondant, Mars e&longs;t logé dans la huictie&longs;me, dans laquelle il &longs;ignifie le genre de mort, quant l'oppo&longs;é de
, qui e&longs;t anarete, ble&longs;&longs;era la Lune, ou l'a&longs;cendant, dont l'vn vient plu&longs;to&longs;t que l'autre. Et bien que
s'y oppo&longs;e, neantmoins &longs;on corps ne &longs;uccede pas à ce rayon malefique, & c'e&longs;t &longs;e promettre le retour du iour pa&longs;­&longs;é que d'attendre l'effect d'vne direction pa&longs;&longs;ée de neuf ans, pour en empe&longs;cher vne qui la &longs;uit: Quant au trine de Ve­nus, qui l'accompagne, elle ne le peut empe&longs;cher:
e&longs;t e&longs;trangere, & n'a qu'vne force accidentelle, bien qu'elle &longs;oit dans l'angle du midy: de plus elle n'e&longs;t pas &longs;i pui&longs;&longs;ante que
en &longs;a propre mai&longs;on.

Or ce Mu&longs;icien n'auroit pas entiere­ment &longs;on temperament chaud & hu­mide; car le &longs;igne qui monte e&longs;t celuy qui donne la meilleure condition au temperament, lors qu'il e&longs;t &longs;ans planet­tes: Quand il s'y en trouue quelqu'vn elle communique &longs;a nature, de manie­re que le &longs;igne a&longs;cendant de cette nati­uité e&longs;tant froid & &longs;ec, e&longs;t icy nommé la ba&longs;e du temperament, qui &longs;emble corriger &longs;on &longs;ignificateur e&longs;tant ioint à vn planette chaud & humide dans vn &longs;igne de &longs;emblable nature: ce qui n'y apporte pas neantmoins grande cho&longs;e, car il e&longs;t en l'a&longs;pect &longs;extil de

chaud & &longs;ec, & au &longs;igne de me&longs;me qualité, & e&longs;t trin de Saturne retrograde, qui e&longs;t froid & &longs;ec, & qui diminuë l'humide pour augmenter la &longs;eichere&longs;&longs;e; ioint que la Lune, qui gouuerne les humeurs e&longs;tant ble&longs;&longs;ée par
, affoiblit grande­ment &longs;a temperature.

Quant à la profe&longs;&longs;ion du Mu&longs;icien,

, &
&longs;ont &longs;ignificateurs (auecle milieu du Ciel) de la vacation,
&longs;igni-fie les Mu&longs;iciens: &
les Poëtes: Or
e&longs;t icy iointe à
, mais elle n'e&longs;t pas &longs;ignificatrice du cœur du Ciel, par con­&longs;equent elle n'e&longs;t pas la principale di&longs;­po&longs;itrice de la vacation, & ne la peut e&longs;tre qu'en tant qu elle e&longs;t en la ligne meridionale. Or
y a plus de force car le &longs;igne qui occupe cet e&longs;pace, e&longs;t &longs;on domicile: &longs;çauoir s'il prend la nature de
, ou &longs;i e&longs;tant le plus fort il prend &longs;eulement la &longs;ienne, c'e&longs;t la difficulté. Toutefois cela ne peut re&longs;oudre le dou­te: par exemple, il y a deux per&longs;onnes qui ont
, &
ioints partilement, l'vn aux poi&longs;&longs;ons en l'a&longs;cendant, qui e&longs;t con­&longs;eiller, & ayme grandement la poë&longs;ie, & &longs;ur tout la Latine mais il n'ay me nul­lement la Mu&longs;ique: l'autre a cette con­jonction dans le 20. degré de
, qui e&longs;t gentil-homme de bon e&longs;prit, mais &longs;ans lettres, & ne &longs;çait point la Mu&longs;ique, par con&longs;equant il faut dire, quoy que
&longs;oit le plus fort, ou le plus foible, qu'il ne fait pas tou&longs;iours des Mu&longs;iciens, ny
auec luy, & qu'il e&longs;t be&longs;oin d'autres con­&longs;tellations. Or le &longs;extil de Mars e&longs;t logé en la huictie&longs;me, & le trin de
retro­grade, quile feroient plu&longs;to&longs;t A&longs;trolo-gue, & Necromantien, que Mu&longs;icien; En fin la te&longs;te, & la queuë du Dragon ne ont point en cette natiuité, & par con&longs;equent elle e&longs;t imparfaite.

Re&longs;ponce à l'obiection precedente, & confir­mation du me&longs;me Horo&longs;cope.

LA premiere partie de l'objection con&longs;i&longs;te en ce que la Lune e&longs;t en l'oppo&longs;é de

a&longs;&longs;ez partil: A laquelle on peut répondre que la Lune n'ay ant que douze degrez & demy d'orbe, &
huict degrez: & e&longs;tant éloignez l'vn de l'autre de 13. degrez, & demy, il ne &longs;e peut faire qu'il y ait a&longs;pect: &longs;i l'on ne vouloit par vne nouuelle A&longs;trologie o&longs;ter aux a&longs;tres la proprieté des cau&longs;es &longs;econdes à &longs;çauoir d'e&longs;tre bornez d'vne certaine &longs;phere d'actiuité, outre laquel­le ils n'agi&longs;&longs;ent plus, & qu'on di&longs;t que leur force e&longs;t infinie, ou qu'il faille pour leur donner force d'a&longs;pect, qu'ils &longs;e pui&longs;­&longs;e ioindre en 24. heures: ce qui n'a ia­mais e&longs;té allegué, ny experimenté par aucun autheur digne de foy mais pour­quoy plu&longs;to&longs;t en 24. heures, qu'en dou-ze, & plu&longs;to&longs;t en douze qu'en vn autre nombre: E&longs;t-ce de me&longs;me pour toutes les autres, comme pour
.

De plus, encore qu'ils fu&longs;&longs;ent entre­lacez, ou mélez en leur orbe, comme par exemple, la Lune au vingt-vnie&longs;me de

, &
commeil e&longs;t, & que
fu&longs;t entre deux: par exemple, au vingt­deuxie&longs;me de
, il n'y auroit point d'a&longs;pect entre
& la
&longs;elon Cardan, Peucer, Leonitius, Schonner, Magin & tous les autres, quand ils parlent de l'empe&longs;chement, ou prohibition de lu­miere, dont la mai&longs;on e&longs;t euidente, & facile à deduire. Par con&longs;equant la
n'e&longs;t pas en l'oppo&longs;é de
, & n'y a point de mort violente: & l'oppo&longs;itiom du
à Her­cule n'en peut e&longs;tre cau&longs;e e&longs;tant &longs;eule, mais &longs;eulement de quelques hazards de voleurs, ou autres fort legers, qui &longs;ont tous adoucis, ou o&longs;tez parl'oppo&longs;itiom de la
, & de
à leur
receptif. Il faut di­re la me&longs;me cho&longs;e de
dans la huitie&longs;­me; car les malefiques doiuent e&longs;tre dans les angles, ou bien les luminaires doinent e&longs;tre ble&longs;&longs;ez par eux. A quoy on peut adioufter que les morts violen­tes ne &longs;e font qu'aux &longs;ignes de contraire nature, comme a remarqué Ptolomée, & que les planettes ne menacent point de mort en leur mai&longs;on quand ils &longs;ont empe&longs;chez le moins du monde; à quoy l'on ne &longs;çauroit contredire, puis que l'experience en e&longs;t confirmée par Pto­lomée, & par tous les autheurs de la Iu­diciaire: Par con&longs;equant il ne faut point aller à l'encontre des lieux &longs;uccedents, comme quand
&longs;uccede à vne dire­ction: ce que l'on peut voir dans Ptolo­mée, au traitté des directions Apheti­ques: Autrement on ne &longs;çauroit dire pourquoy l'on ne meurt pas d'vne ma­ladie, ou d'vn autre accident.

Secondement le

de
peut empe&longs;­cher cet accident, puis qu'elle n'e&longs;t pas e&longs;trangere en
, où elle obtient plu­&longs;ieurs dignitez, & le
de
e&longs;t au&longs;&longs;i bon que celuy de
, parce que
prend la nature des a&longs;tres, au&longs;quels il &longs;e ioint: Or vne force doublée e&longs;t plus grande qu'vne &longs;imple, comme celle de
& de
e&longs;t plus forte e&longs;tant dans le centre d'vn angle, Orientale, iointe à
, & éle­uée par de&longs;&longs;us
, comme dit Cardan, au liure 3. texte 10. du Quadupartit.

La &longs;econde partie de l'objection trai-te du temperament, à laquelle on ré­pond qu'il ne faut pas iuger du tempe­rament par le &longs;igne qui e&longs;t à l'a&longs;cendant, encore qu'il n'ait qu'vn degré, dautant que les &longs;ignes n ont point de force d'eux­me&longs;mes: Quant à la Lune, elle n'e&longs;t point empe&longs;chée de

, &
e&longs;t plus for­te: D'auantage, il faut remarquer que
de&longs;truit ce que
pourroit faire e&longs;tant nocturne, & dans l'Aquarius.

De plus, il faut con&longs;iderer le

, & la Lune auec &longs;es a&longs;pects, & &longs;es e&longs;toiles; Et pour bien iuger du temperament, il faut &longs;çauoir l'aplication des cinquante deux combinations, toutes par degrez des quatre premieres qualitez, &longs;uiuant l'opinion de Ptolomée, & de Cardan.

Quant à la profe&longs;&longs;ion du Mu&longs;icien, il n'y faut pas mettre

, mais &longs;eulement
, &
, &longs;uiuant les regles de l'art: car il ne faut pas douter que
ne prenne la qualité de
, qui e&longs;t comme la forme, &
e&longs;t comme la matiere, dont on peut voir la nature dans Cardan, au trai­té de la nature des planettes.

De plus,

ne &longs;ignifie pas la profe&longs;­&longs;ion, parce qu'elle e&longs;t en la ligne meri­dienne; mais &longs;eulement à cau&longs;e qu'elle e&longs;t Orientale, comme dit Ptolomée. Or la con&longs;equence de l'objection tirée de cette natiuité, dans laquelle on voit les deux cononctions de
, & de
, e&longs;t nulle: car elle e&longs;t tirée de deux propo­&longs;itions particulieres, differentes, & &longs;e­parées: A quoy lom peut adiou&longs;ter qu'el­les ne &longs;ont pas partiles, ny dans les II, ny dans le milieu du Ciel, ny dans la partie Orientale.

Il faut re&longs;pondre à la troi&longs;ie&longs;me par­tie de l'obiection, que la te&longs;te & la queuë du Dragon &longs;ont comme les ze­ro en chifre, qui ne font qu'augmen­ter la valeur des autres planettes, ou la diminuer bien peu: Car l'on ne &longs;çau­roit montrer dans aucune Natiuité depuis la creation du monde iu&longs;ques à pre&longs;ent, qu'elles ayent fait quelque cho&longs;e, quand elles ont e&longs;té toutes &longs;eu­les: Et neantmoins qui voudroit ren­contrer le temps de cette con&longs;titution cele&longs;te, il &longs;eroit contrainct, apres auoir trouué tout le re&longs;te, de changer de deux, ou de trois mil ans pour la queuë & la te&longs;te du Dragon.

Autre Horo&longs;cope capable de nous donner vn tres-parfaict Mu&longs;icien.

LA premiere cho&longs;e qu'il faut con&longs;i­derer dans cette figure e&longs;t, que tou­tes les planettes &longs;ont &longs;ur terre, & dire­ctes, & les benefiques aux angles auec des e&longs;toiles fixes, à &longs;çauoir

, &
auec l'épy de la
; &
e&longs;t ioinct à la Lune auec vne nouuelle e&longs;toile de la premie­re grandeur, qui e&longs;t de la nature de
, & de
, elle e&longs;t au Serpentaire, comme celle qui parut en l'année 1604. au pied du me&longs;me Serpentaire: Car nous la pouuons au&longs;&longs;i bien &longs;uppo&longs;er que tout le re&longs;te. Or cette con&longs;titution cele&longs;te promet vn tres -excellent Mu&longs;icien d'inclination, de profe&longs;&longs;ion, & d'in&longs;ti­tution, de maniere qu'il n'en nâquit iamais vn semblable en beauté de corps; ou en excellence d'e&longs;prit, ny qui eu&longs;t tant de probité en &longs;es mœurs, & de dou­ceur en &longs;a conuer&longs;ation, car il &longs;eroit remply de toutes &longs;ortes de vertus.

Or auant que de faire le iugement de cette con&longs;titution cele&longs;te, il faut re­marquer qu'elle e&longs;t dre&longs;&longs;ee &longs;uiuant l'o­pinion de Stadius: Et bien que Gauric die que quand tous les planettes &longs;ont &longs;ur la terre, que la vie n'e&longs;t pas longue, neantmoins Garceus, & Iunctin rapor­tent vn grand nombre de Natiuitez, où tous les planettes &longs;ont &longs;ur la terre, pour des per&longs;onnes qui ont ve&longs;cu long­temps; & remarquent que ceux qui les ont ain&longs;i placés, ont quelque cho&longs;e de tres-excellent par de&longs;&longs;us le commun.

Le Sagitaire e&longs;t en l'a&longs;cendant, qui donneroit vn temperament chaud & &longs;ec, s'il montoit tout &longs;eul e&longs;tant de la triplicité ignée: Mais

chaud & hu­mide, & la
froide & humide (quiten­pere grandementla chaleur exce&longs;&longs;iue) aydez des &longs;extils de
, & de
logez dans vn &longs;igne aërien, & l'étoile nouuel­le a&longs;cendante, qui e&longs;t de la nature de
, & de
, donnent vn temperament chaud & humide, & par con&longs;equent &longs;anguin, qui e&longs;t le plus parfait de tous les temperaments. L'étoile nouuelle e&longs;t au Sagitaire, prés du lieu où telles étoiles paroi&longs;&longs;ent, à &longs;çauoir dans la voie laitée: car celle de la Ca&longs;&longs;iopée, & du Croi&longs;et, & celle qui parut en 1604. &longs;e voient en cette ceinture, & ne s'aper­çoiuent en nulle autre partie du Ciel qu'en celle cy, qui e&longs;t comme le Zo­diaque des Cometes. Elle e&longs;t en l'a&longs;cen­dant iointe à
, & a la Lune pour vne plus grande &longs;ignification, dautant que les étoiles fixes &longs;ans les planetes, & hors des angles ne produi&longs;ent pas de grands effets.

Et neantmoins s'il fu&longs;t né quel qu'vn, quand l'étoile nouuelle parut dans la Ca&longs;&longs;iopée, il n'eu&longs;t pas e&longs;té Mu&longs;icien, dautant que les autres rencontres qui &longs;ont en cetheme, &longs;ont nece&longs;&longs;aires, dans lequel la nouuelle étoile n'a pas e&longs;té mi&longs;e pour &longs;ignifier vn Mu&longs;icien, mais pour le &longs;ignifier incomparable, &longs;uppo&longs;é qu'il le fu&longs;t, & pour faire que &longs;es com­po&longs;itions durent beaucoup de &longs;iecles: Car les étoiles nouuelles bien placées produi&longs;ent d'admirables effets: C'e&longs;t pour vne &longs;emblable rai&longs;on que Cardan voulant imaginer vne figure cele&longs;te pour la nai&longs;&longs;ance de no&longs;tre Sauueur, met l'étoile aparuë aux Mages en l'a&longs;­cendant, quoy que mal à propos, puis qu'il fait monter la Balance.

Or

en l'a&longs;cendant fait ordinaire­ment le premier né d'entre les freres, & donne la grandeur & la beauté: à quoy &longs;ert au&longs;&longs;i le &longs;extil de
, qui precede le point orizontal: Car l'a&longs;pect prece­dent de quelque planette donne la fi­gure.
la donne belle, e&longs;tant icy bien placée, & la rend parfaite & tres-agrea­ble: à laquelle
adiou&longs;te vne douce maie&longs;té: & ain&longs;i mélez ils donnent la bien veillance de chacun, de &longs;orte qu'il ne re&longs;te rien à de&longs;irer: car tous les pla­nettes ayment Venus, excepté
: Mais il e&longs;t dans &longs;a pui&longs;&longs;ance, e&longs;tant logé dans le Taureau, ioint qu'il a &longs;on exaltation au lieu de
: Et puis
, qui e&longs;t aymé des planettes, excepté de
, gouuerne le Ciel coniointement auec
, de ma­niere que mélans leurs pui&longs;&longs;ances ils ren­dent l'enfant agreable à tout le monde.

Cette Natiuité promet au&longs;&longs;i les bon­nes mœurs: car Iupiter e&longs;t ioint à la Lu­ne, qui e&longs;t mere de la faculté naturelle, & e&longs;t regardé de bon œil par

, qui &longs;i­gnifie la faculté animale, quand il e&longs;t bien placé auec la te&longs;te du Dragon.

L'épy de la Vierge, & Venus don­nent vn tres -bon e&longs;prit & tres -ver­tueux, & la debonnaireté, & probi­té, auec vne affection à la Religion, la­quelle e&longs;tant &longs;ignifiée par le Soleil en la neufie&longs;me, & par

en l'Orient, doit e&longs;tre la Chre&longs;tienne, &longs;uiuant les regles des A&longs;trologues: Et parce que le
e&longs;t dans la mai&longs;on de Religion, ce Mu&longs;i­cien, dont nous parlons, en doit profe&longs;­&longs;er la pureté, & me&longs;me auoir des vi­&longs;ions, & des reuelations bien nettes.

Il doit encore e&longs;tre tres-heureux, car Iupiter e&longs;tant en l'a&longs;cendant luy pro­met de grandes riche&longs;&longs;es, qui luy vien­dront de &longs;on art, & de &longs;on trauail. Ce que confirment les a&longs;pects de

, & de
&longs;ignificateurs de l'art, neantmoins &longs;es riche&longs;&longs;es con&longs;i&longs;teront plus en argent, & en beaux meubles, qu'en autres po&longs;­&longs;e&longs;&longs;ions.

Quant à &longs;on art,

, &
en &longs;ont les &longs;ignificateurs:
, e&longs;t la plus pui&longs;&longs;an­te, & la principale; car elle e&longs;t dame du milieu du Ciel, & gouuerne entie­rement la mai&longs;on de la vacatiom; Et biem que iointe à
elle pui&longs;&longs;e &longs;ignifier vn Peintre, vn Poëte, vn Parfumeur, vn Confiturier, & vn Mu&longs;icien: Neant­moins elle &longs;ignifie &longs;eulement icy vn par­fait Poëte, & vn parfait Mu&longs;icien, car e&longs;tant iointe à l'épy de la
, & &longs;e trou­uant en l'angle du Midy, elle e&longs;t &longs;i no­ble qu'elle fait les arts Mechaniques, comme &longs;ont la peinture, la parfumerie, &c. C'e&longs;t pourquoy elle ne peut faire qu'vn Mu&longs;icien. A quoy contribuë la queuë du Dragon, & les planettes en l'a&longs;cendant, qui regardent Venus d'vnœil gracieux, auecvne nouuelle étoile de la nature de Venus qui y donne au&longs;&longs;i &longs;on &longs;ecours: car elle e&longs;t iointe au cœur du Scorpion. Or Garceus remarque que
e&longs;tant ain&longs;i placé fait d'excellents Mu­&longs;iciens, qui &longs;ont particulierement &longs;i-gnifiez par Venus, dautant qu'elle e&longs;t bien placée, & que tout le Ciel coniu­re à leur faueur, &longs;oit pour chanter, &longs;oit pour compo&longs;er, & pour inuenter: car Venus e&longs;tant logée dans vn &longs;igne aërien donne vne douceur de voix incompa­rable: Ce que confirme l'étoile nou­uelle en l'a&longs;cendent, qui e&longs;t de la natu­re de Venus par participation de Iupi­ter. C'e&longs;t pour quoi la plu&longs;part des chants que fera ce Mu&longs;icien, &longs;eront doux, & graues: Et l'on peut croire qu Orfée deuoit auoir vne &longs;emblable Natiuité, s'il e&longs;t vray ce qu'on rapporte de luy, encore qu'vn tel Mu&longs;icien ne doiue vi­ure que cinquante &longs;ix ans, parce que quand l'oppo&longs;é de
viendra au cœur du Ciel, & au quarré de l'a&longs;cendant, il le menace de mort.

Troi&longs;ie&longs;me Horo&longs;cope ou Natiuité du Mu&longs;icien parfait.

CEtte figure a e&longs;té expre&longs;&longs;ément di&longs;po&longs;ée en cette maniere pour e&longs;tre forte en &longs;a &longs;ignification, & pour éuiter les a&longs;pects parfaits, afin de les mettre tous dans leurs aplications, ou defluxions. Or &longs;i l'on de&longs;iroit plu&longs;to&longs;t le chant actuel de la voix, que la &longs;cience de bien chanter, Il faudro tmettre la Lune au 3. du Belier, mais elle ne &longs;eroit pas &longs;i propre à la &longs;peculatiom, que quand elle e&longs;t au 3. de la

, d'où il apert qu'il y a des manquemens par tout: Carla figure qui e&longs;t bonne pour vne cho&longs;e, e&longs;t mauuai&longs;e pour l'autre. Quelques-vns tiennent qu'il eu&longs;t fallu rendre Venus plus pui&longs;&longs;ante que Mercure au milieu du Ciel, & mettre la Lune dans vn &longs;i­gne plus Saturnien, & fixe pour faire l'e&longs;prit de Mu&longs;icien plus contempla­tif.

Voila, à mon aduis, tout ce qui &longs;e peut apporter de meilleur de la part des A&longs;tres en faueur du parfait Mu&longs;icien: Mais parce que ie fais profe&longs;&longs;ion de n'en­bra&longs;&longs;er autre cho&longs;e que la verité, & que ie me &longs;uis &longs;erui de la doctrine, & de l'o­pinion des plus excellents mai&longs;tres en cet art, &longs;ans en dire mon &longs;entiment, ie veux faire voir dans le di&longs;cours qui &longs;uit le parti qu'il faut tenir, & ce qu'il faut croire de ces Natiuitez, & de tous les Horo&longs;copes qui &longs;e peuuent dre&longs;&longs;er, apres auoir apporté ce qu'en croit la Sorbo­ne, dont l'on void l'Arre&longs;t, & la Cen­&longs;ure qui &longs;uit.

COROLLAIRE I.

L'ON DEMANDE SI LA PRO­feßion de ceux quis'cmployent à faire des Horo&longs;copes & Natiuitez, & croient neantmoins que les A&longs;tres & influences cele&longs;tes nous inclinent &longs;eulement, &longs;ans ap­porter aucune neceßité, e&longs;t bonne & licite, ou bien me&longs;chante ou illicite.

NOVS &longs;oubs-&longs;ignez Docteurs en Theologie de la faculté de Paris, Apres auoir meurement con&longs;ideré cet­te que&longs;tion. Auons e&longs;té d'auis que la­dite profe&longs;&longs;ion e&longs;t du tout illicite & dan­nable, & qui ne doit e&longs;tre aucunement toleree en vne Republique. Car pre­mierement outre la vanité, incertitu­de, & faul&longs;eté d'icelle, que l'experien­ce journaliere nous apprend, elle e&longs;t expre&longs;&longs;ément condamnée en l'E&longs;critu­re &longs;aincte, en Ieremie Chapitre 10. A &longs;ignis cœli nolite metuere, que timent gen­tes: quia leges populorum vanæ &longs;unt. Secon­dement pource qu'elle s'arroge vne cho­&longs;e qui ne conuient qu'à Dieu &longs;eul: qui e&longs;t de cognoi&longs;tre les futurs accidens des hommes auant qu'ils arriuent, en I&longs;aie Chap. 41. annunciate quæ ventura &longs;unt in futurum, & &longs;ciemus quod dij e&longs;tis vos. Con­&longs;ideré d'ailleurs que le&longs;dits accidens hu­mains dépendent d'or dinaire de la rai­&longs;on & liberté des hommes, laquelle, comme en&longs;eignent tous les Theologiens, e&longs;t de &longs;a conditiom naturelle releuée par de&longs;&longs;us toutes &longs;ortes de cau&longs;es &longs;econdes, me&longs;me les Cieux: n'e&longs;tant icelles faites & crées que pour le &longs;eruice & v&longs;age de l'homme. Creauit Deus omnia propter ho­minem, hominem vero propter &longs;e. De &longs;or­te que le&longs;dites, con&longs;tellations & influen­ces n'ont & ne peuuent auoir aucune force &longs;ur le&longs;dits euenemens qui depen­dent d'icelle liberté: & quand elles en auroient (ce qui toutes fois e&longs;t tres­faux) il ne s'en&longs;uiuroit pas que les A&longs;tro­logues les peu&longs;&longs;ent recognoi&longs;tre & moins en porter des iugemens ou en donner a&longs;&longs;eurance. C'a e&longs;té vn erreur remarqué par les Peres anciens és Pricilliani&longs;tes, comme dit &longs;ainct Gregoire en l'Homelie 10. &longs;ur les Euangiles, le&longs;­quels ayans tou&longs;iours e&longs;té tenus pour heretiques, ceux qui font aujourd'huy pareille profe&longs;&longs;ion doiuent e&longs;tre tenuz en me&longs;merang. A quoy nous adiou&longs;tons la Cen&longs;ure de no&longs;tre Faculté, donnée à l'in&longs;tance de Me&longs;&longs;ieurs du Parlement de Paris, contre vn nommé Mai&longs;tre Si­mon Phares, promeu à l'ordre de Dia­cre, qui &longs;e qualifioit Medecin & A&longs;tro­logue, les liures du quel furent &longs;olem­nellement condamnez par Arre&longs;t à e&longs;tre bru&longs;lez, en laquelle cen&longs;ure, &longs;e retrou­uent notamment ces mots.

Sæpe his decem men&longs;ibus libros i&longs;tos rele­gimus (il y auoit vnze Liures, &longs;i bien qu'il y fallut employer beaucoup de temps) Sæpe vniuer&longs;i conuenientes de con­tentis di&longs;putaumus; po&longs;t multam tandem variamque doctorum &longs;acrorum, & aliorum doct orum, eorumdemque grauißimorum au­ctorum lectionem: po&longs;t multos labores, in hanc vnanimiter &longs;ententiam deuenimus, vt præ­dictam artem, nempe genethliacam, vt in his & &longs;imilibus libris continetur (&longs;i modò artis nomine digna e&longs;t) qua qui vtuntur, &longs;æpe Mathematici, quandoque genethliaci, nouü­quam Chaldæi, interdum A&longs;trologi à &longs;cripto­ribus dicuntur: pror&longs;us vanam, imo nullam e&longs;&longs;e nulla probabili ratione fulcitam, menda­cem, fallacißimam, &longs;uper&longs;titio&longs;am, diuinihonoris v&longs;urpatiuam, bonorum morum cor­ruptiuam, à Dæmone patre mendacij, humani generis implacabili ho&longs;te, cui etiam vera di­centi a&longs;&longs;entire nefas &longs;it inuentam iudicaui­mus. Quam cum Diuino Iuri, Canonico at­que Ciuili &longs;ub grauißimarum pænarum ­terminatione prohibitam à &longs;ummis Sacre Theologiæ iuriumque humanorum doctori­bus & à maximis Philo&longs;ophis, efficacißimis te&longs;timonijs improbatam, imo & quandoque ab hoc collegio no&longs;tro damnatam viderimus. Nos etiam ip&longs;i eorum ve&longs;tigia &longs;equuti, dam­nauimus atque damnamus, dicentes & do­ctrinaliter declarantes neminem Chri&longs;tianum ab&longs;que mortalis peccati periculo ea arte vti po&longs;&longs;e. Datum & actum in no&longs;tra congrega­tione generali, apud Sanctum Mathurinum, Pari&longs;ius de mane, &longs;uper hoc &longs;pecialiter per iu­ramentum congregata, anno Domini 1493. die decimanona Februarij.

Sur laquelle cen&longs;ure ledit Mai&longs;tre Simon Phares fut debouté de &longs;on ap­pel & r'enuoyé pardeuant l'Official de Lion, pour luy e&longs;tre &longs;on procés faict & parfaict.

Et quand e&longs;t de ce qu'alleguent cou­&longs;tumierement ceux qui &longs;e me&longs;lent de ladicte profe&longs;&longs;ion, qu'ils n'entendent pas que le&longs;dites influences & con&longs;tella­tions ayent pouuoir de forcer & con­traindre les hommes au&longs;dits euenemens, mais que &longs;eulement elles les y en clinent & indui&longs;ent. Nous répondons premie­rement que c'e&longs;t vn erreur de pen&longs;er que les A&longs;tres ayent en &longs;oy la force d'en­cliner directement la volonté des hom­mes, de laquelle, comme nous auons dit, dependent le&longs;dits euenemens: pour­ce qu'il ny a que Dieu &longs;eul qui le pui&longs;&longs;e: & de faict il n'agit point autrement &longs;ur la volonté que par induction ou incli­nation, &longs;oit efficiente, &longs;oit objectiue, ne la forçant aucunement, ains la lai&longs;&longs;ant comme dit le Sage, in manu con&longs;ilij &longs;ui.Secondement, encore qu'on pourroit dire que les A&longs;tres nous indui&longs;ent & enclinent par accident, & indirectement, cau&longs;ans par leurs influences diuer&longs;es di&longs;po&longs;itions en nos corps, le&longs;quelles in­dui&longs;ent la volonté à certaines cho&longs;es, neantmoins c'e&longs;t vn abus du tout in&longs;up­portable, de donner pour cela a&longs;&longs;euran­ce de&longs;dits euenemens: comme par exen­ple, de predire aux vns qu'ils &longs;eront ri­ches, aux autres qu'ils paruiendront à de grands honneurs, ou qu'ils mouront d'vne telle maniere, ou épou&longs;eront vne telle femme, pource que ces cho&longs;es & autres &longs;emblables dependent de bien d'autres cau&longs;es que de&longs;dites con&longs;tella­tions, comme il e&longs;t a&longs;&longs;ez notoire. De &longs;orte, que &longs;i l'on peut par le&longs;dits Horo&longs;­copes & con&longs;tellations, porter quelque iugement (lequel e&longs;t tou&longs;iours fort mal a&longs;&longs;euré) ce n'e&longs;t &longs;inon que des humeurs & complexions corporelles: que &longs;i l'on veut pa&longs;&longs;er plus outre, & en donner a&longs;­&longs;eurance, c'e&longs;t cho&longs;e &longs;uper&longs;ticieu&longs;e, dia­bolique, & qui doit e&longs;tre &longs;euerement punie par les Magi&longs;trats, & ce d'autant plus qu'aujourd'huy nous voyons ce mal en grande vogue: te&longs;moin qu'il ne &longs;e publie à pre&longs;ent aucun Almanach, qu'il n'y aye à la fin de tous les quartiers de Lune, de ces &longs;ortes de progno&longs;tics, qui &longs;ont cho&longs;es abominables, & d'où il peut arriuer de grands maux en la Re­publique. Pour les peines de ceux qui exercent ladite profe&longs;&longs;ion, elles &longs;ont de deux &longs;ortes, canoniques, & ciuiles: les canoniques &longs;ont &longs;pecifiees, 26. quæst. 5. per totam. ou l'excommunication e&longs;t de­cernée contre telles per&longs;onnes, & de fait Sainct Epiphane au liure de ponde-ribus & men&longs;uris, rapporte qu'en la pri­mitiue Egli&longs;e, Aquila Ponticus, enco­re que d'ailleurs il fut bien merité des Chre&longs;tiens, fut neantmoins excom­munié, & mis hors l'Egli&longs;e. Pour les ciuiles elles &longs;ont in&longs;erèes l. 2. C. de ma­leficis & mathematicis, l. mathematicos, C. de Epi&longs;copali audientia, où il e&longs;t dit notan­ment que telles per&longs;onnes doiuent e&longs;tre bannis, & de plus l. 5. C. de malef. & ma­themat. elles &longs;ont puni&longs;&longs;ables de mort. FAICT à Paris, ce 22. de May, 1619.

Ain&longs;i &longs;igné, A. DV VAL.

PH. DE GAMACHES. N. YSAMBERT.

COROLLAIRE. II.

Pui&longs;que i'ay entrepris de parler de toutes les principales difficultez de la Mu&longs;ique par rai&longs;on, plu&longs;to&longs;t que par l'authorité des hommes, quoi que ie la re­çoiue, lors qu'elle e&longs;t accompagnée de demon&longs;tration il faut examiner les fon­demens, & les maximes de la Iudiciai­re, & mon&longs;trer euidemment qu'elles n'ont nulle apparence de verité, ny me&longs;­me de vraye &longs;emblance: ce que ie fais dans les 8. Propo&longs;itions qui &longs;uiuent, par le&longs;quelles l'on verra que l'Egli&longs;e, & &longs;es Docteurs ont droit de la condam­ner, & d'en deffendre les liures, & l'v­&longs;age.

QVESTION II.

Dans laquelle tous les principes de l'A&longs;trolo­gie Iudiciaire &longs;ont examinez.

CEtte que&longs;tion contient cinq pro­po&longs;itions, dans le&longs;quelles on ver­ra clairement l'incertitude de l'A&longs;tro­logie Iudiciaire, & tout ce qui luy ap­partient, c'e&longs;t pourquoy ie ne fais point icy de preambule, afin que l'on ne li&longs;e rien qui ne &longs;oit vtile.

PROPOSITION I.

Qu'il ny a point de certitude dans les Horo&longs;­copes precedents, & que l'on ne peut rien predire de la perfection d'vn Mu&longs;icien par la con&longs;titution des cieux.

IL y a &longs;i peu de cho&longs;es certaines dans l'A&longs;trologie Iudiciaire, qu'il n'e&longs;t pas po&longs;&longs;ible d'a&longs;&longs;oir &longs;on iugement &longs;ur ce que l'on en peut coniecturer &longs;uiuant les regles, & les preceptes que les Arabes, les Grecs, & les Latins ont donné: Car &longs;i nous o&longs;tons les principes qu'elle prend de l'A&longs;tronomie, à peine pourra t'elle e&longs;tablir aucune maxime particuliere: ce que ie feray voir clairement, apres auoir &longs;uppo&longs;é ce qu'elle emprunte des ob&longs;eruations & des Phenomenes de l'A&longs;tronomie.

Premierement, elle &longs;uppo&longs;e que le Ciel e&longs;t diui&longs;é en 12. parties, qu'elle ap­pelle maisons, ou domiciles, & que l'ho­rizon coupe le Ciel en deux Hemi&longs;phe­res égaux, au&longs;&longs;i bien que le Meridien, qui le diui&longs;e en la partie Orientale qui monte, & en l'Occidentale qui de&longs;cent: de maniere que ces deux cercles diui­&longs;ent le Ciel en 4. parties égales.

Secondement, qu'il y a 48. con&longs;tella­tions, à &longs;çauoir, douze dans le Zodia­que, qui &longs;e diui&longs;ent en &longs;ix &longs;ignes Septen­trionaux, à &longs;çauoir le Belier, le Taureau, les II, l'Ecreui&longs;&longs;e, le Lion, & la

, qui &longs;ont vers le pole Arctique: & en &longs;ix Meridionaux, à &longs;çauoir,
, le Scor­piom, le Sagittaire, le Capricorne, le Ver-&longs;eau, & les Poi&longs;&longs;ons; qu'il y en a &longs;ix auec le&longs;quels la plus grande partie de l'é­quateur monte &longs;ur no&longs;tre horizon, & qui ont leur a&longs;cen&longs;ion droite, à &longs;çauoir, l'Ecreui&longs;&longs;e, le Lion,
, le Scorpiom, le Sagittaire, & &longs;ix autres qui montent obliquement, à &longs;çauoir, le Capricorne, le Ver&longs;eau, les Poi&longs;sons, le Belier, le Tau­reau, & les II, auec le&longs;quels la moindre partie de l'équinoctial monte &longs;ur l'hori­zon. Mais les autres diui&longs;ions n'ont que l'imagination pour leur fondement, con­me celles des &longs;ignes en mâles & femelles,ou en ma&longs;culins & feminins, qu'ils appel­lent diurnes, & nocturnes: en &longs;ignes com­mendans, ou Scptentrionaux, & obei&longs;&longs;ans,ou Meridionaux: en beaux, & laids, fecons,& &longs;teriles, rai&longs;onnables, parlants, & muets, gras, & maigres, philo&longs;ophes, & Mu&longs;iciens, vicieux, & vertueux, &c. qu'ils font pre­&longs;ider à chaque partie du corps: Car l'experience fait voir qu'vn homme &longs;tupide & lourd nai&longs;t &longs;ouuent &longs;ouz vn &longs;igne de bon e&longs;prit, & il ny a pas plus de rai&longs;on pourquoy le Belier pre&longs;ide à la te&longs;te, qu'aux mains, ou aux pieds: ny pourquoy Capricorne pre&longs;ide plu&longs;to&longs;t aux iarets, qu'aux bras: pourquoy
&longs;e réjoüi&longs;t plu&longs;to&longs;t dans le Ver&longs;eau,
en Capricorne,
dans la queuë du Dra­gon,
dans le Taureau,
dans
, &
dans l'Ecreui&longs;&longs;e, qu'en quelqu'autre &longs;igne. Il ny a point au&longs;&longs;i de rai&longs;on en ce qu'ils di&longs;ent de la cheute, & de l'exaltation des mai&longs;ons, & de toutes les autres cho&longs;es, qui &longs;ont &longs;em­blables aux fables, & qui ont e&longs;té in­uentées par les Caldées, les Arabes, les Grecs, & plu&longs;ieurs autres, &longs;ans aucune demon&longs;tration: C'e&longs;t pourquoy nous ne rencontrons point d'excellent Ma­thematicien, qui ne &longs;e mocque de tout ce que les A&longs;trologues di&longs;ent des dou­ze mai&longs;ons du Ciel.

Ie ne veux pas nier que les alterations, & les generations &longs;ublunaires ne dé­pendent en quelque façon de l'influen­ce des A&longs;tres; mais ils ne &longs;çauroient demon&longs;trer que telle, ou telle partie du Ciel donne la vie, vn autre l'accroi&longs;&longs;an­ce, la perfection, la domination, & puis la mort: Car pourquoy la partie Orien­tale pre&longs;ide-t'elle plu&longs;to&longs;t à la nai&longs;&longs;an­ce, qu'à la vigueur: pourquoy la Meri­dionale pre&longs;ide-t'elle aux honneurs, & l'Occidentale à la mort? Il faudroit qu'ils montra&longs;&longs;ent que per&longs;onne ne meurt, quand la me&longs;me partie Orien­tale qui s'e&longs;t trouuée à la nai&longs;&longs;ance, mon­te &longs;ur l'horizon: Et que chacun meurt, quand la partie nocturne de minuit, qu'ils appellent Imum cœli, &longs;e trouue au me&longs;me lieu, où elle e&longs;toit lors de la na­tiuité; ce qu'ils ne feront iamais: Or ie veux faire voir que tout ce que di&longs;ent les plus &longs;çauans d'entr'eux pour e&longs;tablir les 12. mai&longs;ons de l'Horo&longs;cope, n'a nul fondement a&longs;&longs;euré, afin que le parfaict Mu&longs;icien connoi&longs;&longs;e les erreurs de l'A­&longs;trologie, & les pui&longs;&longs;e combatre quand il luy plaira: Mais afin que l'on entende les di&longs;cours qui &longs;uiuent, ie mets icy la figure de ces douze mai&longs;ons, dont l'or­dre e&longs;t marqué par nombres.

PROPOSITION II.

Les trois mai&longs;ons de la premiere triplicité ne &longs;ont e&longs;tablies par aucune demon&longs;tration, ou rai, on qui pui&longs;&longs;e per&longs;uader la verité de ce que les A&longs;trologues di&longs;ent de ces trois domiciles.

IL faut premierement &longs;uppo&longs;er quo le Ciel e&longs;t diui&longs;é en douze parties, qu'ils appellent mai&longs;ons, par l'inter&longs;e­ction de l'horizon, & du Meridien, qui eoupent l'équinoctial en douze parties égales, dont celle qui e&longs;t du co&longs;té d'O­rient e&longs;t appellée premiere mai&longs;on, ou l'Horo&longs;cope, par excellence: parce que, di&longs;ent ils, cette partie e&longs;t la plus pui&longs;­&longs;ante pour agir &longs;ur ceux qui nai&longs;&longs;ent: Ce qui ne peut pas e&longs;tre; car cette partie bat l'horizon trop obliquement; Et il &longs;eroit plus à propos de dire que la partie culminante du Ciel e&longs;t la plus pui&longs;&longs;ante, puis qu'elle enuove &longs;es in­fluences, & &longs;es rayons plus perpendi­culairement, & qu'elle e&longs;t plus pro­che de celuy qui nai&longs;t, que n'e&longs;t la par­tie Orientale: autrement il faut nier que les cau&longs;es naturelles agi&longs;sent mieux, & plus fort par vne ligne plus courte, & plus perpendiculaire, que par vne plus longue, & plus oblique, & démentir toutes les experiences du Ciel & de la terre: D'où il s'en&longs;uit que cette premie­re mai&longs;on e&longs;t la plus foible des &longs;ix qui &longs;ont &longs;ur l'horizon, car outre ce que i'ay dit, elle e&longs;t tou&longs;iours empe&longs;chée par les vapeurs qui &longs;e leuent vers l'Orient, & qui &longs;ont &longs;i fortes, & &longs;i gro&longs;&longs;ieres, qu'el-les empe&longs;chent la lumiere du Soleil: Delà vient que l'on ne peut allumer du feu auec vn miroir concaue au matin, lequel neantmoins bru&longs;le, & allume, ou fond ce que l'on met deuant, non &longs;eulement à midy, mais au&longs;&longs;i &longs;ur le &longs;oir, encore que le Soleil ne &longs;oit pas plus haut &longs;ur l'horizon, qu'il e&longs;toit au matin, parce que les vapeurs ne sont pas &longs;i gro&longs;­&longs;ieres. Or &longs;i le Soleil, qui e&longs;t le Prince des A&longs;tres, & la plus excellente, & plus pui&longs;&longs;ante partie du Ciel, a &longs;i peu de for­ce a &longs;on leuer, qu'il n'agit iamais plus foiblement e&longs;tant &longs;ur l'horizon, ne faut­il pas conclure la me&longs;me cho&longs;e des au­tres planettes, des A&longs;tres, & des parties des cieux qui &longs;ont à l'Orient. Car les A&longs;trologues ne peuuent dire auec rai­&longs;on que telles parties agi&longs;&longs;ent plus pui&longs;­&longs;amment, ou plus &longs;ubtilement que le Soleil, ny ayant rien plus &longs;ubtil, ny plus pui&longs;&longs;ant que &longs;a lumiere dans toute l'e­&longs;tenduë de la nature corporelle.

Les deux autres mai&longs;ons de cette pre­miere triplicité ne &longs;ont pas mieux e&longs;ta­blies que la premiere, puis qu'elles en dependent, & qu'elles font vn triangle équilateral auec elle: Mais pour mieux entendre cecy il faut remarquer qu'ils mettent quatre angles, ou principales parties au Ciel, & qu'ils donnent vne triplicité à chacune, afin que le Ternai­re, qui repre&longs;ente la Trinité, multipliant le quaternaire, qui repre&longs;ente les crea­tures, produi&longs;e douze, pour les douze mai&longs;ons, qui ont cinq a&longs;pects influants, à &longs;çauoir, la conionction, le &longs;extil, le trin, le quadrat & l'oppo&longs;ition, qui &longs;ont marquez par ces characteres

,
, ou par 1. 2. 3. 4. 5. l'vnité repre&longs;entant l'vnion, ou la conionction: le binaire, le &longs;extil, ou l'hexagone, qui comprend deux &longs;ignes, ou la &longs;ixie&longs;me partie du Ciel: le ternaire, l'a&longs;pect trin, ou le trigone, qui contient la quatrie&longs;­me partie du Ciel, ou trois &longs;ignes: le quaternaire, le quadrat, ou le tetrago­ne, qui comprent quatre &longs;ignes. & la troi­&longs;ie&longs;me partie du Ciel; & le &longs;enaire, l'a&longs;­pect oppo&longs;é, qui contient &longs;ix &longs;ignes, ou la moitié du Ciel.

Or ils di&longs;tinguent quatre points prin­cipaux, qu'ils appellent angles, afin que les quatre points, ou parties de la vie, à &longs;çauoir l'enfance, la ieune&longs;&longs;e, l'âge vi­ril, & la vieille&longs;&longs;e, qui répondent au commencement, au progrez, à la force, & au declin des autres corps &longs;uiets à corruption, &longs;oient gouuernez par les A&longs;tres, & par les domiciles de l'Horo&longs;­cope.

C'e&longs;t pourquoy ils donnent trois mai­&longs;ons à la premiere triplicité pour les trois genres de vie que l'homme peut auoir en ce monde, dont la premiere e&longs;t la vie naturelle, qui e&longs;t gouuernée pat l Horo&longs;cope, c'e&longs;t à dire, par la premie­re mai&longs;on, qui e&longs;tablit le premier angle de l'Orient: la &longs;econde vie e&longs;t la &longs;piri­tuelle, qui regarde Dieu, & la Religion, dont ils iugent par la neufie&longs;me maisom: & la troi&longs;ie&longs;me vie e&longs;t la repre&longs;entatiue,qui fait reuiure les parens en leurs en­fans, & en leurs heritiers, dans le&longs;quels il &longs;emble que leur vie e&longs;t con&longs;eruée, puis que le fils repre&longs;ente le pere apres &longs;a mort: Or ils iugent de cette vie par la cinquie&longs;me mai&longs;on, car ces trois mai­&longs;ons, à &longs;çauoir, la premiere, la neufie&longs;­me, & la cinquie&longs;me, font vn triangle equilateral pour la premiere triplicité de l'Horo&longs;cope. Ils appellent cet a&longs;­pect trin, l'a&longs;pect de parfaite amitié.

Ils veulent au&longs;&longs;i que l'on entre de la neufie&longs;me mai&longs;on en la 8. qui repre&longs;en­te la mort naturelle, dautant que la vie &longs;pirituelle, qui nous donne l'e&longs;perance d'vne meilleure vie, nous doit &longs;eruir de preparation pour attendre la mort cor­porelle: Mais ie ne voy nulle rai&longs;on qui per&longs;uade que cette premiere triplicité &longs;oit biem e&longs;tablie, car il &longs;eroit plus à pro-pos de faire que les trois &longs;ignes d'vne me&longs;me triplicité peu&longs;sent enuoyer leurs rayons, & leurs influences &longs;ur vn me&longs;­me corps en me&longs;me moment: Ce qui ne peut arriuer, dautant que la terre empe&longs;chera tou&longs;iours les rayons de la cinquie&longs;me mai&longs;on, quand la premie­re, & la neufie&longs;me &longs;eront &longs;ur l'horizon, car il n'y a pas moien de voir ces trois mai&longs;ons en me&longs;me moment, encore qu'on fu&longs;t monté &longs;ur le Cauca&longs;e, &longs;ur le Liban, ou &longs;ur la plus haute montagne de la terre.

Ils pourroient répondre qu'il &longs;e peut faire quelque reflexion premiere, ou &longs;e­conde de ces trois points, ou de ces trois mai&longs;ons les vnes aux autres; mais cette re&longs;ponce e&longs;t &longs;i foible qu'elle &longs;e renuer&longs;e a&longs;&longs;ez de &longs;oy me&longs;me: C'e&longs;t pourquoy ie pa&longs;&longs;e outre iu&longs;ques à ce qu'ils ayent trouué quelques meilleures rai&longs;ons pour deffendre cette triplicité.

PROPOSITION III.

La &longs;econde, la troi&longs;ie&longs;me, & la quatrie&longs;me tri­plicité ne &longs;ont pas mieux e&longs;tablies que la premiere.

IL e&longs;t facile d'appliquer aux trois au­tres triplicitez, ce que nous auons dit de la premiere, car l'angle du milieu du Ciel, qu'ils attribuent au lucre, & aux autres e&longs;peces de biens, à la jeune&longs;­&longs;e, & à l'action, n'a pas plus de corre&longs;­pondance auec la &longs;econde, & la &longs;ixie&longs;­me mai&longs;on, qui font la &longs;econde tripli­cité, que la premiere mai&longs;on auec la cinquie&longs;me, & la neufie&longs;me. Or il fau­droit premierement demon&longs;trer que les honneurs & les dignitez appartiennent à la dixie&longs;me mai&longs;on, les be&longs;tes & les &longs;eruiteurs à la &longs;ixie&longs;me, & l'or & l'ar­gent à la deuxie&longs;me, qui &longs;ont les trois &longs;ortes de biens qu'ils e&longs;tabli&longs;&longs;ent, com­me ils auoient fait trois &longs;ortes de vies, auant que de nous obliger à croire ce qu'ils di&longs;ent de cette &longs;econde triplicité. Mais ie ne me peux per&longs;uader que Dieu ait eu ce de&longs;&longs;ein, quand il a creé les A&longs;tres; & croy que plus on s'efforçera d'établir les douze mai&longs;ons, & leurs proprietez, & plus on fera paroi&longs;tre qu'elles n'ont point d'autre fondement que l'imagination: Car nous deman­derons tou&longs;iours pourquoy l'angle d'Oc­cident, qui e&longs;t la &longs;eptie&longs;me mai&longs;on, e&longs;t donné à l'âge viril, à l'amour, & au ma­riage: pourquoy la troi&longs;ie&longs;me mai&longs;on aux freres, & aux parens: Et l'onzie&longs;­me aux amis: car il faudroit mon&longs;trer pourquoy cette triple conjonction de corps, de &longs;ang, & d'e&longs;prit, ou d'affe­ction, e&longs;t plu&longs;to&longs;t gouuernée par cette troi&longs;ie&longs;me triplicité de la &longs;ept 3. & 11. mai&longs;on, que par vne autre triplicité.

Si cela e&longs;toit veritable, les enfans ge­meaux, & tous ceux qui sont naiz à me&longs;­me heure, &longs;ouz vn me&longs;me climat, en me&longs;me longitude, & latitude, comme ceux qui nai&longs;&longs;ent à me&longs;me heure à Pa­ris, à Con&longs;tantinople, à Am&longs;terdan, ou en quel qu'autreville, ou prouince, n'au­roient-ils pas me&longs;me femme, me&longs;mes enfans, me&longs;mes amis, ou du moins en me&longs;me nombre, & de me&longs;mes qua­litez?

Ie &longs;çay qu'il ne &longs;e peut faire naturel­lement que deux per&longs;onnes nai&longs;&longs;ent en vn me&longs;me in&longs;tant, &longs;ur vne me&longs;me par­tie de la terre, qui e&longs;t determinée par les cercles de longitude, ou de latitude: Mais il arriue des nai&longs;sances en des lieux, & en des temps &longs;i voi&longs;ins, que la di&longs;tan­ce n'e&longs;t pas con&longs;iderable, comme ils con­fe&longs;&longs;ent eux-me&longs;mes: Et neantmoins la vie, les actions, & la fortune de ceux qui nai&longs;&longs;ent ain&longs;i, &longs;ont &longs;i differentes qu'elles mon&longs;trent que toutes les regles des A&longs;trologues n'ont nulle verité, con­me l'on verra &longs;i l'on prent la peine de l'experimenter.

Quant à la quatrie&longs;me, ou derniere triplicité, elle a l'angle tenebreux de minuit, qu'ils appellent la fo&longs;&longs;e des planet­tes, à laquelle ils donnent la vieille&longs;&longs;e, les afflictions, & la mort des parents: la &longs;econde mai&longs;on de cette triplicité, c'e&longs;t à dire, la douzie&longs;me de l'Horo&longs;cope, e&longs;t pour les ennemis, & pour le mal qu'ils font, c'e&longs;t pourquoy ils l'appellent valée de mi&longs;ere. Et la troi&longs;ie&longs;me mai&longs;on de cet­te triplicité, c'e&longs;t à dire la huictie&longs;me de l'Horo&longs;cope, termine les biens, & les maux de cette vie par la mort, &longs;i ce qu'ils a&longs;&longs;eurent e&longs;t au&longs;&longs;i veritable, com­me ie l'e&longs;time tres-faux: Car ils n'ont ny rai&longs;on, ny experience qui nous con­traigne de &longs;uiure leur opinion, encore qu'ils &longs;e vantent de mille experiences qu'ils pui&longs;ent dans les liures, ou qu'ils di&longs;ent auoir faites: mais ils ne &longs;çauroient en faire paroi&longs;tre aucune qui &longs;oit telle­ment reglée que l'on y pui&longs;&longs;e e&longs;tablir quelque cho&longs;e de certain.

Or &longs;i ces mai&longs;ons ne &longs;ont pas biem e&longs;ta­blies, il s'en&longs;uit que toutes leurs predi­ctions, & toutes les conjectures qu'ils tirent des douze mai&longs;ons, &longs;ont tre&longs; in­certaines, & qu'ils ne &longs;çauroient rien dire d'a&longs;&longs;euré de la religion de l'enfant par la neufie&longs;me, non plus que par la premiere mai&longs;on: Que la &longs;eptie&longs;me ne &longs;çauroit en&longs;eigner &longs;i l'enfant &longs;era marié, ny la 5. s'il aura des enfans, &c.

Quand ils auront prouué que les troi­&longs;ie&longs;mes parties du Ciel, qui appartien­nent a l'vne, ou l'autre des triplicitez, &longs;ont plu&longs;to&longs;t de me&longs;me nature, que cel­les qui &longs;e trouuent en diuer&longs;es triplici­tez: Que le degré d'Orient influe plus pui&longs;&longs;amment &longs;ur la terre, & &longs;ur l'enfant, que le poinct vertical du Midy, & plu-&longs;ieurs autres cho&longs;es, qu'ils mettent en auant, le Mu&longs;icien pourra &longs;uiure leurs predictions.

Ce qui n'empe&longs;chera pourtant pas que nous ne tirions quelque profit &longs;pi­rituel de l'ordre qu'ils e&longs;tabli&longs;&longs;ent entre leurs douze mai&longs;ons, afin que nous imi­tions la &longs;ouueraine Bonté, qui tire le bien du mal, & la verité du men&longs;onge. le dis donc que l'ordre des mai&longs;ons, &longs;uiuant le cours naturel du premier mo­bile, qui va de l'Orient à l'Occident, peut repre&longs;enter les mouuemens natu­rels de la partie &longs;en&longs;itiue, ou animale: Mais quand les mai&longs;ons &longs;ont di&longs;po&longs;ées &longs;elon le mouuement des planettes, qui &longs;e fait d'Occident en Orient, com­me elles &longs;ont ordinairement, elles peuuent repre&longs;enter le mouuement de la rai&longs;on, qui s'oppo&longs;e à celuy du &longs;ens, comme i'expliqueray, apres auoir con­clu qu'on ne &longs;çauroit donner le temps auquel doit nai&longs;tre vn parfait Mu&longs;icien, par l'ob&longs;eruation des A&longs;tres, puis qu'il ny a point de certitude dans les regles de l'A&longs;trologie.

PROPOSITION IV.

Determiner quelle vtilité l'on peut tirer des douze mai&longs;ons de l'Horo&longs;cope pour les cho&longs;es &longs;pirituelles.

IL faudroit faire vn liure entier, &longs;i l'on vouloit rapporter tout ce qui peut &longs;eruir aux cho&longs;es &longs;pirituelles dans l'A­&longs;trologie Iudiciaire; ie me contenteray d'en toucher icy quelque cho&longs;e, afin que chacun y pui&longs;&longs;e adiou&longs;ter tout ce qui luy plaira. Les deux manieres que i'ay rapportées pour la di&longs;po&longs;ition des douze mai&longs;ons, mon&longs;trent que l'enfant a deux voyes qu'il peut &longs;uiure, à &longs;çauoir celle de l'appetit animal, s'il &longs;uit le mouuement du premier mobile, qui commence par la douzie&longs;me mai&longs;on &longs;uiette à toutes &longs;ortes de mi&longs;eres, & d'ennemis, car il faut combatre le mon­de, la chair, & le diable: puis il monte vers l'angle du milieu, ce qui repre&longs;en­te l'ambition de l'homme, qui court apres les honneurs. Or cette douzie&longs;me mai­&longs;on e&longs;t de la me&longs;me triplicité que celle de la mort des parens, des pri&longs;ons, & de la fo&longs;&longs;e, qui e&longs;t la quatrie&longs;me mai&longs;on: c'e&longs;t donc là le chemin de l'appetit bru­tal.

L'autre chemin appartient à la rai­&longs;on, & répond à l'ordre des mai&longs;ons, qui &longs;uit la &longs;ucce&longs;&longs;ion des &longs;ignes du Zodia­que, &longs;elon le propre mouuement que les planertes ont de l'Occident à l'O­rient: Car il de&longs;cend par la mai&longs;on d'hu­milité aux riche&longs;&longs;es de la &longs;econde mai­&longs;on, qui appartient à la me&longs;me triplicité de la dixie&longs;me mai&longs;on. Hiero&longs;me Co­lombe a fait vn traité entier de la nati­uité de no&longs;tre Seigneur, dans lequel il mon&longs;tre &longs;es vertus, & &longs;es qualitez par les douze mai&longs;ons de l'Horo&longs;cope, & par les &longs;ignes qui &longs;e rencontrerent dans cha&longs;que mai&longs;on à l'heure de &longs;a natiuité: dans laquelle il a mis la Balance, &

pour l'angle d'Orient, afin de &longs;ignifier &longs;a ju&longs;tice, & la bonté de &longs;on tempera­ment. Ie lai&longs;&longs;e le Scorpion de la &longs;econ­de mai&longs;on, le Sagittaire, & le
de la troi&longs;ie&longs;me, le Capricorne, & le
de la quatrie&longs;me, & les &longs;ignes des autres mai­&longs;ons, dont il parle, dautant que ces ap­plications ne &longs;ont pas dignes d'vn bon e&longs;prit.

PROPOSITION V.

L'on ne &longs;çauroit predire a&longs;&longs;eurément les ma­ladies, ni les inclinations que quelqu'vn aura vices, aux vertus, & aux &longs;ciences, ni quel &longs;era &longs;on temperament, par les re­gles ordinaires de l'A&longs;trologie Iudiciaire.

CEtte propo&longs;ition e&longs;t contre l'opi­niom de plu&longs;ieurs, qui croyent qu'on peut predire par les a&longs;pects des A&longs;tres quand la contagion arriuera, & en quel­le ville elle &longs;era, dautant, di&longs;ent ils, que les Elements &longs;ont parfaitement &longs;uiects au Ciel, & qu'il faut chercher dans les cieux la rai&longs;on de tout ce qui &longs;e fait &longs;ur la terre. Secondement, parce que cer­tains planettes, & a&longs;pects des A&longs;tres pre&longs;ident, & influent plus particuliere­ment &longs;ur quelques villes, & prouinces, qui peuuent par apres communiquer leurs mauuai&longs;es influenc àvn autre lieu, bien que tels a&longs;pects ayent ce&longs;&longs;é, & que toutes les &longs;ai&longs;ons ayent gardé leur tem­perament, comme il e&longs;t &longs;ouuent remar­marqué dans les Ephemerides.

Troi&longs;ie&longs;mement, parce que l'expe­rience fait voir que la France, l'Angle­terre, l'Allemagne, l'E&longs;pagne, & plu­&longs;ieurs aurtes Prouinces de lurope&longs;ont &longs;uiettes au premier trigone du feu, à &longs;çauoir au Belier, au Lion, & au Sagittaire, dont le Soleil, &

&longs;ont &longs;eigneurs. Que le &longs;econd Trigone terre&longs;tre, le Taureau,
& le Capricor­ne auec
&
influent particulierement &longs;ur l'Inde, &longs;ur les Parthes, & &longs;ur les par­ties plus Meridionales de l'A&longs;ie. Que le troi&longs;ie&longs;me Trigone aërien, II,
& le Ver&longs;eau auec
, &
domment &longs;ur l'Armenie, la Sarmatie, &c. Finalement, que le Trigone de l'eau, l'Ecreui&longs;&longs;e, lo Scorpion, & les Poi&longs;&longs;ons, auec
gou­uernent la Numidie, Chartage, les Mau­res, & les autres Prouinces de l'Afri­que. A quoy ils adjou&longs;tent que
en­gendre la pe&longs;te, quand il domine &longs;ur les Eclip&longs;es de la Lune, ou du Soleil, ou qu'il les regarde d'vn a&longs;pect oppo&longs;é, ou quadrat, e&longs;tant dans les &longs;ignes de II,
& le Sagittaire: De maniere que la con­tagion arriue aux lieux qui &longs;ont &longs;uiets aux &longs;ignes, dans le&longs;quels l'Eclip&longs;e &longs;e fait, & à la ville qu'on a commencée de ba&longs;tir, lors que le Soleil e&longs;toit en ce &longs;igne. Ce qu'ils e&longs;timent &longs;i veritable, qu'ils croient pouuoir trouuer le temps precis, auquel la maladie doit arriuer, pourueu qu'ils &longs;çachent de combien le Soleil, ou la Lune e&longs;toient éloignez de l'Horo&longs;cope &longs;elon la &longs;ucce&longs;&longs;ion des &longs;i­gnes lors de l'Eclip&longs;e, dautant qu'il faut conter deux mois pour chaque &longs;i­gne, & que la maladie doit durer autant de mois, ou d'années, comme l'Eclip&longs;e de la Lune, ou du Soleil durera d'heu­res: Mais cette maladie arriuera bien­to&longs;t, &longs;i la conjonction de
, & de
&longs;e fait aux étoiles Saturniennes, & &longs;i
&longs;e trouue dans le Belier, dans le Lion, ou dans le Sagittaire.

Quant à l'inclination des hommes, S. Thomas me&longs;me aduoue dans le 3. liure contre les Gentils chap. 86. & 92. que les A&longs;tres nous donnent de diffe­rentes inclinations, & produi&longs;ent en nous de certaines di&longs;po&longs;itions, comple­xions, & habitudes, de maniere que

e&longs;tant dans l'vne des mai&longs;ons de
don­ne vn excellent e&longs;prit: & en&longs;eigne en la premiere partie de &longs;a Somme, que&longs;tiom 115. article 4. que les A&longs;trologues ren-contrent le plus &longs;ouuent la verité, dau­tant que la volonté &longs;e porte facilement à faire vne mauuai&longs;e élection, quand elle &longs;uit l'inclination de l'appetit &longs;en­&longs;uel, qui dépend de l'influence des A&longs;tres. Il a&longs;&longs;eure au&longs;&longs;i dans &longs;es com­mentaires &longs;ur le &longs;econd liure qu'a fait Ari&longs;tote de la generation, que l'enfant viura plus, ou moins, à proportion de la force que les planettes auront dans &longs;on Horo&longs;cope; de là vient que quel­ques-vns croyent que l'om pourroit pre­dire tout ce qui arriuera à l'enfant en toute &longs;a vie, &longs;i l'on connoi&longs;&longs;oit parfaite­ment la force, & la nature des A&longs;tres.

Or ie ne peux &longs;uiure cette opinion, car bien que les A&longs;tres agi&longs;&longs;ent &longs;ur nous par leur lumiere, &, peut e&longs;tre, par quelque particuliere influence, ie no crois pas qu'on pui&longs;&longs;e predire le iour, ny l'année, dans laquelle la maladie arri­uera, dautant que nous ne &longs;çauons pas iu&longs;ques à quel point doit venir l'altera­tion de l'air, & des autres Elemens, la­quelle e&longs;t nece&longs;&longs;aire pour engendrer la contagion. D'abondant les Trigones dufeu, de l'air, de l'eau, & de la terre, ne me &longs;emblent pas e&longs;tre bien e&longs;tablis; car pourquoy le Belier, le Lion & le Sagittaire gouuernent ils plu­&longs;to&longs;t la France, l'Angleterre, l'E&longs;pa­gne, l'Allemagne, &c. que la Numi­die, & les autres prouinces de l'Afrique? ils deuroient plu&longs;to&longs;t regir celles-cy, puis qu'ils montent plus haut, & dar­dent leurs rayons, & leurs influences plus perpendiculairement &longs;ur leur ho­rizon que &longs;ur le no&longs;tre: Car le Belier n'a que quarante & vn degré d'éleua­tion à Paris, quand il e&longs;t en &longs;on Midy, le Lion en a 63. & le Sagit­taire 24. Mais le Lion a 90. de­grez d'éleuation és Prouinces Me­ridionales, & le Belier en a autant &longs;ouz la ligne équinoctiale: C'e&longs;t pour­quoy ils deuroient plu&longs;to&longs;t pre&longs;ider à ces parties de la terre, qu'à no&longs;tre Eu­rope, puis qu'ils ont plus de force dans les Prouinces Meridionales, que dans les Septentrionales.

Tout ce qu'ils di&longs;ent de la grande conjonction de

, & de
, à la quelle ils donnent 794. ou 800. ans, afin que chaque Trigone ait 00. ans, ne me &longs;emble pas plus veritable quant aux predictions qu'ils en tirent.

Il faut au&longs;&longs;i remarquer qu'ils mettent dix moindres conjonctions en chaque Trigone, auant que la grande conjon­ction arriue: & qu'ils di&longs;ent que l'vne de ces moindres conjonctions &longs;e fift l'an 1623. dans le trigone du feu, le dix-hui­ctie&longs;me iour de Iuillet, & que l'autre arriuera l'an 1643. le &longs;econd iour de Mars, dans le vingt-cinquie&longs;me degré des Poi&longs;&longs;ons, qui appartiennent au tri­gone de l'eau, comme le Lion au &longs;ixie&longs;me degré dans lequel &longs;e fit l'au­tre conionction. Il e&longs;t tres-facile de trouuer les autres conionctions, puis qu'elles &longs;e font de vingt en vingtans, afin que dix moindres conjonctions, qui &longs;e font en chaque Trigone, e&longs;tant mul­tipliées par quatre, qui e&longs;t le nombre de&longs;dits Trigones, donnent 800. ans pour le temps qu'il y a d'vne grande con­jonction à l'autre.

Ce que i'ay voulu remarquer, parce que quelques-vns veulent e&longs;tablir la Chronologie par le moyen de ces Tri­gones, & &longs;uppo&longs;ent que le monde à commencé &longs;ouz la premiere grande conjonction, au commencement du Trigone du feu; que la &longs;econde s'e&longs;t faite lors qu'Enoch viuoit &longs;ainctement, & que les fils de Cain inuentoient les Arts, & les Sciences: Que la troi&longs;ie&longs;­me e&longs;t arriuée au deluge: la quatrie&longs;me à la &longs;ortie des Hebreux hors de l'Egy­pte: la cinquie&longs;me, quand ils furent menez captifs &longs;ouz I&longs;aïe, & que les Olvmpiades, l'an de Nabona&longs;&longs;ar, & Rome commencerent; & la &longs;ixie&longs;me, vers la Natiuité de no&longs;tre Seigneur, l'an du monde 3970. Cecy e&longs;tant po&longs;é, il faut que la &longs;eptie&longs;me &longs;e &longs;oit faite vers le temps de Charlemagne: la huictie&longs;­me, quand la nouuelle e&longs;toile parut l'an 1588. & par con&longs;equent la neufie&longs;­me de ces grandes conjonctions arriue­ra l'an de grace 2382.

Mais il faudroit prouuer que le monde a e&longs;té creé au commencement du Trigone du feu, auant que de pouuoir érablir cete Chronologie, ce qu'on ne fera iamais.

Quant à la natiuité des villes, elle n'a pointde fondement dans les Horo&longs;copes qu'ils en dre&longs;&longs;ent, &longs;ur quoy l'on peut li­re Gauric, & les autres qui ont erige les figures, ou les natiuitez de Rome, de Milan, de Con&longs;tantinople, & de plu&longs;ieurs autres villes. Ils n'eu&longs;&longs;ent pas employé leur temps plus mal s'ils eu&longs;­&longs;ent dre&longs;&longs;é les Horo&longs;copes de la terre, & des autres Flements, ou de la Lune, de

, & des autres planettes, car on ne &longs;çauroit rien predire d'a&longs;&longs;euré ny des vns ny desautres.

Parlons maintenant des differentes inclinations des hommes, dont traite &longs;ainct Thomas depuis le 82. chap. du troi&longs;ie&longs;me liure contre les Gentils iu&longs;­ques au 87. & dans la premiere partie de &longs;a Somme, que&longs;tion 115. art. 4. dont voicy les paroles, Il e&longs;t plus probable que l'on peut predire l'inclination des hommes par les A&longs;tres, dautant que la plus grande partie des hommes &longs;uit les paßions, & les mouue­mens de l'appetit &longs;en&longs;itif, &longs;urqui les cieux ont quelque pouuoir, carily a peu de &longs;ages qui re&longs;i&longs;tent à leurs paßions, & qui &longs;uiuent les mouuemens, & la loy de l'e&longs;prit. Delà vient que ce grand Docteur de l'école a dit que les corps cele&longs;tes peuuent e&longs;tre cau­&longs;es indirectes, & accidentelles des actions humaines, parce qu'ils agi&longs;&longs;ent &longs;ur nos corps, dont l'entendement, & la vo­lonté ont be&longs;oin pour faire leurs fon­ctions; & qu'il e&longs;t nece&longs;&longs;aire que les actions de oes facultez &longs;oient empe&longs;-chées quand les organes corporels &longs;ont mal di&longs;po&longs;ez, comme il arriue à l'œil, qui a la iauni&longs;&longs;e, ou à l'imagination qui e&longs;t troublée: Car il faut que l'entende­ment &longs;e &longs;erue de l'imagination, qui con­munique &longs;on indi&longs;po&longs;ition, & &longs;on im­perfection aux operations intellectuel­les, comme le verre coloré communi­que la &longs;ienne à la lumiere du Soleil.

Quant à la volonté, elle ne &longs;uit pas &longs;i nece&longs;&longs;airement les émotions de l'appe­tit concupi&longs;cible, & de l'ira&longs;cible; car elle peut les corriger, & soppo&longs;er à leur violence par des mouuemens contraires: ce que &longs;ainct Paul à remarqué quand il a dit que l'e&longs;prit re&longs;i&longs;te à la chair: d'où il appert que les influences cele&longs;tes ont moins de force &longs;ur la volonté que &longs;ur l'entendement, qui ne peut corriger l'imperfection, & la perturbation de l'imagination, & des autres facultez qui luy &longs;ont nece&longs;&longs;aires.

Nous pouuons done conclurre que les Horo&longs;copes, par le&longs;quels nous auons mon&longs;tré quelle natiuité doit auoir le parfaict Mu&longs;icien, ne doiuent pas e&longs;tre entierement rejettez, puis que le Do­cteur Angelique, & pre&longs;que tous les doctes auec luy confe&longs;&longs;ent qu'on peut predire les inclinations, & la perfectiom du corps, & de l'e&longs;prit par les regles que Ptolomée & les autres ont données: car ie ne veux pas m'oppo&longs;er à vne opi­nion receuë par de &longs;i grandsper&longs;onnages, & qui &longs;emble e&longs;tre confirmée par plu­&longs;ieurs experiences. Ie diray neantmoins qu'il &longs;emble qu'on ne peut rien predire d'a&longs;&longs;euré des inclinations, ou de la per­fection de l'enfant, à rai&longs;on de la matie­re, dont &longs;on corps e&longs;t formé: du laict, & des autres viandes, dont il e&longs;t nourry; de l'air qu'il in&longs;pire, des diuer&longs;es com­pagnies parmy le&longs;quelles il e&longs;t éleué, & de mille autres circon&longs;tances, qui &longs;ont grandement con&longs;iderables, & trop &longs;uffi&longs;antes pour empe&longs;cher toutes les predictions des A &longs;trologues, encore qu'ils eu&longs;&longs;ent vne parfaite connoi&longs;&longs;ance de la nature, & des effects de tous les A&longs;tres, laquelle ils n'auront iamais. A quoy l'on peut adjou&longs;ter qu'il faudroit voir &longs;i les planettes e&longs;tant dans les me&longs;mes &longs;i­gnes vers le Midy, vers la ligne Equino­ctiale, & vers l'Orient, comme en la Chine, & au Iapon, ont me&longs;me force, & produi&longs;ent les me&longs;mes effects que dans l'Europe; Et &longs;i les me&longs;mes cho&longs;es arriuent par tout le monde, &longs;ouz me&longs;­mes a&longs;pects, & me&longs;mes con&longs;tellations: car &longs;i cela n'e&longs;t vniforme, il n'y a nulle certitude dans l'A&longs;trologie Iudiciaire.

Ie veux acheuer ce di&longs;cours par vne rai&longs;on qui toute &longs;eule peut mon&longs;trer l'in certitude de l'A&longs;trologie, laquelle n'e&longs;tant fondée que &longs;ur les experiences dont &longs;e vantent les A&longs;trologues, elle &longs;era entierement renuer&longs;ee, &longs;i iamais l'on n'a pû faire deux &longs;emblables expe­riences.

Or il e&longs;t tres-certain que les A&longs;tres, ce&longs;t à dire les étoiles, & les planettes, dont les Horo&longs;copes, & toute l'A&longs;tro­logie tirent leurs vertus, leurs &longs;ignifica­tions, & leurs di&longs;cours, n'ont eu iamais deux fois vne me&longs;me di&longs;po&longs;ition entre­elles, & n'ont iamais regardé deux fois la terre d'vn me&longs;me a&longs;pect, & par con­&longs;equent ne nous ont point enuoyé deux fois leurs influences d'vne me&longs;me façom: donc les A&longs;trologues n'ont pû faire deux experiences &longs;emblables de l'in fluence des cieux depuis la creation du monde iu&longs;­ques à pre&longs;ent: & con&longs;equemment ils ne peuuent rien predire d'a&longs;&longs;euré par les Horo&longs;copes, iu&longs;ques à ce que les A&longs;tres ayent la me&longs;me di&longs;po&longs;itiom, qu'ils ont remarquéevne &longs;eule fois, afin qu'ils &longs;e &longs;eruent pour le moins de deux &longs;em­blables experiences pour e&longs;tablir la ve­rité de leurs predictions. Que &longs;i l'on de­mande combien il faut de temps pour faire d'eux &longs;emblables ob&longs;eruations, ie répons qu'il faut pour le moins 6336000. années; car les &longs;imples periodes, ou cours de Mars, de lupiter, de Saturne, & des étoiles, c'e&longs;t à dire les 2, les 12, les 30, & les 28800. années du cours de

, de
, de
, & du firmament &longs;e multi­pliant font &longs;ix milions trois cent trente &longs;ix mille années. I'ay dit pour le moins;car le nombre des années &longs;era beaucoup plus grand, &longs;i l'on multiplie le temps des autres planettes, & de tous leurs excentriques, epicycles, & autres mou­uemens particuliers, par le nombre des années &longs;u&longs;dites.

Et à vray dire ie croy que S. Thomas n'eu&longs;t iamais donné de &longs;i grands auan­tages aux A&longs;trologues, comme il a fait aux lieux que i'ay rapportez, s'il eu&longs;t plus e&longs;tudié à cet art, & s'il eu&longs;t con&longs;i­deré cette rai&longs;on: Mais il s'e&longs;t conten-té de con&longs;eruer la liberté des hommes, & la prouidence de Dieu; Et a lai&longs;&longs;é la liberté aux Iudiciaires de predire ce qui dépend des pa&longs;&longs;ions, & du tempe­rament, &longs;ans examiner plus particulie­rement &longs;i cela &longs;e pouuoit faire par l'A­&longs;trologie, ou s'il &longs;urpa&longs;&longs;oit l'indu&longs;trie, & la connoi&longs;&longs;ance des hommes.

Et s'il eu&longs;t interrogé les plus &longs;çauans A&longs;trologues du monde, & &longs;i leur eu&longs;t de­mandé quelque maxime certaine, & infaillible de leur art, il eu&longs;&longs;ent confe&longs;­&longs;é ingenuëment qu'il ny en a point. Et s'ils eu&longs;&longs;ent eu honte de le confe&longs;&longs;er, il eu&longs;t e&longs;té facile de les contraindre par l'experience me&longs;me d'aduoüer cette verité.

COROLLAIRE I.

L'on verra encore plus clairement dans la propo&longs;ition qui &longs;uit qu'il n'y a nulle rai&longs;on qui per&longs;uade la verité do l'A&longs;trologie, que l'on appelle la Iudi­ciaire, & con&longs;equemment qu'il la faut o&longs;ter du nombre des Sciences & des Arts liberaux, car elle fait voir &longs;i eui­demment la vanité des fondemens, & des regles dont v&longs;ent les A&longs;trologues, qu'il e&longs;t mal-ai&longs;é de la lire attentiue­ment que l'on ne &longs;e departe incontinent de leurs maximes pretenduës.

COROLLAIRE II.

Si l'on con&longs;idere la grande diuer&longs;ité des macules, ou taches du Soleil, & les differents effets qui peuuent e&longs;tre pro­duits par leur pre&longs;ence, ou par leur ab­&longs;ence, à rai &longs;on que le Soleil perd beau­coup de &longs;a lumiere lors qu'il en e&longs;t cou­uert, & qu'il e&longs;t beaucoup plus clair, & plus re&longs;plendi&longs;&longs;ant, quand il n'en a point, & qu'il a plu&longs;ieurs flambeaux qui l'accompagnent, dont les vns &longs;ont au&longs;&longs;i grands que toute la terre, & neant­moins que l'on ne peut predire la nai&longs;­&longs;ance, ou l'appatence de ces flambeaux, ny de ces macules, quoy qu'elles &longs;oient &longs;ou­uent plus grandes que le corps de la Lu­ne, l'on &longs;era contraint d'auoüerqu'il n'e&longs;t pas po&longs;&longs;ible de predire aucune cho&longs;e par les regles de ceux qui n'ont pas &longs;eu­lement conneu qu'il y eu&longs;t des taches dans le Soleil, dont Schener a écrit vn gros volume qui merite d'e&longs;tre leu.

COROLLAIRE III.

I'adjou&longs;te la propo&longs;ition qui &longs;uit, dont i'ay pris le di&longs;cours dans l'Apologie que Mon&longs;ieur Ga&longs;&longs;endi Theologal de Di­gne m'a fait voir en faueur des atomes d'Epicure, laquelle contient la Phy&longs;i­que beaucoup plus parfaitement que nul autre liure que i'aye iamais veu; car elle comprend tout ce que l'on peut s'i­maginer de plus &longs;ubtil, & de plus excel­lent dans toutes les Hypothe&longs;es des an­ciens, & des Modernes, dont elle peut ay&longs;ément &longs;uppléer tous les liures: i'e&longs;­pere qu'il la donnera bien-to&longs;t au pu­blic, & que l'on ne &longs;era pas &longs;i ignorant qu'auparauant, apres qu'on l'aura leuë, & entenduë.

QVESTION III.

Que les hommes &longs;çauans, & iudicieux re­iettent l'A&longs;trologie Iudiciaire, parce qu'el­le n'a nul fondement, ou principe &longs;olide; & que toutes les maximes des A&longs;trologues &longs;ont dignes de ri&longs;ée: & con&longs;equemment que l'on ne peut rien predire d'a&longs;&longs;euré, ni de probable de la nai&longs;&longs;ance des hommes par le moyen des A&longs;tres.

ENcore que ce que i'ay dit cy de&longs;&longs;us &longs;oit &longs;uffi&longs;ant pour faire paroi&longs;tre la vanité de l'A&longs;trologie, neantmoins i'ad­jou&longs;te ce di&longs;cours, afin que nul ne s'y amu&longs;e, & que ceux qui &longs;ont &longs;tudieux, emploient leur temps à de meilleures cho­&longs;es. Or pui&longs;que l'on ne peut &longs;çauoir le vray point de l'Ecliptique, qui &longs;e leue &longs;ur l'horizon à l'in&longs;tant que l'enfantvient au monde, il n'e&longs;t pas po&longs;&longs;ible de faire &longs;on Horo&longs;cope, puis que l'on ignore le point qu'il faut diriger, & dont il faut v&longs;er pour determiner le temps de la vie, car &longs;i l'on manque de demie heure, le progno&longs;tic des années manquera de 7. ou huict ans, que l'enfant doit viure.

D'ailleurs l'enfant &longs;ort par parties du ventre de la mere, & lors que les pieds &longs;ortent, la te&longs;te e&longs;t de&longs;ia frappée par les A&longs;tres, & &longs;uiette au de&longs;tin, auant que l'on pui&longs;le faire l'Horo&longs;cope des pieds. A quoy Cardan répond au 2. Chap. du 3. liure du Quadripartit, qu'il faut con­&longs;iderer le temps, auquel commence la re&longs;piration; mais il dit &longs;eulement cela pour euiter la difficulté, car vn peu d'air re&longs;piré ne peut changer le de&longs;tin: & puis l'on remarque qu'il y en a qui re&longs;pirent dans le ventre de la mere.

Mais &longs;ans penetrer &longs;i auant, c'e&longs;t cho­&longs;e a&longs;&longs;eurée que nul A&longs;trologue ne &longs;çau­roit remarquer le peu de temps qui e&longs;t a entre la nai&longs;&longs;ance de deux enfans iu­meaux, & qu'ils manquent le plus &longs;ou­uent à prendre le vray temps de la nai&longs;­&longs;ance, des iours entiers.

Quant à ceux qui &longs;e &longs;eruent des hor­loges ordinaires, l'experience mon&longs;tre qu'elles &longs;ont &longs;i differentes que l'on en prend la comparai&longs;on pour &longs;ignifier le di&longs;cord, & le de&longs;ordre. Et &longs;i l'on v&longs;e de l'A&longs;trolable, &longs;uiuant le con&longs;eil de Pto­lomée, l'om &longs;çait premierement que ceux qui dre&longs;&longs;ent la figure de la natiuité, n'ont pas l'A&longs;trolabe en main tandis que la femme e&longs;t en trauail: & le Ciel e&longs;t &longs;ou­uent &longs;i couuert, tant de iour que de nuit, que l'on ne voit point le Soleil, ny les étoiles, dont on n'auoit pas connu les vrays lieux que iu&longs;ques à pre&longs;ent; & puis la vraye hauteur du Pole, & la lon­gitude n'e&longs;t connuë qu en fort peu de lieux. A quoy l'on peut adiou&longs;ter le méconte qui vient des refractions, la mauuai&longs;e fabrique, ou la petite&longs;&longs;e des in&longs;trumens, & mille autres circon&longs;tan­ces des ob&longs;eruations, qui empe&longs;chent que l'on pui&longs;&longs;e remarquer levray temps de la natiuité.

Car quant aux 3. manieres qui leur &longs;eruent pour iu&longs;tifier le temps, dont la premiere s'appelle Trutina Hermetis, la Balance, ou le Trebuchet d'Hermes, qu'ils tirent de la 51. &longs;entence du Centiloque de Ptolomée, où il e&longs;t dit que l'Horo&longs;­cope &longs;e rencontre au me&longs;me &longs;igne, au­quel e&longs;toit la Lune au temps de la con­ceptiom, ou au &longs;igne oppo&longs;é, ils n'en peu­uent tirer de certitude, ny ayant nullo apparence de croire qu'ils pui&longs;&longs;ent trou­uer le temps de la nai&longs;&longs;ance par celuy de la conception, qu'ils ne &longs;çauent pas. Et Ptolomée parle &longs;eulement du &longs;igne, & non du degré, ou de la minute, & con&longs;equemment ils peuuent s'abu&longs;er de deux heures, puis qu'vn &longs;igne, qui à 30. degrez, employe deux heures à &longs;e leuer.

La 2. maniere qu'ils appellent, Ani­modar, ou Almute & Almu&longs;teli, n'e&longs;t pas meilleure, quoy que Ptolomée l'en­&longs;eigne au chap. 2. du 3. liure, où il dit qu'il faut ob&longs;eruer la Lune pleine, ou nouuelle, qui precede immediatement la nai&longs;&longs;ance, & voir quel planette à la principale authotité dans le 6. lieu du Ciel, dans lequel la conjonction, ou l'oppo&longs;ition e&longs;t arriuée, afin de remar­qué le degré du &longs;igne, que tient le me&longs;­me planette au temps de la nai&longs;&longs;ance, & con&longs;equemment dans l'Horo&longs;copt, & de comparer le nombre de ce degré auec celuy du degré de l'Orient, & du milieu du Ciel, car ils veulent que le nombre de &longs;es degrez &longs;oit égal à celuy dont il e&longs;t plus proche.

Mais outre que l'experience mon&longs;tre le contraire, & que cette methode n'a point d'autre fondement que l'imagi-nation, elle ne peut e&longs;tre iu&longs;te d'auec les climats differents, où plu&longs;ieurs peu­uent nai&longs;tre à me&longs;me heure, en apres, lo temps que l'on prend, peut tromper en mille façons, cemme &longs;çauent tres-bien ceux qui font les ob&longs;eruations du Ciel.

La troi&longs;ie&longs;me maniere &longs;e prend des accidens de la vie de celuy, dont on dre&longs;&longs;e la figure, dautant que Cardan dit au 158. du 6. des Aphori&longs;mes, que les Sages ne iugent pas &longs;eulement de l'en­fant par la nai&longs;&longs;ance, mais au&longs;&longs;i de la nai&longs;&longs;ance par l'enfant; car comme l'on &longs;e &longs;ert de la nai&longs;&longs;ance pour trouuer le temps des accidens, qui doiuent arriuer à l'enfant par le moyen des directions, des tran&longs;itions, & des profections an­nuelles, de me&longs;me l'on trouue le temps de la nai&longs;&longs;ance par le&longs;dits accidens. Mais cette methode ne peut &longs;eruir pour l'enfant, auquelil n'e&longs;t point arriué do notable accident, & tout ce qu'ils di­&longs;ent de ces accidens, n'a nulle preuue. Et bien qu'ils eu&longs;&longs;ent trouué le vray point de la natiuité, il ne s'en&longs;uit nul­lement qu'ils pui&longs;&longs;ent predire aucune cho&longs;e, dautant qu'ils diui&longs;ent le Ciel en 12. parties par le moyen des &longs;ix cercles, qui le couppent en deux points oppo­&longs;ez, afin qu'ils diui&longs;ent le Zodia que en 12. parties, dont celle qui e&longs;t &longs;ouz l'ho­rizon, & qui commence à &longs;e leuer, e&longs;t appellée premiere mai&longs;on, & celle qui &longs;uit &longs;ouz l'horizon, e&longs;t la &longs;econde, & ain&longs;i con&longs;equemment des autres en al­lant de la main droitc à la gauche. Mais ils &longs;ont &longs;i differents dans leurs opinions en ce qui concerne la que&longs;tiom des points de l'inter&longs;ection, qu'il n'e&longs;t pas po&longs;&longs;ible de les accorder: car les vnes couppent les cercles du Ciel au pole du Zodia­que, les autres au pole du monde, & les autres aux points, au&longs;quels les Meri­diens couppent l'horizon. Or ceux qui couppent les cercles aux poles du Zo­diaque, les diui&longs;ent en 12. parties éga­les, ou &longs;eulement les arcs oppo&longs;ez, qu'ils appellent demidiurnes, & deminoctur­nes, en 3. parties égales. Les Chaldeans ont &longs;uiuy la premiere maniere, comme remarque Sexte Empirique, quoy que Ptolomée la reiette au chap. 11. du 3. liure, & apres luy plu&longs;ieurs autres, com­me Firmic, Schonner, & Cardan, qui la nomment égale.

Gauric &longs;uit la 2. maniere, laquelle Scaliger attribuë aux Indiens, &longs;ur le 3. liure de Manile; mais ils diminuënt 8. degrez au commencement de chaque mai&longs;on, & de chaque lieu des planet­tes.

Ceux qui couppent les cercles au po­le du monde, accommodent les ares deminocturnes, & demidiurnes à l'E­quateur par le moyen des deux princi­paux cercles des declinai&longs;ons, qui &longs;ub­diui&longs;ent les quarts de l'Equateur par d'autres cercles en 3. parties égales; d'où il arriue qu'ils. diui&longs;ent le Zodia­que d'vne autre façon en 12. parties é­gales. Or Acabicius, & &longs;on commenta­teur Iean de Saxe &longs;uiuent cette ma­niere.

Finalement ceux qui &longs;e &longs;eruent des &longs;ections de l'horizon, & du Meridien, diui&longs;ent l'Equateur en 12. parties éga­les, & con&longs;equemment le Zodiaque en 12. parties inegales, dont les parties diurnes, & nocturnes oppo&longs;ées &longs;ont &longs;eu­lement égales.

Il arriue la me&longs;me cho&longs;e à ceux qui &longs;e &longs;eruent du premier vertical au lieu de l'Equateur; & Iean du Mont Royal auec Aben Ezra &longs;uit cette maniere, qu'il appelle Rationelle, laquelle e&longs;t mainte­nant &longs;uiuie d'vn grand nombre d'A&longs;tro­logues, quoy que Campan & Gazule &longs;uiuent l'autre.

Quant aux 12. mai&longs;ons, ils nomment la premiere l'Horo&longs;cope, la-mai&longs;on de la vie, du temperamment, & des acci­dents. La 2. la porte inferieure, & la mai­&longs;on des riche&longs;&longs;es, que l'on acquiert par indu&longs;trie, la 3. Dee&longs;&longs;e, & la mai&longs;on des freres, & des petits voyages. La 4. le profond du Ciel. La 5. bonne fortune, & mai&longs;on des enfans. La 6. mauuai&longs;e for­tune, & mai&longs;on de la &longs;anté, des mala­dies, & des &longs;eruiteurs. La 7. le couchant,la mai&longs;on du mariage, & des achapts, &c. La 8. le principe de la mort, & la mai­&longs;on des thre&longs;ors cachez. La 9. Dieu, & la mai&longs;on de la Religion, des &longs;onges, & des longs voyages. La 10. le milieu du Ciel, & la mai&longs;on des dignitez, & des conditions de la vie. L'onzie&longs;me, le bon demon, & la mai&longs;on des amis. La 12. le mauuais demon, & la mai&longs;on des enne­mis, & des pri&longs;ons.

Ils adjou&longs;tent que la 1, 4, 7, & 10. &longs;ont les angles d'ou dependent les autres en qualité de &longs;uccedentes, & de cheutes: que la 1, 2, & 3, qui &longs;uiuent, font le quart de l'Occident, de l'Autonne, & de la melancholie: que les 3. autres &longs;ont pour le Midy, pour l'E&longs;té, & pour la cholere, & les 3. dernieres pour l'Orient, & pour les &longs;anguins.

Ie lai&longs;&longs;e mille autres cho&longs;es qui &longs;ont &longs;i ridicules que ie n'o&longs;e les rapporter: par exemple, que la premiere mai&longs;on pre&longs;i­de au blanc, la 2. au verd, &c. Car pourquoy le Ciel e&longs;t-il plu&longs;to&longs;t diui&longs;é en 12. parties, qu'en 8, 10, 16, 20, ou 60, parties? En apres cette diui&longs;ion ne &longs;e­roit-elle pas au&longs;&longs;i bonne, ou meilleure, &longs;i elle &longs;e fai&longs;oit par 12. cercles paralleles à l'horizon? ou en 12. qui &longs;e coupa&longs;&longs;ent au vertical, & au point oppo&longs;é? Ets'ils veulent que le Zodiaque &longs;oit diui&longs;é en 12. parties égales, que ne le diui&longs;ent-ils tous d'vne me&longs;me diui&longs;ion, afin que ce qui e&longs;t la premiere mai&longs;on à l'vn, ne &longs;er­ue pas d'vne autre mai&longs;on à l'autre?

A quoy l'on peut adjou&longs;ter que la mai&longs;on qui e&longs;t toute &longs;ur l'hori&longs;on, doit plu&longs;to&longs;t e&longs;tre la premiere mai&longs;on que la 12. ou du moins ils deuroient attendre que la moitié de cette mai&longs;on fu&longs;t le­uée; & la 10. mai&longs;on, qui e&longs;t celle du milieu du Ciel, deuroit e&longs;tre moitié vers le couchant, & moitié vers le le­uant, & meriteroit mieux le nom de premiere que l'autre; ou bien ils de­uroient donner cette prerogatiue à la mai&longs;on, dans laquelle le Soleil &longs;e ren­contre, puis qu'il e&longs;t le Roy des A&longs;tres.

D'ailleurs, &longs;i la mai&longs;on, qui commen­ce à &longs;e leuer, e&longs;t pour la vie, que celle qui &longs;e couche, n'e&longs;t elle pour la mert? pourquoy la 8. mai&longs;on fait elle plu&longs;to&longs;t mourir? d'où contracte elle vne &longs;i gran­de malice? Les mai&longs;ons ont elles cette force, ou cette &longs;ignification du premier mobile? Comment la me&longs;me partie de ce Ciel e&longs;t-elle heureu&longs;e, & puis mal­heureu&longs;e &longs;elon les differentes mai&longs;ons? Pourquoy vne partie de ce Ciel e&longs;t elle plus mal-heureu&longs;e dans l'vne des mai­&longs;ons que dans les autres.

Ce&longs;t cho&longs;e e&longs;trange que

donne de grands biens dans la premiere, & de grands maux dans la 12. & qu'il donne des fols & des roturiers dans la 8. au lieu des dignitez qu'il donne dans la 10. & des dignitez Eccle&longs;ia&longs;tiques qu'il don­nent dans la cinquie&longs;me.

Lors que quelqu'vn vient au monde pourquoy le de&longs;tin de &longs;es freres e&longs;t-il écrit dans la troi&longs;ie&longs;me mai&longs;on, celuy des parens dans la 4. celuy des fils dans la 5. celuy de la femme dans la 7. & ce­luy des amis dans l'onzie&longs;me? Qui à marqué le logis aux grands animaux dans la 12. e&longs;tans petits dans la 6. quel Mercure à mis les longs voyages dans la 9. & les courts dans la troi&longs;ie&longs;me?

Mais comme peut on e&longs;perer de trou­uer quelque verité dans l'A&longs;trologie, pui&longs;que les principaux Autheurs ne s'accordent pas en ces mai&longs;ons, qui &longs;er­uent de fondement à la &longs;cience? Car Ptolomée iuge autrement que les au­tres: & Manile les commence par la Fortune, & non par l'Horo&longs;cope, dont elle e&longs;t tou&longs;iours au&longs;&longs;i éloignée, que le Soleil de la Lune.

Ie lai&longs;&longs;e plu&longs;ieurs diui&longs;ions des &longs;ignes en chauds, humides, ma&longs;culins, femi­nins, beaux, laids, muets, parlants, &c. qui &longs;eruent plu&longs;to&longs;t pour faire rire, que pour in&longs;truire, & qui n'ont &longs;eulement pas l'ombre de la rai&longs;on, ni de la vraye­&longs;emblance pour leur fondement. Et &longs;i l'on con&longs;idere les nouueaux de&longs;tins qu'ils donnent à chaque degré pour e&longs;tablir leur Monomerie & Myriogene&longs;e,l'on s'e&longs;tonnera que l'ame rai&longs;onnable d'vn homme pui&longs;&longs;e tomber en de &longs;i e&longs;tran­ges manies: Car, di&longs;ent-ils, &longs;i l'Ho­ro&longs;cope e&longs;t au premier degré d'Aries, il &longs;ignifie la nai&longs;&longs;ance des Roys; s'il e&longs;t en la 2. il &longs;ignifie les larrons; il &longs;ignifie les borgnes dans la 3. &c. Et afin qu'ils trou­uent leur conte, ils diui&longs;ent encore les degrez en minutes, & di&longs;ent que le Be­lier pre&longs;ide à la te&longs;te, le Taureau au col, &c. que le Liom domine à l'Italie, le Be­lier à la France, & particulierement à la ville de Mar&longs;eille: que la Vierge gou­uerne Paris, le Sagittaire Auignon, &c.

Quant aux mai&longs;ons des planettes, ils logent la Lune dans l'E&longs;creui&longs;&longs;e, & le Soleil au Lion, car ils ne leur donnent qu'vne mai&longs;on, quoy qu'ils en donnent 2. aux autres: par exemple, les Iumeaux, & la Vierge à Mercure, dont l'vne e&longs;t pour leiour, & l'autre pour la nuict: & afin que les planettes ayent quelque re­fuge dans leurs banni&longs;&longs;ements, les lieux du Ciel oppo&longs;ez à leurs mai&longs;ons leur &longs;eruent d'exil, comme les lieux oppo­&longs;ez à leurs exaltations leurs &longs;eruent de cheutes: Car ils exaltent le

au Be-lier, &
au Scorpion. Or ils ne veu­lent pas que le Lion, & l'A quarius &longs;er­uent d'exaltatiom, ou de cheute à aucun planette.

Et comme s'ils e&longs;toient les fourriers de l'armée Cele&longs;te, ils marquent les logis à chaque planette qu'ils exaltent, ou depriment comme ils veulent, &longs;ans oublier la te&longs;te & la queuë du Dragon, qu'ils exaltent dans les Iumeaux, & dans le Ver&longs;eau, de &longs;orte que l'on croiroit à les ouïr parler qu'ils &longs;ont les Roys, & les &longs;ouuerains mai&longs;tres du Ciel.

Ils di&longs;po&longs;ent encore les degrez des &longs;ignes par dizaines, qu'ils appellent faces,afin que les planettes ayent leurs faces: par exemple, que

ayt les 10. premiers degrez d'Aries: que le Soleil ayt les 10. qui &longs;uiuent, &
les 10. derniers:
à les 10. premiers du Taureau, & ain&longs;i des autres.

A quoy ils adiou&longs;tent les Termes, qu'ils appelient fins, afin de les donner aux 5. moindres planettes: Car

à les 6. pre­miers degrez d'Aries:
à les 6. ou 8. &longs;uiuans:
les 6. ou 8. qui &longs;uiuent, & ain&longs;i des autres. Ie lai&longs;&longs;e maintenant les Trigones, dont ils departent celuy du feu, qu'ils appellent ignée, au
, & à
, & mille autres re&longs;ueries, qui n'ont nul fondement.

Or ils ont &longs;i peu de iugement qu'ils ne donnent qua&longs;i nulle vertu aux &longs;ignes, & aux A&longs;teri&longs;mes qui &longs;ont hors du Zodia­que, quoy qu'ils &longs;oient en plus grand nombre que les autres, & qu'ils ayent des étoiles tres-grandes, & tres-nota­bles, comme l'on void dans l'horion, auquel ils attribuent fort peu, en com­parai&longs;on de ce qu'ils donnent au petit A&longs;ne de l E&longs;creui&longs;&longs;e: car encore qu'il &longs;oit pre&longs;que inui&longs;ible, ils di&longs;ent neant­moins qu'il e&longs;t tres-pui&longs;&longs;ant pour exci­ter les tempe&longs;tes.

D'ailleurs ils donuent la pui&longs;&longs;ance d'agir &longs;ur nous aux &longs;ignes du premier mobile, & non à ceux du firmament, qui retrogradent peu à peu, & vont au contraire du mouuement des &longs;ignes du premier mobile. De là vient que le Be­lier du firmament e&longs;t maintenant dans les poi&longs;&longs;ons du premier mobile, & qu'il entrera apres dans l'Aquarius, dans le Capricorne, &c.

C'e&longs;t dans ce premier mobile qu'ils e&longs;tabli&longs;&longs;ent leurs Dodecatemories que quelqu'vns di&longs;ent e&longs;tre la partie du Zo­diaque, à laquelle &longs;init le nombre des degrez, où &longs;e rencontre le planette, apres qu'il à e&longs;té multiplié par 12: par exemple, &longs;i le planette e&longs;t au 5. degré, & 5′ du Belier, le dodecatemorie finit au premier degré des Gemeaux, dans le­quel ils mettent le dodecatemorie du planette, parce que 5. 5′. multipliez par 12. donnent 61. le&longs;quels e&longs;tant contez dés le commencement du Belier don­nent le premier degré des II.

Quant à la force des planettes, ils di­&longs;ent que le

échauffe en &longs;eichant, que
bru&longs;le, que
ameine le froid, que
&
&longs;ont les bonnes fortunes, que le
,
, &
&longs;ont ma&longs;les, la
, &
femel­les; & que
e&longs;t androgyne; qu'ils &longs;ont plus ma&longs;les, lors qu'ils ont plus de lu­miere, & qu'ils &longs;ont Orientaux, & di­rects: que le
, &
&longs;ont diurnes, & les autres nocturnes.

Or ils leur departent plu&longs;ieurs de­grez de force, & de dignitez &longs;uiuant les lieux du Zodiaque où ils &longs;e rencontrent: Car ils leur donnent 5. degrez de force, s'ils &longs;ont dans leur mai&longs;on, ils leur on donnent 4. pour leur exaltatiom, 3. pour leur triplicité, deux pour leur fin, & vn pour leur dizainier, qu'ils appellent deca­nus: & lors que le planette n'a nulle di­gnité, ils di&longs;ent qu'il e&longs;t fatal, car ils luy donnent diuers degrez de debilité, à &longs;çauoir 5. quand il e&longs;t hors de &longs;a mai&longs;on, 5. dans &longs;on exil, & 4. dans &longs;a cheute.

Ils appellent l'amas de toures, ou de plu&longs;ieurs de ces dignitez le Chariot, & le Thro&longs;ne royal; & quand le planette e&longs;t au&longs;&longs;i éloigné du

, ou de la
, comme &longs;a mai&longs;on e&longs;t éloignée de leur mai&longs;on, ils appellent cette dignité Almugée, ou Per&longs;one, laquelle n'a qu'vn degré de for­ce. Chaque planette à au&longs;&longs;i vne vertu particuliere dans chaque &longs;igne; car
apporte plu&longs;ieurs maux dans le Belier, dans le
, il priue de l'heritage pater­nel, &c. dans &longs;a mai&longs;on il depart la fa­ueur, dans celle de
il fait mourir le pere: de &longs;orte que s'il e&longs;t direct, il accon­plit ce qu'il promettoit: s'il e&longs;t retro­grade, il le reuoque, & s'il e&longs;t &longs;tation­naire, il le retarde.

Ils comparent encore les planettes les vns aux autres, afin d'e&longs;tablir leurs a&longs;pects, dont le Sextil & le Trin &longs;ont be­nefiques, le Quadrat, & L'oppo&longs;ition &longs;ont malefiques, & la Conionction e&longs;t entre­deux: & prennent leurs dignitez, & leurs debilitez accidentelles de ces a&longs;­pects, comme ils ont pris leurs dignitez e&longs;&longs;ent elles des autres con&longs;iderations, dont nous auons parlé deuant: Car l'a&longs;­pect

des planettes bene&longs;iques à 4. de­grez de force; auec le
, &
, 3.auccla Lune 2. & auec les malefiques, c'e&longs;t à dire auec
, &
, 1. & l'a&longs;pect
en a tou&longs;iours vne moins que le
: le
, des malefiques a 4. debilitez, & 3. auec le Soleil: mais les a&longs;pects malefiques des planettes benefiques n'ont nulle di­gnité.

Or les a&longs;pects ne &longs;ont pas tou&longs;iours partils, c'e&longs;t à dire exacts, & iu&longs;tes, car ils &longs;ont &longs;ouuent platiques, & l'e&longs;pace qui precede le vray a&longs;pect, s'appelle applica­tion, comme celuy qui &longs;uit, & qui &longs;e fait par le planette le plus vi&longs;te, &longs;e nomme &longs;eparation. Ils prennent encore d'autres dignitez, ou debilitez des planettes, lors qu'ils &longs;ont dans le camizi, ou dans lo cœur du Soleil, c'e&longs;t à dire qu'ils luy &longs;ont conjoints, & qu'ils &longs;ont bru&longs;lez, ce qui arriue tandis qu'ils ne &longs;ont pas éloi­gnez de plus de 6. degrez du Soleil, ou qu'ils &longs;ont hypauges, c'e&longs;t à dire entre le 16. degré.

Ie lai&longs;&longs;e plu&longs;ieurs autres diui&longs;ions des planettes en Orientaux, ou dextres, & Occidentaux, ou gauches, & en dirrcts, retrogrades, legers, tardifs, &c. afin d'a­jou&longs;ter ce qu'ils e&longs;timent dauantage, à &longs;çauoir que chaque planette &longs;e re&longs;ioüit dans &longs;a mai&longs;on, dans laquelle il e&longs;t le principal &longs;ignificateur, comme e&longs;t

dans la 12;
dans l'onzie&longs;me,
dans la 10. le Soleil dans la 9.
dans la 5.
dans la 1. & la
dans la 3.

En apres ils ont des forces differentes dans les differentes mai&longs;ons, dans le&longs;­quelles ils &longs;e rencontrent: Car

&
, font la vie courte dans la 1.
&
la donnent longue: le
donne les com­mendements;
la &longs;cience, & la Lune les voyages;
&
donnent la pauure­té dans la 2. dans laquelle
&
don­nent les riche&longs;&longs;es: le
la beauté, &
la faueur, &c.

A quoy ils adiou&longs;tent la te&longs;te, & la queuë du Dragom qu'ils marquent de ces caracteres, la partie de la fortune, qu'ils marquent ain&longs;i

, & qui e&longs;t la partie du Zodiaque, dans laquelle (en con­tant depuis le Belier) tombe le nombre compo&longs;é du degré qui s'éleue, c'e&longs;t à di­re de l'Horo&longs;cope, & de la di&longs;tance du Soleil à la Lune: car la te&longs;te du Dragon donne l'honneur dans la 1. la queuë y ble&longs;&longs;e l'œil, &
fait que l'on e&longs;t heu­reux aux ieux, & aux contracts.

Or le planette qui à le plus grand non­bre de dignitez, e&longs;t le &longs;eigneur de la fi­gure, & de l'année, lors qu'elle e&longs;t dre&longs;­&longs;ée au commencement du printemps: & lors qu'il à plus de dignitez dans le commencement d'vn &longs;igne, il e&longs;t &longs;ei­gneur de la mai&longs;on: & s'il e&longs;t dans le premier degré, ils le nomment Almu­ten, c'e&longs;t à dire di&longs;po&longs;iteur de la mai&longs;on: & c'e&longs;t &longs;uiuant cette doctrine, qu'ils di­&longs;ent le Seigneur de l'a&longs;cendant, de l'Ho­ro&longs;cope, &c. Ie lai&longs;&longs;e la domination & l'empire, qu'ils leur donnent &longs;ur les heu­res, &longs;ur les âges, & &longs;ur les e&longs;tats, &c. comme lors qu'ils di&longs;ent que

pre&longs;ide à l'agriculture,
à la politique,
à la guerre, le Soleil aux honneurs,
à l'a­mour,
à la marchandi&longs;e, & la
aux voyages.

Parce que ie croy que les fondemens de leur doctrine, que i'ay rapportez iu&longs;­ques à pre&longs;ent, &longs;ont a&longs;&longs;ez ridicules pour faire voir leur vanité, & la fau&longs;&longs;eté de toute l'A&longs;trologie Iudiciaire. Car qu'el­le apparence y à il que le Belier &longs;oit de la nature du feu, puis qu'il donne tant de pluyes, & que l'Ecreui&longs;&longs;e &longs;oit de la nature de l'cau, &longs;ouz lequel nous endu­rons de &longs;i grandes chaleurs?

Peut-on de&longs;irer vn plus grand te&longs;moi­gnage de la folie des A&longs;trologues, que quand on con&longs;idere les be&longs;tes qu'il met­tent au Ciel pour nous rendre gras, ou maigres: pourquoy le Belier e&longs;t il plu­&longs;to&longs;t ma&longs;le que le

, qui e&longs;t plus chaud? & pourquoy le Belier pre&longs;ide-il plu&longs;to&longs;t à la te&longs;te que le Lion, ou l'Ecreui&longs;&longs;e? pourquoy les Poi&longs;&longs;ons pre&longs;ident ils aux pieds, veu qu'ils n'en ont point, & qu'ils &longs;ontioints au Belier?

La preference qu'ils leur donnent &longs;ur la &longs;uitte des années, & &longs;urles villes n'e&longs;t pas mieux e&longs;tablie, car le Ciel, ou la ter­re e&longs;tant mobiles, vn &longs;igne n'influë pas dauantage &longs;ur vne Prouince, ou &longs;ur vne ville, que &longs;ur l'autre, qui à me&longs;me lati­tude, & neantmoins ils a&longs;&longs;uietti&longs;&longs;ent vne Prouince entiere à vn &longs;igne, & les villes de cette me&longs;me Prouince à d'au­tres &longs;ignes.

Certainement il n'y à nulle rai&longs;on pourquoy vn planette a plu&longs;to&longs;t vne mai&longs;on de la figure, que toutes les mai­&longs;ons, puis qu'il n'y à nul iour dans le­quel chaque planette ne &longs;e rencon­tre dans toutes le&longs;dites mai&longs;ons. En apres &longs;i le Lion e&longs;t la mai&longs;on du Soleil, pourquoy le &longs;igne prochain n'e&longs;t-il cel­le de

, puis qu'il e&longs;t le plus chaud? pourquoy le Soleil, & la Lune n'ont-ils chacun qu'vne mai&longs;on, puis que les au­tres planettes en ont chacun d'eux? pourquoy la mai&longs;on de la Lune humi­de n'e&longs;t elle pas dans le Ver&longs;eau oppo&longs;é au Lion? & qu'elle a, peut-e&longs;tre, e&longs;té crée à l'oppo&longs;ite du
? quoy que Firmi­cus croye que le Soleil a e&longs;té crée au 15. du Lion, &
au 15. du Ver&longs;eau; ce qui ne peut e&longs;tre, puis que
ne &longs;e peut é­loigner du Soleil que de deux &longs;ignes.

Les exaltations &longs;ont &longs;emblablement mal e&longs;tablies, puis que les ab&longs;ides &longs;e chan­gent, & qu'elles deuroient plu&longs;to&longs;t e&longs;tre dans la mai&longs;on des planettes qu'ailleurs: car il n'y à nulle apparence d'exalter

dans la mai&longs;on de
, ni
dans celle de
; &
n'a rien de commun auec le Taureau, &longs;igne terre&longs;tre, dans lequel
a &longs;a mai&longs;on, &
&longs;on exaltation.

Quant aux decanats, ils &longs;ont tres-mal fondez, car &longs;i le Belier e&longs;t la mai&longs;on de

, pourquoy luy o&longs;tent-ils les deux tiers pour les decanats de deux autres planettes; & pourquoy banni&longs;&longs;ent-ils
des II, c'e&longs;t à dire de &longs;a mai&longs;on, pour en donner la premiere partie à
, la 2. à
, & la 3. au Soleil? le lai&longs;&longs;e les fins, ou les termes, puis qu'ils &longs;ont encore plus ridicules.

Mais il n'e&longs;t pas nece&longs;&longs;aire de refuter les po&longs;itions des A&longs;trologues, d'autant qu'elles &longs;e de&longs;trui&longs;ent elles -me&longs;mes: Car &longs;i

bru&longs;le, parce qu'il e&longs;t rouge, & & que
refroidi&longs;&longs;e, parce qu'il e&longs;t pa&longs;­le, il faut dire que l'écarboucle bru&longs;le, & que la chaurefroidit: &longs;i
bru&longs;le, d'où vient quel on ne &longs;enr point &longs;a chaleur à l'Hyuer, lors qu il e&longs;t a croniche & que l'on n'experimente point le froid de
à l'E&longs;té?

Or il faut remarquer que

n'e&longs;t pas pa&longs;le, comme croyent les ignorans, qui ne parlent que par liure, & par preoc­cupation, dont ils ne &longs;eront plus trom-pez, lors que le Ciel leur aura mon&longs;tré qu'il e&longs;t tres-lui&longs;ant. Certainement il ny à nulle rai&longs;on pour laquelle l'om pui&longs;­&longs;e dire qu'il y a des planettes malefi­ques, & d'autres benefiques, ny me&longs;u­re aucune, dont ils pui&longs;&longs;ent me&longs;urer la quantité, ou la qualité de leurs digni­tez, ou de leurs foible&longs;&longs;es; & ce qu'ils di&longs;ent des a&longs;pects a e&longs;té pris &longs;ur les dif­ferentes figures de la Lune, qu'elle fait paroi&longs;tre &longs;uiuant les differents rapports qu'elle a auec le
, & puis il ny à pas plu&longs;to&longs;t 5 a&longs;pects que 7. que 9. que 13. ou 15 & Kepler adiou&longs;te le Biquintil, le Tredecil, &c.

Voyons maintenant comme ils trou­uent le temps, auquel les accidens doi­uent arriuer à l'enfant, ils &longs;e &longs;eruent de la direction, de la reuolution, des profections annuelles, & des tran&longs;itions. Or la dire­ction &longs;e fait entre-deux points du Zo­diaque de la figure, dont l'vn e&longs;t le &longs;i­gnificateur, & l'autre le prometteur. Ils font le &longs;ignificateur mobile, afin qu'il approche peu à peu du pro metteur im­mobile, & que l'effect arriue lors qu'il l'aura atteint, parce qu'il e&longs;t promis. Or ils dirigent, & content le progrez du &longs;ignificateur, & du prometteur &longs;ur l'é­quateur, &longs;ur lequel les deux points &longs;u&longs;­dits &longs;e r'encontrent par le moyen des cercles de declinai&longs;on: car diriger n'e&longs;t autre cho&longs;e que chercher l'arc de l'é­quateur, qui e&longs;t entre le &longs;ignificateur, & le prometteur.

Quant au progrez, il fait vn degré dans vne année, 5. minutes dans vn mois, & 10 &longs;econdes dans vn iour, afin que cet arc en&longs;eigne combiem de temps apres la nai&longs;&longs;ance c'e&longs;t à dire à qu'el an­née de l'enfant, l'effect doit arriuer.

Mais il faut diriger des points diffe­rents &longs;elon les differents effects que l'on cerche: par exemple, le

pour l'e&longs;tat de la vie, & pour les dignitez: la Lune pour les affections de l'e&longs;prit; l'Horo&longs;­cope pour la &longs;anté, & pour les voyages, le milieu du Ciel pour les amis, la
pour les riche&longs;&longs;es; & pour &longs;çauoir com­bien l'enfant doit viure, l'on prend vn point, que l'on appelle prorogateur, emi&longs;­&longs;eur, Setgneur de la vie, Hylech, Alchocoden, Aphete, &c. c'e&longs;t à dire le planette qui à plus grand nombre de dignitez, & vn moindre nombre de debilitez dans les lieux hylegiels, à &longs;çauoir dans la 1. 10.11. 7. ou 9. mai&longs;on.

Or l'on prend ordinairement le Soleil pour les nai&longs;&longs;ances qui &longs;e font de iour, & la Lune pour celles de la nuict; & lors qu'il ne &longs;e rencontre nul planette dans le&longs;dits lieux, l'on &longs;e &longs;ert principa­lement de l'Horo&longs;cope: & pour trou­uer la mort, l'on dre&longs;&longs;e l'Aphete à l'Ana­rete, c'e&longs;t à dire le dit point à l'interfecteur: par exemple à

, à
, ou à leurs rayons malefiques, ou au di&longs;po&longs;iteur de la 8. mai&longs;on. Ce&longs;te direction e&longs;t appellée directe, lors qu'elle &longs;e fait &longs;elon la &longs;uitte des &longs;ignes, comme il arriue quand on v&longs;e de l'Horo&longs;cope, ou du milieu du Ciel, &c. & Conuer&longs;e, l'ors qu'elle &longs;e fait contre l'ordre des &longs;ignes, comme il arri­ue à la
, & aux planettes retrogrades.

La Reuolution e&longs;t l'erection d'vne fi­gure que l'on fait, lors que le Soleil &longs;e rencontre au me&longs;me point du Zodia­que où il e&longs;toit à la nai&longs;&longs;ance. Car &longs;i l'Horo&longs;cope de cette figure regarde celle de la nai&longs;&longs;ance d'vn bon a&longs;­pect, l'enfant &longs;e portera bien toute l'année; & &longs;i l'a&longs;pect e&longs;t mauuais, il &longs;e portera mal: &longs;i les planettes ont vne contraife di&longs;po&longs;itiom à celle qu'elles ont à la natiuité, l'enfant court vn grand peril; & &longs;i la Lune &longs;e trouue au lieu, où e&longs;toit

à la natiuité, il épou&longs;era vne vieille.

La Profection annuelle e&longs;t le progrez que fait la pointe, ou l'angle de chaque mai&longs;on, & chaque point de la natiuité par le Zodiaque: or ces points font cha­que année 30. degrez, afin que la pro­fection recommeuce de 12. en 12. ans, dans le&longs;quels ils iugent bien, ou mal de l'enfant &longs;elon les bons, ou mauuais a&longs;­pects, qui-&longs;e rencontrent dans ce temps, & qu'ils predi&longs;ent tous les ans, dont le 4. e&longs;t dangereux, parce que l'Horo&longs;co­pe arriue à la 4. mai&longs;on, qu'il regarde d'vn a&longs;pect

, & le milieu de Ciel d'vn a&longs;pect oppo&longs;é. En apres il paruient à la 7. qu'il regarde d'vn a&longs;pectoppo&longs;é, & le milieu du Ciel d'vn a&longs;pect quadrat.

Ie lai&longs;&longs;e tout ce qu'ils di&longs;ent des an­nées Climateriques, & des Seigneurs des Septenaires ou Affridaires, qu'ils appel­lent Chronocratcurs, puis qu'il n'y a nul­le rai&longs;on pourquoy la Lune pre&longs;ide à la premiere année,

à la 12.
à la 3. &c.

Or ils font recommencer la Lune au 8. Septenaire, qu'ils appellent dange­reuy, parce que l'Affridaire change l'em­pire de chaque planette.

La Tran&longs;ition &longs;e faict, lors qu'vn pla­nette: par exemple la Lune, pa&longs;&longs;e par les lieux de la figure, où e&longs;toit

, &c. ou l'Horo&longs;cope, ou par le lieu, qui e&longs;toit Trin, ou quadrat à
, &c. ou Trin à l'vn, & quadrat à l'autre, dautant qu'ils croyent qu'il arriue de notables chan­gemens dans ces pa&longs;&longs;ages, dont ils v&longs;ent pour determiner le temps, & particu­lierement le iour, & l'heure. Car l'effect e&longs;t plus grand &longs;elon les differens pa&longs;&longs;a­ges, & rapports, qui &longs;e rencontrent en­tre tous ces points.

Ce &longs;ont là les principaux fondements de l'A&longs;trologie Iudiciaire, dont la va­nité e&longs;t &longs;i euidente, qu'il &longs;uffit de les auoir expliquez pour les refuter. Car pourquoy la direction &longs;e fait-elle plu­&longs;to&longs;t &longs;ur l'Equateur que &longs;ur l'écliptique, qui e&longs;t le lieu principal des planettes? pourquoy plu&longs;to&longs;t contre la &longs;uitte, que &longs;elon la &longs;uitte, & l'ordre des &longs;ignes? pourquoy donnent-ils &longs;eulement vn degré à chaque. année? &longs;i l'homme vi­uoit 360. ans, ils auroient quelque con­jecture, dont ils &longs;ont entierement de&longs;ti­tuez: car qu'elle apparence y à il que ce point de la natiuité retienne &longs;a force, iu&longs;ques à 30. & 40. ans? quelle propor­tiom, ou rapport y à-il du milieu du Ciel de la 60. année auec celuy de la natiui­té; & quelle apparence y a-il que le de­&longs;tin de cette année depende du rapport de ces a&longs;pects? ces points &longs;e conoi&longs;&longs;ent­ils l'vn l'autre? pourquoy la reuolution ne &longs;e fait-elle au&longs;&longs;i bien des autres pla­nettes, & particulierement des fortu­nes, ou infortunes au&longs;quelles ils attri­buent de &longs;i grandes vertus, comme elle &longs;e fait du Soleil? pourquoy donnent ils 30. degrez à chaque année, & pour­quoy ne redui&longs;ent -ils le Zodiaque à l'Equateur dans la profection?

Les Alfridaires &longs;ont encore plus ridi­cules, puis qu'ils font regir chaque pla­nette à chaque Septenaire, ou &longs;epmai­ne d'années, & qu'ils ne s'accor dent pas eux-me&longs;mes &longs;ur ce &longs;uiect. Car Ptolo­mée donne 4. ans d'empire à la Lune, 10. à

, 8. à Venus, 19. au
, 15. à
, 12. à
, & ce qui re&longs;te iu&longs;ques à la mort, à Saturne.

Quant aux que&longs;tions, & aux elections, les A&longs;trologues promettent les &longs;olutions de toutes cho&longs;es: par exemple, s'il &longs;'a­git du mariage, Venus & la Lune &longs;ont feminins, & la 7. mai&longs;on auec &longs;on &longs;i­gnificateur parlent tou&longs;iours des fem­mes; & lors qu'ils ont con&longs;ideré les au­tres maisons, les planettes, les decanats, les fins, &c. ils di&longs;ent &longs;i l'enfant &longs;era veuf, s'il épou&longs;era vne femme riche, ou pauure, & &longs;i elle doit viure peu, ou long­temps.

Ie lai&longs;&longs;e les autres mai&longs;ons, par le&longs;­quelles ils predi&longs;ent &longs;i l'enfant &longs;era Chat­pentier, Maçon, Aduocat, &c. afin de dire vn mot des elections, par le&longs;quel­les ils tiennent qu'ils ne faut pas pren­dre medecine, lors que la

e&longs;t au Be­lier,
, & au Capricorne, de peur de la rejetter, à rai&longs;on que ces &longs;ignes rumi­nent: que les Nauires ne doiuent pas partir, lors que
e&longs;t au milieu du Ciel, parce qu'il pre&longs;ide aux Pyrates. Ils veu­lent au&longs;&longs;i que l'on con&longs;idere &longs;i le &longs;igne qui monte, s'il e&longs;t fixe, ou mobile, auant que de planter les arbres, de peur qu'ils &longs;e déracinent; que l'on o&longs;te l'enfant de la mammelle, lors qu'vn &longs;igne humain monte, quand on le veut rendre deli­cat, & &longs;i on veut qu'il ayme la chair, lors que le Lion monte: que &longs;ouz l'E­creui&longs;&longs;e il aymera le poi&longs;&longs;on, ce qui ar-riuera &longs;emblablement &longs;ouz les Poi&longs;&longs;ons: mais il aymera les legumes &longs;ouz la pre­miere partie du Capricorne, du Belier, & du Taureau.

Lors qu'on luy donne vn mai&longs;tre, ils veulent que

regarde benignement la Lune en &longs;on croi&longs;&longs;ant; que la Lune &longs;oit en a&longs;pect &longs;extil auec le
, ou auec le Seigneur de la 10. mai&longs;on, lors qu'on va &longs;alüer vn Prince, ou vn Roy: que l'on aille à la cha&longs;&longs;e &longs;ouz vn &longs;igne mobi­le, dans lequel il n'y ait point de planet­te retrograde: que l'on e&longs;&longs;aye les habits &longs;ouz vn &longs;igne mobile, dans lequel la
&longs;e rencontre, de peur que les ve&longs;temens durent plus long-temps que le corps.

Ie lai&longs;&longs;e la natiuité des Villes, & les pre&longs;ages qu'ils en tirent, car ils &longs;ont &longs;i ignorants qu'ils mettent

dans le Scor­pion, & le
dans
à la nai&longs;&longs;ance de Rome, comme l'on peut voir dans So­lin; & neantmoins
ne peut &longs;éloigner du Soleil, que de 28. degrez. Ie lai&longs;&longs;e &longs;emblablement les elections de l'heu­re pour grauer les cachets, & les Tali&longs;­mans, & mille autres re&longs;ueries, quinç peuuent entrer dans vn bon e&longs;prit.

Certainement les excellens per&longs;on-nages n'ont iamais faict d'e&longs;tat de l'A­&longs;trologie, comme l'on peut voir dans Ciceron au 2. liure de la diuination; & plu&longs;ieurs croyent que Ptolomée n'e&longs;t pas l'Autheur du Quadripartir, ou qu'il a &longs;eulement fait vn abregé des re&longs;ue­ries des Ægyptiens, afin de &longs;atisfaire à la curio&longs;ité de quelques vns de&longs;esamis: Car quelle apparence y a-il qu'il n'ayt o&longs;é traiter de la Phy&longs;ique, à rai&longs;on de &longs;on incertitude, comme il témoigne dans la preface de &longs;on Almage&longs;te, & qu'il ayt traicté de l'A&longs;trologie qui n'a pas &longs;eulement de la probabilité pour e&longs;tablir &longs;es fondements?

Delà vient que Cardan a&longs;&longs;eure dans &longs;on Epi&longs;tre &longs;ur le Quadripartit, que les Autheurs, dont Ptolomée a pui&longs;e &longs;on liure, ont e&longs;té des impo&longs;teurs, qui ont tout corrompu; ce que l'on peut &longs;em­blablement dire de Cardan, d'Origan, & de tous les autres, puis qu'ils n'ont pas plus de rai&longs;on qu'eux.

Or il y a gran de apparence que les hommes, qui ont voulu paroi&longs;tre plus &longs;çauants que les autres, ont inuenté tou­tes ces fables, afin de gaigner de l'ar­gent, ou d'acquerir l'amitié, & la fa-ueur des grands; & parce qu'ils n'auoient nulle rai&longs;on, ils ont eu recours aux ex­periences: par exemple, que Nigidius ayant veu la natiuité d'Augu&longs;te, il luy predit qu'il &longs;eroit &longs;eigneurde l'Vniuers? qu'A&longs;cleriom predit de &longs;oy-me&longs;me qu'il &longs;eroit mangé des chiens; que Pic de la Mirandole e&longs;t mort l'an 32. de &longs;on âge, à rai&longs;on de la direction de l'Horo&longs;cope au corps de Mars, comme remarque Gauric.

Ie lai&longs;&longs;e plu&longs;ieurs autres experiences, dont ils &longs;e vantent pour abu&longs;er les igno­rans, puis que iamais nul A&longs;trologuen'a fait les ob&longs;eruations nece&longs;&longs;aires pour e&longs;tablir des regles &longs;ur ce&longs;ujet, car il fau­droit pour le moins auoir 2. experien­ces de 2. enfans, qui fu&longs;&longs;ent nez &longs;ouz vn me&longs;me a&longs;pect du Ciel, ce qui n'e&longs;t en­core iamais arriué: par exemple, les Chaldeans n'ont peu voir deux fois vne natiuité, dans laquelle l'Horo&longs;cope ayt e&longs;té le premier degré du Belier, le So­leil e&longs;tant au commencement de l'E­creui&longs;&longs;e, la Lune au 20. du Ver&longs;eau, &

à la fin du Taureau: Et iamais l'on n'a veu 2. fois les planettes en me&longs;me a&longs;­pect, en me&longs;me latitude, & aux me&longs;-mes lieux de leurs Epicycles. En apres, ils n'ont point connu les planettes, qui &longs;ont à l'entour de
, ni les 2. de
, ny les taches du Soleil, qui peuuent varier les effects qu'ils promettent.

D'ailleurs, encore que ce&longs;t art eu&longs;t e&longs;té veritable en Ægypte, il ne &longs;eroit pas veritable en ce climat, ny dans la &longs;phere parallele, où nul degré de l'é­clyptique ne &longs;e leue, ny ne &longs;e couche, & où con&longs;equemment nul &longs;igne ne peut &longs;eruir d'Horo&longs;cope, de milieu du Ciel, ou d'autre mai&longs;on. En apres, il y a tou­&longs;iours quelque partie de l'éclyptique dans la Zone froide, quine &longs;e leue ia­mais, & qui e&longs;t tou&longs;iours ca chée &longs;ouz l'horizon, & quel que partie qui e&longs;t tou­&longs;iours &longs;ur l'horizon, & qui ne &longs;e couche iamais: de &longs;orte que cet art ne peut &longs;er­uir qu'entre les Tropiques, c'e&longs;t à dire dans la Zone torride, & dans les tem­perées.

A quoy l'on peut adiou&longs;ter que tout ce que l'on diticy des A&longs;tres, &longs;e trouue autrement au dela de l'E quateur, où le Belier e&longs;t le commencement de l'Au­tomne, & où le Lion gele, au lieu qu'il nous bru&longs;le: Car &longs;'ils répondent que la Balance doit e&longs;tre pri&longs;e en l'autre par­tie du monde pour le Belier, & le Ca­pricorne pour l Ecreui&longs;&longs;e, &c. il faut qu'ils confe&longs;&longs;ent que les exaltations, & les cheutes des planettes, & toutes leurs autres fantai&longs;ies &longs;'en vont parterre.

Mais il n'e&longs;t pas nece&longs;&longs;aire d'aller par dela la ligne pour conuaincre leurs fon­demens de nullité & d'erreur, pui&longs;­que nous experimentons que le me&longs;me climat produit des cho&longs;es &longs;i differentes en me&longs;me temps.

En apres que peuuent-ils répondre aux Topinamboux, qui viuent 200.ans, & dont les femmes engendrent par de­là 90.ans: & où tout ce qu'ils di&longs;ent des riche&longs;&longs;es, des femmes, &c. e&longs;t tres-faux, puis qu'ils ont toutes cho&longs;es en com­mun, & qu'ils n'ont point d'Arts, ni de me&longs;tiers &longs;emblables aux no&longs;tres?

Certainement &longs;i l'on con&longs;idere la di­uer&longs;ité des manieres de viure qui &longs;ont au monde, & la confu&longs;ion des accidens, qui arriuent durant la guerre, & qui n'arriueroient pas durant la paix, l'on confe&longs;&longs;era que toute l'A&longs;trologie e&longs;t ri­dicule, & qu'elle ne contient autre cho&longs;e que des fables.

Quant aux experiences, dont ils &longs;e vantent, Ciceron au liure 2. de la Di­uination, & Sextus ab Heminga auec plu&longs;ieurs autres s'en mocquent, & ce­luy-cy mon&longs;tre par 30. natiuitez d'hon­mes Illu&longs;tres, qu'elles &longs;ont fau&longs;&longs;es: Car Henry II. mourut à 40. ans accomplis, d'vne ble&longs;&longs;eure qu'il receut dans l'œil, contre ce qui luy deuoit arriuer, &longs;uiuant la 4. figure de Sextus, quoy que Gauric, & Cardan luy promi&longs;&longs;ent l'Empire, à rai&longs;on du Soleil, de la Lune, & de

dans l'Horo&longs;cope.

Rodolphe Camerarius s'e&longs;t au&longs;&longs;i trom­pé à la mort d'Henry IV. qu'il auoit predite deuoir arriuer l'am 1603. au mois d'Octobre, comme l'on peut voir dans &longs;a 76. natiuité, car il le menace du dan­ger de &longs;a vie l'an 59. 4. mois, & 21.iour: cr il e&longs;toit né l'an 1553. le 24. Decem­bre, deux heures apres minuit; & la rai­&longs;on qu'il en apporte e&longs;t que le Soleil ar­riuoit par la direction au corps de

, l'Horo&longs;cope au
du me&longs;me
& le mi­lieu du Ciel au
du Soleil.

Ie lai&longs;&longs;e plu&longs;ieurs autres cho&longs;es qui &longs;ont &longs;i fau&longs;&longs;es dans leurs experiences, qu'ils ne &longs;çauroient les lire &longs;ans rougir de honte, & &longs;ans aduoüer qu'il n'y a nulleregle dans toute l'A&longs;trologie, qui n'ayt e&longs;té inuentée fortuitement, & &longs;ans aucune rai&longs;on. Et les erreurs que Car­dan a fait dans &longs;a propre natiuité, font a&longs;&longs;ez voir leur ignorance: car il met

au 21. des II, qui e&longs;toit dans le 18. &
dans le 23. de la Balance, qui e&longs;toit dans le vingt &longs;ixie&longs;me.

Il &longs;e trompe d'vn &longs;igne entier dans la figure de Iean Checi, lors qu'il place

, & Tycho remarque dans la 777. page de la nouuelle étoile, que Cardan fait nai&longs;tre Lurher l'an 1483. à 10. heures du matin, & que Gauric le fait nai&longs;tre l'an &longs;uiuant à vne heure, encore qu'il &longs;oit nay à onze heures, & que l'vn & l'autre &longs;e &longs;oient trompez de 12. iours: Car il nâquit le 10. de Nouembre, & non le 22 comme ils di&longs;ent, & neantmoins ils trouuent leur conte, & accommodent les accidents de &longs;a vie à leur natiuité feinte, & fau&longs;&longs;e: de &longs;orte qu'il faut e&longs;tre plus &longs;tupide que la plus lourde be&longs;te du monde pour croire, & pour s'amu&longs;er à leurs regles.

Ce qu'il &longs;emble que Cardan ayt recon­neu, lors qu'il a dit au chap. 6. du liuze des lugemens, qu'à peine &longs;e rencontre­il 10. cho&longs;es veritables de 40. que l'on predit; il pouuoit dire qu'a peine s'en rencontre-il vne vraye de 4000.

Or il aduouë pour le moins que le men&longs;onge e&longs;t 4. fois plus grand que la verité, & luy me&longs;me &longs;e trompe gran­dement dans la natiuité d'Edoard VI. Roy d'Angleterre, qu'il met la premie­re des 12. qu'il fait: car il luy predit des maladies à l'an 23. 34. & 55. & neant­moins il mourut à 16. ans, quoy que Cardan eu&longs;t employé cent heures à dre&longs;&longs;er cette natiuité.

Il faut encore remarquer qu'ils de­mandent tou&longs;iours &longs;i l'enfant, dont on leur parle, e&longs;t vn ma&longs;le, ou vne femelle, &longs;i les parens &longs;ont riches, ou pauures, & qu'ils répondent ambiguëment, & en general, afin que &longs;i ce qu'ils di&longs;ent n'ar­riue pas, ils pui&longs;&longs;ent expliquer chaque cho&longs;e à leur aduantaǵe; & lors que leurs menteries &longs;ont &longs;i éuidentes qu'ils ne peuuent les pallier, ils di&longs;ent qu'on à failly à prendre la vraye heure de la na­tiuité, qu'il la faut corriger, & qu'il faut v&longs;er d'vne autre maniere de directions.

Ie lai&longs;fe plu&longs;ieurs autres échapatoi-res qui &longs;ont indignes d'vn honne&longs;te hon­me, par ce que la principale faute de cette fable vient de la &longs;tupidité de ceux qui &longs;e lai&longs;&longs;ent abu&longs;er trop ay&longs;ément: Ce qui arriue lors qu'ils &longs;ont portez d'a­mour, de haine, de de&longs;e&longs;poir, ou d'au­tres pa&longs;&longs;ions, qui leur font croire que &longs;il arriue quelque cho&longs;e de ce que l'A­&longs;trologue a predit, que &longs;on arre&longs;t e&longs;t diuin.

Mais lors qu'ils con&longs;idereront que le Soleil, & les autres A&longs;tres ne lui&longs;ent pas dauantage pour les Roys que pour les bergers, & qu'ils roulent au&longs;&longs;i bien pour tous les animaux que pour eux, quoy que le de&longs;tin des be&longs;tes &longs;oit bien éloigné du leur, ils auront honte d'a­uoir e&longs;té de &longs;i legere croyance, & ne &longs;'a­mu&longs;eront pas à ce que di&longs;ent les Hi&longs;to­riens tant anciens que modernes, qui ont e&longs;té curieux de rama&longs;&longs;er les bruits qui courent, & qui donnent &longs;ouuent des contes pour des hi&longs;toires, parce qu'ils &longs;çauent que ces cho&longs;es là &longs;ont biem receuës du peuple, & que ces bour­des &longs;ont leuës auec plai&longs;ir, & attention.

L'on peut voir dans Plutarque qu'O­ctaue & Marius &longs;'e&longs;tant fiez aux A&longs;tro-logues, celuy-la fut trompé: qu'ils pre­di&longs;ent mille cho&longs;es aux Princes pour les &longs;later, comme lors qu'ils predirent l'Em­pire à Augu&longs;te, quoy que cela ne peu&longs;t arriuer que par la mort de Ce&longs;ar, & de Pompée, à qui ils auoient promis vne longue vie, au rapport de Ciceron dans le 2. de la diuination.

Où il faut remarquer, que Scaliger maintient dans &longs;a preface &longs;ur Manile, qu'Augu&longs;te n'e&longs;t pas nay &longs;ouz le Capri­corne Horo&longs;copant, mais plu&longs;to&longs;t &longs;ouz le &longs;igne oppo&longs;é; Quoy que s'en &longs;oit, combien en voit-on qui nai&longs;&longs;ent &longs;ouz l'vn, & l'autre &longs;igne, & qui neantmoins ne &longs;ont ny Princes ny Roys, mais de pauures vignerons? delà vient que Car­dan n'a pas promis vn Empire à Co&longs;me de Medicis dans &longs;a 4. figure, encore qu'il ayt vne natiuité &longs;emblable à celle d'Augu&longs;te, mais &longs;culement la pruden­ce; & bien qu'il &longs;e &longs;oit luy-me&longs;me fait mourir de faim, afin de n'e&longs;tre pas con­uaincu de men&longs;onge dans le iugement de &longs;a natiuité, comme remarque Scali­ger dans ladite preface, il n'a pourtant peu predire la mort de Iean Bapti&longs;te &longs;on fils, qui receut vn coup d'arquebu&longs;e e&longs;tant âgé de 24. ans pour auoir empoi­&longs;onné &longs;a femme, comme a remarqué Sixtus ab Heminga dans &longs;a derniere natiuité. Quant à Pic de la Mirando­le, il e&longs;t mort e&longs;tant âgé de 31. an: Et neantmoins Gauric confe&longs;&longs;e qu'il luy auoit &longs;eulement predit la mort auant 36. ans.

Mais ie ne croy pas que l'on pui&longs;&longs;e parler plus amplement de cetart pre­tendu &longs;ans abu&longs;er dela patience des le­cteurs. C'e&longs;t pour quoy il faut pa&longs;&longs;er à des di&longs;cours plus vtiles, & imiter les Me­decins, qui tirent les alexipharmaques du poi&longs;on, & la Theriaque de la Vi­pere.

COROLLAIRE I.

Ie de&longs;ire que tout le di&longs;cours que i'ay fait de l'A &longs;trologie &longs;entende &longs;eulement de celle que l'on nous a donnée iu&longs;ques àpre&longs;ent, &longs;ans des principes qui pui&longs;&longs;ent contenter l'e&longs;prir, car ie ne veux pas nier que l'om ne pui&longs;&longs;e &longs;çauoir beaucoup de cho&longs;es par la contemplation, & le rapport que les corps cele&longs;tes ont auec la terre, lors que Dieu en aura donné la veritable connoi&longs;&longs;ance à ceux qu'il luy plaira. Et peut-e&longs;tre qu'il ne &longs;e fait riem dans les Elemens, ni dans mixtes de la na­ture qui ne depende de la differente con­&longs;titutiom des A&longs;tres, ou qui ne &longs;oit &longs;ignifié par leurs rencontres, & a&longs;pects, &longs;oit de­uant, &longs;oit à l'heure que les cho&longs;es arri­uent; mais parce que cela n'e&longs;t pas cer­tain, & que nous n'auons nul moyen de le &longs;çauoir, c'e&longs;t perdre le temps que de faire des Horo&longs;copes pour trouuer la qualité du temperament, de l'e&longs;prit, ou des autres cho&longs;es que l'on de&longs;ire &longs;ça­uoir.

COROLLAIRE II.

Tous les di&longs;cours precedens n'e&longs;toient pas nece&longs;&longs;aires pour les Geometres, qui ne doutent pas qu'vne centaine de chan­delles d'vn denier di&longs;per&longs;ées à l'entour d'vne grande &longs;ale, ou d'vne chambre de cent pieds en quarré, ont plus de force &longs;ur celui qui e&longs;t au milieu de ladite chan­bre, que n'ont toutes les e&longs;toiles du Fir­mament &longs;ur les hommes, puis que les chandelles l'éclairent, & l'échauffent dauantage, & con&longs;equemment produi-&longs;ent de plus grandes influences &longs;ur luy que le&longs;dites étoiles, ou que Saturne, Iupiter, Mars, Venus, & Mercure. Ce qu'il faut &longs;emblablement conclurre de la Lune, qui n'a pas plus de force &longs;ur nous qu'vn flambeau de cire qui nous éclaire au&longs;&longs;i fort, & au&longs;&longs;i long-temps, Mais parce que tout le monde ne &longs;e con­tente pas d'vn rai&longs;onnement &longs;i &longs;imple que celuy-cy, il a fallu l'e&longs;tend plus au long.

Si les A&longs;trologues con&longs;iderent que &longs;ouz l'Equateur, ils n'ont nulle rai&longs;on qui les fauori&longs;e pour mettre l'exaltatiom du

plu&longs;to&longs;t dans le Lion, que dans le Ver&longs;eau, ou dans la Balance, que dans le Belier, & que toutes leurs hypothe&longs;es, &, leurs diui&longs;ions manquent &longs;ouz l'équi­noctial, ou &longs;ouz les poles, & qu'ils n'ont iamais fait aucune ob&longs;eruation &longs;i exa­cte qu'ils en voulu&longs;&longs;ent, ou qu'ils en peu&longs;&longs;ent répondre au&longs;&longs;i a&longs;&longs;eurément que d'vn principe de Geometrie, ou de quelqu'autre &longs;cience, i'e&longs;pere qu'ils quitteront cet art, lequel e&longs;t capable de rendre les hommes les plus &longs;ages du monde les plus infames de la terre.

COROLLAIRE III.

I'e&longs;pere faire voir dans vn autre lieu que la terre enuoye plus d'in&longs;luences &longs;ur la Lune, & &longs;ur les autres planettes qu'elie n'en reçoit de toutes les étoiles, & qu'elle n'e&longs;t tout au plus redeuable qu'au Soleil: d'où l'on conclurra par de nouuelles rai&longs;ons, que la Iudiciaire n'a point encore de principes qui nous &longs;oient connus: & que &longs;i ce qui arriue &longs;ur la terre, depend des A&longs;tres, la con­noi&longs;&longs;ance en e&longs;t tellement re&longs;eruéc à Dieu, que les hommes ne peuuent rai­&longs;onnablement la de&longs;irer, ny l'e&longs;perer iu&longs;ques à ce qu'il luy plai&longs;e de la leur reueler.

QVESTION IV.

A &longs;çauoir &longs;i le temperament duparfait Mu&longs;i­cien doit e&longs;tre &longs;anguin, phlegmatique, bi­lieux, ou melancholique, pour e&longs;tre capable de chanter, ou de compo&longs;er les plus beaux airs qui &longs;oient poßibles.

IL e&longs;t tres-difficile de pouuoir tolle­ment rencontrer &longs;ur ce &longs;ujet que l'on &longs;atisface à tout le monde, car quel que cho&longs;e que l'on en pui&longs;&longs;e dire, l'on ne peut produire de demon&longs;trations ceo­metriques pour prouuer quel doit e&longs;tre le temperament d'vn parfait Mu&longs;icien: car encore que ce temperament fu&longs;t po&longs;&longs;ible, neantmoins la difficulté de­meure tou&longs;iours, qui con&longs;i&longs;te à &longs;çauoir quel il doit e&longs;tre pour compo&longs;er les plus beaux chants qui &longs;e pui&longs;&longs;ent faire, ou pour les chanter auec toute la perfectiom qui &longs;e peut imaginer.

Quelques-vns croyent que le melan­cholique e&longs;t le plus propre de tous pour la Theorie de la Mu&longs;ique, dautant qu'il fait ordinairement de &longs;erieu&longs;es refle­xions, qui &longs;ont nece&longs;&longs;aires pour acque­rir la connoi&longs;&longs;ance de la parfaite Com­po&longs;ition, laquelle &longs;uppo&longs;e de profondes meditations &longs;ur toutes les parties de la Philo&longs;ophie, & des Mathematiques.

A quoy ils adioûtent que la terre pre­domine dans le melancholique, qui &longs;e porte auec vne plus grande inclination à la compo&longs;ition, & à l'ordonnance des tons, que le cholere, le &longs;anguin, ou le phlegmatique. Ie lai&longs;&longs;e maintenant le temperament parfaitement naturel, qu'ils preferent à tous les autres.

Or le cholerique tenant des qualitez du feu, e&longs;t plus propre pour la de&longs;tru­ction, à cau&longs;e de &longs;on actiuité, qu'il n'e&longs;t pour la compo&longs;ition: Le &longs;anguin e&longs;t &longs;emblable à l'air, lequel ayant vn corps fort, rare, & &longs;ubtil, ne peut contribuer que bien peu de cho&longs;e à la compo&longs;itiom: & le phlegmatique, qui e&longs;t rapporté à l'eau, n'a pas le corps a&longs;&longs;ez &longs;olide, & ne peut pas beaucoup ayder à la compo&longs;i­tion, à rai&longs;on de &longs;on flus or dinaire, qui ne permet pas que l'e&longs;prit s'arre&longs;te aux hautes pen&longs;ees, & aux &longs;peculations qui &longs;ont nece&longs;&longs;aires pour ce &longs;ujet.

Mais la terre ayant &longs;on corps ferme, & &longs;olide, e&longs;t plus propre que les autres elemens pour la compo&longs;ition des cho­&longs;es, c'e&longs;t pour quoy elle e&longs;t preferable à la lumiere vacillante du feu, à la tran&longs;­parance de l'air, & à la blancheur cou­lante de l'eau; car la con&longs;titution cor­porelle, qui e&longs;t cau&longs;e de &longs;a noirceur, luy donnevne inclination naturelle à la con­po&longs;ition, & rend le melancholique pro­pre pour l'inuention, & pour la compo­&longs;ition de la Mu&longs;ique.

Au contraire le cholerique e&longs;t trop prompt & trop actif, & n'a pas les organes bien di&longs;po&longs;ées pour arranger les &longs;ons, & pour faire de beaux airs. Le &longs;anguin e&longs;t &longs;emblablement trop leger, & trop in­con&longs;tant; & le phlegmatique n'a pas l'i­magination bien temperée à cau&longs;e de &longs;es froides humeurs, & des &longs;uperfluitez qui incommodent &longs;es organes, c'e&longs;t pourquoy ils concluent que le tempe­rament melancholique e&longs;t le plus pro­pre pour la Mu&longs;ique; ce qu'ils confir­ment par les voyelles de l'alphabet, qu'ils appliquent aux quatre tempera­mens; car, di&longs;ent-ils, la voyelle, E, e&longs;t la plus propre de toutes pour la compo­fition des con&longs;ones; dautant qu'elle les fait pre&longs;que toutes, à rai&longs;on de la matie­re, qui répond à la terre, n'y ayant que H, & K, qui &longs;ont formees par la voyel­le A, (laquelle a fort peu de matiere à l'égard de l'E,) & Q, qui e&longs;t formé par V; car I & O e&longs;tans trop &longs;ubtiles & deliés, ne compo&longs;ent aucune con&longs;one.

Ils attribuent V, au &longs;anguin, parce qu'elle a le corps &longs;i rarefié, qu'elle n'a peu compo&longs;er qu'vne con&longs;one. Ils don­nent l'I, au cholerique, & l'A, au phleg­matique, qui ne peut paruenir à la par-faicte compo&longs;ition de la Mu&longs;ique, n'a­yant pas &longs;a matiere a&longs;&longs;ez &longs;olide pour per&longs;i&longs;ter dans le trauail de la Theorie, & dans la &longs;peculation de la Mu&longs;ique, comme fait le melancholique, qui a vn particulier rapport à la voyelle E, qui compo&longs;e B, C, D, G, M, N, P, R, S, T & Z, c'e&longs;t pourquoy il medite perpe­tuellement, & fait des reflexions qui &longs;ont propres pour paruenir à la parfai­cte compo&longs;itiom de la Mu&longs;ique, à la quel­le les autres temperamens ne peuuent arriuer &longs;i ai&longs;ément.

Et &longs;i nous pa&longs;&longs;ons de la Theorie, & de la compo&longs;ition des beaux airs à la Pratique, ils di&longs;ent que le temperament cholerique, & le &longs;anguin y &longs;ont plus propres que les deux autres, dautant que la Mu&longs;ique n'e&longs;t qu'vn jeu diuer&longs;ement me&longs;uré, qui &longs;ert pour &longs;oulager, & pour de&longs;ennuyer l'e&longs;prit: or les &longs;anguins & les choleriques &longs;e portent plus facile­ment à l'exercice des chants, & à tou­tes &longs;ortes de recreations, que les phleg­matiques, ou les melan choliques, qui ont leurs organes, & particulierement leurs voix beaucoup plus gro&longs;&longs;ieres, & plus chargées d'impuretez, à raifon de l'humidité, & de la &longs;echere&longs;&longs;e, qui em­pe&longs;chent le roulement desvoix harmo­nieu&longs;es.

De là vient que le melancholique, & le phlegmatique chantent rarement en comparai&longs;on des &longs;anguins & des choletes, qui &longs;ont plus déchargez d'im­puretez, à cau&longs;e de l'humidité & de la chaleur qui predominent en eux, & qui par con&longs;equent ont plus d'inclination à chanter pour &longs;e re&longs;ioüir dans les di­uer&longs;es rencontres: car chacun &longs;uit le mouuement de &longs;on temperament, con­me il arriue au melancholique, qui &longs;uit le mouuement des ennuis, & de la tri&longs;te&longs;&longs;e, qui luy &longs;ont ordinaires, & qui &longs;ont fort e&longs;loignez des chants & de la joye.

C'e&longs;t pourquoy les Hebrieux qui rapportent quatre de leurs e&longs;prits, ou de leurs lettres aux quatre &longs;u&longs;dits tem­pram ens, approprientleur

hain tres­apre, & tres-rude au melancholique, car il &longs;e prononce des narines, & du go­&longs;ier, comme &longs;i l'on prononçoit gnhain.

Le phlegmatique a vne grande quan­tité d'eau corporifiée, & par con&longs;e­quent il approche de la gro&longs;&longs;iereté du melancholique, & &longs;uit les mouuemens froids & tardifs de l'eau, ce que les He­brieux ont repre&longs;enté par leur e&longs;prit, ou par leur lettre

, qui a la prolation beaucoup plus dure & plus rude que la lettre
, ou
.

Le &longs;anguin &longs;uit les mouuemens &longs;ub­tils de l'air, qui le font chanter plus &longs;ou­uent, c'e&longs;t pourquoy les Hebrieux luy attribuënt la lettre

, qui &longs;e prononce plus doucement & plus mollement que les deux autres
haïn, &
chet; mais tout ce que l'on rapporte de ces lettres, ou des e&longs;prits des lettres & des accents, e&longs;t fabuleux, & n'a point d'autre fonde­ment que la fantai&longs;ie de quelques igno­rans, qui veulent que l'on croye qu'ils &longs;ont &longs;çauans dans vn certain genre de Cabale, qui n'e&longs;t que dans leur imagi­nation.

Finalement le cholerique e&longs;t plus propre pour bien chanter que tous les autres, à rai&longs;on des qualitez du feu qui &longs;e trouuent dans le temperament bi­lieux, & qui font que le cholere roule plus nettement les chan&longs;ons, dautant qu'il n'a point d'empe&longs;chement du co­&longs;té de la matiete melancholique, ny de l'humidité phlegmatique, trop cruë, & propre pour les rheumes, & pour les ca­therres. C'e&longs;t pour quoy les Hebrieux ont donné leur doux

alcph au tempe­rament cholerique, car cette lettre &longs;e prononce &longs;i facilement, & &longs;i doucement qu'elle e&longs;t pre&longs;que imperceptible.

Il e&longs;t donc euident qu'ils donnent le premier rang au bilieux, le &longs;econd au &longs;anguin, le troi&longs;ie&longs;meau phleg matique, & le quatrie&longs;me au melancholique, quand il e&longs;t que&longs;tion de chanter: mais ils en exceptent le cinquie&longs;me tempe­rament, qu'ils comparent à la quinte­e&longs;&longs;ence, ou au Ciel: auquel les He­brieux attribuent leur iod,,, & les La­tins la voyelle O, dautant que ce tem­perament contient les quatre autres en eminence, comme le iod, contient tou­tes les lettres de l'alphabet, & comme le principe contient &longs;es effects La voyelle O e&longs;tant ronde contient toutes &longs;ortes de figures, & les &longs;urpa&longs;&longs;e, comme le cinquie&longs;me temperament, (auquel le parfait temperament peut e&longs;tre rappor­té, que les Medecins appellent ad pon­dus) contient & &longs;urpa&longs;&longs;e tous les au­tres.

Quelques autres croyent que le tem­pera ment &longs;anguin e&longs;t le plus propre pour faire & pour chanter les airs, dau­tant qu'il e&longs;t le plus ioyeux, & qu'il a vne plus grande re&longs;&longs;emblance auec l'air, qui reçoit & qui porte les chants iu&longs;­ques à l'oreille: mais puis que le chant, dont nous parlons icy, doit e&longs;tre agrea­ble à tout le monde, &longs;i le &longs;anguin e&longs;toit propre pour le faire, ou pour le chan­ter, pourquoy les viandes, qui &longs;ont agreables, & propres aux &longs;anguins, ne &longs;ont elle pas au&longs;&longs;i propres, & agreables à toutes &longs;ortes de temperamens, en quel­que âge, &longs;ai&longs;on, ou Prouince qu'ils pui&longs;­&longs;ent &longs;e rencontrer; ce qui e&longs;t contraire aux loix, & aux preceptes des Mede­cins: car on donne vne autre viande aux vieillards, qu'aux enfans, & vne autre aux pituiteux, qu'aux bilieux.

D'ailleurs, la Mu&longs;ique e&longs;tant vn ou­urage de l'imagination rempli de cha­leur, & de &longs;echere&longs;&longs;e, il ne &longs;e peut faire que le &longs;anguin &longs;oit propre pour compo­&longs;er le chant dont nous parlons. A quoy l'on peut adiou&longs;ter que le temperament &longs;anguin n'e&longs;t pas le plus porté à l'excez du plai&longs;ir que la Mu&longs;ique apporte, car il n'y a point de temperament plus pro­pre à la Metriopatie, &longs;i l'on excepte la pa&longs;&longs;ion d'amour: par con&longs;equent enco­re que le temperament &longs;anguin &longs;oit le meilleur de tous les autres, pour ce qui appartient aux actions animales, il n'e&longs;t pas le meilleur pour les actions de l'e&longs;prit.

De là vient que les Naturali&longs;tes di­&longs;ent que les hommes &longs;anguins &longs;ont doux, benins, gracieux, raillards, & de longue vie, mais &longs;tupides & d'vn e&longs;prit pe&longs;ant, & qu'ils ont moins de viuacité que les bilieux, & &longs;ont moins adui&longs;ez, & indu­&longs;tricux que les melancholiques; il ne &longs;'en&longs;uit donc pas que le temperament &longs;anguin &longs;oit le plus propre pour com­po&longs;er les airs de Mu&longs;ique, bien qu'il &longs;oit le meilleur, & le plus propre pour les actions de la vie.

Or cette contrarieté d'opinions fait voir qu'il e&longs;t trop difficile de trouuer le temperament de l'excellent Mu&longs;icien, dont nous parlons: neantmoins puis qu'Apollon a e&longs;té tenu des Anciens pour le Dieu de la Medecine, voyons &longs;i elle nous pourra donner ce temperament, pui&longs;que la complexion n'e&longs;t autre cho-&longs;e qu'vne harmonie, ou vn accord des quatre &longs;imples qualitez elementaires, à &longs;çauoir de la chaleur, de la froideut, de l'humidité, & de la &longs;iccité; ou pour mieux dire, vn mélange du chaud, du froid, du &longs;ec, & de l'humide.

Il faut donc premierement remar­quer que tous les temperamens peu­uent e&longs;tre reduits à deux chefs: car tou­te &longs;orte de temperament e&longs;t temperé, ou intemperé, témoin Galien au liure des temperamens: l'intemperé, e&longs;t celuy qui e&longs;t vicieux, car il empe&longs;che les actions en trois manieres, dautant qu'elles &longs;ont ou deprauées, ou diminuées, ou abo­lies. Le temperé e&longs;t à poids, & égalité, ou à iu&longs;tice; le premier e&longs;t appellé par les Grecs, ei)s sa/qs, & par les Latins adpon­dus, dantant qu'il a portions égales des elemens, de maniere qu'vne qualité ne &longs;urmonte point l'autre. Le &longs;econd e&longs;t appellé ei)s th\n ikaioshn ou ad iu&longs;titiam, qui n'a pas vne égalle portion des elemens; mais c'e&longs;t luy qui rend tous les corps propres, & habiles pour exercer leurs operations, & &longs;e trouue en toutes &longs;ortes de per&longs;onnes plus ou moins temperées, &longs;elon leur âge, leur habitude, leur pays, ou leur maniere de viure.

Quant au premier temperament, Auicenne, Auerroës, & les auttes Ara­bes, di&longs;ent qu'il ne &longs;e peutrencontrer, dautant qu'vn corps mixte qui doit agit, ne peut e&longs;tre compo&longs;é de qualitez qui &longs;oient égaies, & contraires; neantmoins Galien e&longs;t de contraire aduis dans le li­ure de Sanitate tuenda, chap. 1.2. & 3. Car il maintient que cette égalité &longs;e rencon­tre en la peau interieure de l'extremité des doigts d'vn homme temperé à iu­&longs;tice, ce&longs;te peau n'e&longs;tant chaude & hu­mide comme la chair, ny froide & &longs;eche comme le nerf, mais comme vn nerf charneux; car puis qu'elle e&longs;t l'organe du toucher, elle doit e&longs;tre exempte de toutes qualitez e&longs;trangeres, afin qu'elle iuge parfaitement des qualitez qui &longs;e peuuent toucher, ou plu&longs;to&longs;t que le &longs;ens commun ayant receu les images des qualitez par le moyen de la peau, que les Grecs appellent Derme, en &longs;oit le Iu­ge, car les &longs;ens exterieurs ne iugent pas de leurs objets, cette action e&longs;tant trop &longs;ubtile, & trop releuée pour eux: mais il e&longs;t nece&longs;&longs;aire que les organes des &longs;ens &longs;oient bien di&longs;po&longs;ez; autrement le &longs;ens commun e&longs;t &longs;ouuent deçeu, comme il arriue à ceux quiont la jauni&longs;&longs;e, & qui voyent les objets &longs;emblables à la tein­ture de la cornée; c'e&longs;t pourquoy &longs;i le &longs;ens du toucher n'e&longs;toit parfaitement temperé, il ne pourroit faire vn fidelle rapport au &longs;ens commun du froid, du chaud, & des autres qualitez.

Or pour mieux entendre cecy, il faut remarquer qu'il y a deux &longs;ortes de tem­peramens à poids, l'vn admolem, qui a vne égalité de portions elementaires; c'e&longs;t à dire, qu'vn homme temperé en cette façon, auroit vn pied cube de feu, & autant d'air, & d'eau, &longs;uppo&longs;é qu'il cu&longs;t vn pied cube de terre en &longs;a compo­&longs;ition, ou dans &longs;a ma&longs;&longs;e &longs;anguinaire, qui contient les quatre premieres qualitez; ou bien chaque partie pe&longs;eroit autant l'vne que l'autre, encore que leurs gran­deurs fu&longs;&longs;ent inegales; c'e&longs;t à dire que s'il y auoit vne liure de &longs;ang, il y auroit vne liure de phlegme, de bile, & de melancholie, qui feroient quatre liures pour toute la ma&longs;&longs;e du &longs;ang.

Tous les Medecins a&longs;&longs;eurent que ce temperament ne &longs;e peut trouuer, dau­tant que le feu de&longs;truiroit les autres ele-mens, ce que ie ne voudrois pas leur ac­corder, qu'ils ne m'en eu&longs;&longs;ent donné de bonnes rai&longs;ons: car il ne &longs;e faut pas ima­giner que la qualité, qui répond au feu dans le &longs;ang, ou dans le temperament de l'homme, &longs;oit vn feu di&longs;&longs;ipant & de&longs;trui&longs;ant, &longs;emblable à no&longs;tre feu arti­ficiel, mais il e&longs;t pur & cele&longs;te, tel que nous l'imaginons dans l'éther, ou dans les Cieux.

L'autre temperament ad pondus, e&longs;t appellé ad vires, & e&longs;t fait des vertus ou qualitez des elements temperez, tel qu'il &longs;e reneontre dans la peau de la main, comme i'ay dit, & au changement qui &longs;e fait d'vne complexion chaude & humide, dans vne froide & &longs;eiche, e&longs;tant nece&longs;&longs;aire de pa&longs;&longs;er par le milieu bien temperé pour arriuer à l'autre extremi­té; ce que ie ne leur accorde pas au&longs;&longs;i, car il &longs;e trouue quantité de cho&longs;es qui peuuent pa&longs;&longs;er d'vne extremité à l'au­tre, &longs;ans pa&longs;&longs;er par le milieu: Par exem­ple, on pa&longs;&longs;e d'vn &longs;on donné à l'Octaue, à la Quinte, à la Tierce, & la Douzie&longs;­me, auecles flu&longs;tes, les trompettes, les Orgues & les voix, &longs;ans pa&longs;&longs;er par les &longs;ons du milieu, comme i'ay remarqué ailleurs; ce qui arriue au&longs;&longs;i aux angles qui &longs;e font par le cercle, & par &longs;a tan­gente, comparez aux angles faits par la me&longs;me tangente, & par le diametre, ou par le diametre auec le cercle. Mais ie ne veux pas m'étendre plus amplement &longs;ur ce &longs;ujet, afin de venir à la conclu&longs;iom, qu'ils tirent de ce qui a e&longs;té dit, à &longs;ça­uoir que le parfait Mu&longs;icien doit auoir le temperament advires, dautant que Galien en&longs;eigne au &longs;econd liure des Temperamens, & au premier liure de &longs;anitate tuenda, chap. 6. que celuy qui e&longs;t tres-temperé, e&longs;t tres-prudent, tel que doit e&longs;tre le parfait Mu&longs;icien.

De plus, celuy qui a acquis le degré de perfection, e&longs;t courtois, amiable & affable; il n'e&longs;t trop cholere, ny trop gay, ny trop tri&longs;te: il e&longs;t doux, humble, patient au trauail, ayant vne modera­tion dans &longs;es mœurs, & en &longs;es actions, qui e&longs;t proportionnée à la beauté de &longs;on corps, ou à la perfectiom de &longs;on tem­perament.

Les autres complexions ont leurs vices, & leurs imperfections: car le &longs;an­guin e&longs;t trop gay, & ne demande qu'à tire & à &longs;auter, comme Galien a remar-qué dans &longs;on Commentaire &longs;ur le liure qu'Hipocrate a fait des humeurs: le bilieux e&longs;t trop courageux, trop fa&longs;­cheux, & trop cholere: le melancho­lique e&longs;t &longs;oupçonneux, difficile à appai­&longs;er, & à corriger, & trop tri&longs;te & crain­tif, comme dit Hipocrate en &longs;es Apho­ri&longs;mes: le pituiteux e&longs;t pare&longs;&longs;eux, a&longs;­&longs;oupy, & oublieux, le phlegme n'e&longs;tant pas propre pour rendre vn homme inge­nieur, à rai&longs;on de &longs;a froideur, & de &longs;on humidité; c'e&longs;t pourquoy toutes ces quatre complexions e&longs;tans vicieu&longs;es, comme témoignent les âges, les &longs;aisons, & les pays au&longs;quels les humeurs domi­nent, il faut choi&longs;ir le temperament ad pondus, expliqué comme nous auons fait, &longs;i nous voulons trouuer vn parfait Mu­&longs;icien; car encore que chaque humeur ait quelque cho&longs;e qui pui&longs;&longs;e &longs;eruir à la perfection du Mu&longs;icien, neantmoins chacune a som vice, & nulle ne peut e&longs;tre comparée à la perfection du tempera­ment advires, qui contient en vertu & en éminence tout ce qui peut y auoir de perfection dans les autres.

Or apres auoir parlé du temperament qui e&longs;t requis pour faire vn parfait Mu-&longs;icien, il faut dire quelque cho&longs;e de la proportiom que les humeurs ont en&longs;em­ble; & partant &longs;uppo&longs;er qu'il &longs;e rencon­tre trois &longs;ortes d'humeurs dans le corps humain, dont les vnes &longs;ont alimentai­res, comme celles qui &longs;ont contenuës dansles veines, & qui font la ma&longs;&longs;e du &longs;ang; les autres &longs;ont des excremens vtiles, non pour la nourriture, mais pour d'autres v&longs;ages de&longs;tinez par la nature; car la bile e&longs;t contenuë dans la ve&longs;icu­le, qui e&longs;t attachée au foye, pour &longs;eruir à faire vuider les excrements; & la me­lancholie e&longs;t dans la rate pour y e&longs;tre é­labourée, & de là portée dans l'e&longs;to­mach par le conduit que l'on appelle, vas breue, afin d'exciter l'appetit.

Il y a vn autre humeur &longs;ereux, qui e&longs;t inutile pour la nourriture, mais il e&longs;t tres-nece&longs;&longs;aire pour détremper le &longs;ang trop épais, qui ne pourroit autrement e&longs;tre porté dans les veines capillaires.

Les autres humeurs &longs;ont contre na­ture, & cau&longs;ent les maladies, dont l'vne e&longs;t la melancholie, qui prouient d'vne chaleur pourri&longs;&longs;ante, & tournée en cendre; l'autre e&longs;t engendrée de la cho­lere vitelline, & la 3. du phlegme pour­y dans les veines.

Le phlegme contre nature e&longs;t celuy qui e&longs;t aigre, ou &longs;alé dans les veines, le­quel e&longs;tant hors des veines, e&longs;t &longs;ubtil, ou vi&longs;queux, ou vitreux, ou gyp&longs;eux.

La cholere qui &longs;'engendre és veines &longs;'appelle vitelline, & dans le ventricule porracée: l'érugineu&longs;e e&longs;t de couleur de pa&longs;tel, & e&longs;t appellée i&longs;atodes: il y en a encore vn autre qui e&longs;t rouge. Cecy e&longs;tant po&longs;é, voyons la perfection des humeurs alimentaires qui font la ma&longs;&longs;e du &longs;ang, qui e&longs;t compo&longs;ée de quatre parties, comme nous mon&longs;tre le laict compo&longs;é de quatre &longs;ub&longs;tances, à &longs;ça­uoir du beurre, qui retient deux &longs;ub­&longs;tances qui répondent à la bile & au &longs;ang; du fromage, & du petit laict: & l'exem­ple du vin rapporté par Galien, car la fleur repre&longs;ente la cholere, qui e&longs;t la plus &longs;ubtile des humeurs, & qui paroi&longs;t tou&longs;iours au de&longs;&longs;us de couleur d'or, & lui&longs;ante.

La lie repre&longs;ente l'humeur melancho­lique, qui e&longs;t tou&longs;iours au de&longs;&longs;ous, à cau&longs;e de &longs;a pe&longs;anteur, car elle e&longs;t la lie du &longs;ang. La verdeur, ou aquo&longs;ité du vin e&longs;t &longs;emblable au phlegme: & la pure li­queur du vin repre&longs;ente le &longs;ang: par où il e&longs;t ai&longs;é d'entendre la di&longs;tinction des humeurs, qui con&longs;i&longs;te dans leur cou­leur, &longs;aueur, v&longs;age & autres &longs;emblables proprietez. Or leur proportion peut e&longs;tre connuë par la &longs;aueur, qui e&longs;t dou­ce au sang, amere à la bile, fade au phleg­me, & aigre & picquante dans l'humeur melancholique: Car l'experience fait voir que &longs;i &longs;ur vne chopine, ou &longs;ur vne liure de quelque liqueur douce, l'om ad­iou&longs;te huict onces de liqueur fade, qua­tre de liqueur aigre, & vne d'amere, & qu'on fa&longs;&longs;e boüillir le tout auec vn feu moderé corre&longs;pondant àno&longs;tre chaleur naturelle, douce, & benigne, & plu­&longs;to&longs;t &longs;emblable à l'elixation, qu'à l'a&longs;­&longs;ation, qu'il &longs;e fera vne liqueur douce de ces liqueurs me&longs;lées en&longs;emble; par con&longs;equent il &longs;e doit trouuer vne telle proportion dans la ma&longs;&longs;e du &longs;ang com­po&longs;ée de doux, d'in&longs;ipide ou fade, & d'amer ou d'aigre.

Cecy e&longs;tant po&longs;é, toutes les Con&longs;o­nances des Pythagoriciens, qui &longs;e trou­uent dans le nombre quaternaire, &longs;e ren­contrent au&longs;&longs;i dans le temperament d'vn parfait Mu&longs;icien, car la double Octaue e&longs;t d'vn à quatre, la Douzie&longs;me d'vn à trois, & l'Octaue d'vn à deux, la Quinte de deux à trois, & la Quarte de trois à quatre, de maniere que ce tem­perament e&longs;t Harmonique.

Or ceux qui trouuent que le tempe­rament &longs;anguin e&longs;t le plus excellent & le pl9 propre pour faire de beaux chants, &longs;oit que les chan&longs;ons doiuent e&longs;tre &longs;an­guines & jouiales, ou bilieu&longs;es & cho­leriques, ou melancholiques, tri&longs;tes & phlegmatiques, di&longs;ent que le tempera­ment &longs;anguin e&longs;t fait d'vne égale tem­perature des quatre humeurs &longs;ur le&longs;­quelles le &longs;ang domine; de maniere que celuy qui aura ce temperament, &longs;era comme neutre & &longs;urnageant, & con&longs;e­quemment capable de faire de beaux chants &longs;ur toutes &longs;ortes de &longs;uiets: Mais le bilieux &longs;e plai&longs;t à vne Mu&longs;ique bru&longs;­que, &longs;oudaine & aiguë, le melancholi­que à la graue & à la tri&longs;te; ce qu'on re­marque à la Mu&longs;ique du Caurroy, qui e&longs;toit d'vn temperament melancholi­que. Ie &longs;çay qu'il y a des Mu&longs;iciens qui font & qui chantent toutes &longs;ortes de chan&longs;ons, bien qu'ils ne &longs;oient pas &longs;an­guins: Mais on peut dire qu'ils ont cet­te perfection, & ce&longs;te inclination de leurs ance&longs;tres qui &longs;e fait &longs;ouuent voir à la troi&longs;ie&longs;me & quatrie&longs;me generatiom, ou que les influences des Cieux ont con­tribué à ce&longs;te generation, & qu'elles font d'excellens Mu&longs;iciens, Poëtes, Ora­teurs, Iuri&longs;con&longs;ultes, &c. de toutes &longs;or­tes de temperamens. Nous pouuons neantmoins rapporter ce&longs;te grande dif­ference d'e&longs;prits au principe metaphy­&longs;ique de l'indiuiduation, dont nous ne &longs;çauons point d'autre rai&longs;on, ou d'autre cau&longs;e efficiente que la volonté de Dieu. Mais &longs;i nous nous tenons dans les bor­nes & dans les regles des temperamens, nous pouuons dire que chaque Mu&longs;i­que a &longs;a perfection; par exemple, que la bilieu&longs;e a la &longs;ienne, fans faire com­parai&longs;on des vnes aux autres; car tel e&longs;t rauy par vn chant melancholique, qui ne &longs;e plai&longs;t point aux chants gays, & ioyeux.

L'on peut au&longs;&longs;i parler dutempera­ment d'vn Mu&longs;icien, &longs;uiuant les prin­cipes de l'Alchymie (encore que ie ne veuille pas icy di&longs;puter de la verité de &longs;es principes) car le fel répond à la ter­re, & à la melancholie: c'e&longs;t pourquoy l'A&longs;ne e&longs;tant melancholique au qua-trie&longs;me degré, a plus de &longs;el, de froid,de &longs;ec, qu'il n'a des autres principeAu contraire le Lion e&longs;t bilieux au mme degré: car il a plus de feu, & de &longs;ophre: le Loir e&longs;tant d'vn temperamehumide, & froid, a plus d'eau & de mecure, & la Perdrix e&longs;tant &longs;anguine,vn temperament chaud & humiddautant qu'elle a plus d'air, & de &longs;ouphre.

Mais pour parler des hommes à prportion, il faut remarquer que comnil y a quatre &longs;ortes d'humeurs & de tperamens dans les hommes, que chque temperament peut e&longs;tre encore dui&longs;é en trois degrez: par exemple le blieux peut auoir vn, deux, ou trois dgrez de bile, dont l'vn tient plus denature du feu en &longs;on excez: le &longs;econen &longs;a mediocrité, & le troi&longs;ie&longs;me enremi&longs;&longs;ion, ou en &longs;on affoibli&longs;&longs;ement, lquel aproche du temperament &longs;anguicomme le troi&longs;ie&longs;me degré du &longs;angue&longs;t proche du premier degré du phlematique, & le troi&longs;ie&longs;me du phlegmtique e&longs;t qua&longs;i le premier du melanchlique.

Cecy e&longs;tant po&longs;é, nous pouuons dique le temperament le plus propre pour la Mu&longs;ique e&longs;t le &longs;ulphureux temperé de parties égales de Mercure, & de Sel, pourueu que le &longs;oulphre &longs;oit en plus grande quantité, ou du moins qu'il ayt vne plus grande vertu, afin que le tem­perament de celuy qui doit auoir vne tres-excellente voix, &longs;oit analogue, & proportionné aux chordes des in&longs;tru­mens qui &longs;onnent mieux, & dont on v&longs;e &longs;ouuent, à &longs;çauoir aux chordes de letom, & d'acier: c'e&longs;t pourquoy les trompettes &longs;ont d'airain, afin de rendre vn &longs;on plus clair, plus éclattant, & plus agreable. Quant au Mercure, & au phlegme, il rend la voix ca&longs;&longs;e, &longs;ourde & foible, con­me l'on void en ceux qui ne viuent que de poi&longs;&longs;on, lequel e&longs;t froid, & humide: & le &longs;el, ou la terre la rend trop &longs;eiche, & trop rude, comme il arriue aux la­boureux, & aux autres ouuriers qui &longs;e nourri&longs;&longs;ent d'aliments fort gro&longs;&longs;iers. Voila vne bonne partie de ce que l'on peut dire du temperament du Mu&longs;i­cien, par les principes de la Medeci­ne, & de l'Alchymie: mais l'experien­ce nous fai&longs;ant voir d'excellents Mu&longs;i­ciens de toutes &longs;ortes de temperaments, ic ne croy pas que toutes ces rai&longs;ons preuuent autre cho&longs;e que la foible&longs;&longs;e, & les tenebres de l'e&longs;prit humain.

Les A&longs;trologues &longs;e promettent de pouuoir trouuer ce temperament en e&longs;tabli&longs;&longs;ant le theme, ou la po&longs;ition du Ciel, &longs;ouz laquelle doit nai&longs;trc le Mu­&longs;icien pour e&longs;tre parfait en &longs;on art: mais nous auons mon&longs;tré cy-deuant qu'ils &longs;e trompent, au&longs;&longs;i bien que les Phy&longs;io­nomes, & les Chiromanciens, qui di­&longs;ent que ce Mu&longs;icien auroit vne certai­ne configuration de vi&longs;age, & certaines lignes dans les mains, qui &longs;ignifiroient &longs;a perfection en l'art de Mu&longs;ique.

Neantmoins i'ay voulu rapporter ce que l'on peut dire &longs;ur ce &longs;uiet, afin que l'on voye iu&longs;ques où &longs;e porte l'imagina­tion des hommes, & que l'on reconnoi&longs;­&longs;e le men&longs;onge, & l'erreur.

COROLLAIRE I.

L'on peut adiou&longs;ter 4. autres hu­meurs, dont parle Auicenne, aux pre­cedentes, à &longs;çauoir celle qui n'a point de nom, laquelle n'e&longs;t autre cho&longs;e que le &longs;ang, qui &longs;'approche de la partie du corps, qui doit e&longs;tre nourrie. La 2. e&longs;t appellée ro&longs;ee, qui n'e&longs;t autre cho&longs;e que la precedente, qui &longs;ort des veines ca­pillaires pour arro&longs;er ladite partie; & lors que cette ro&longs;ee commence à &longs;atta­cher à la partie, qui &longs;e nourrit, elle e&longs;t nommée glus, ou colle; & finalement elle &longs;'appelle cambium, quand elle &longs;e change en la partie: de &longs;orte que les Medecins appellent ces 4. humeurs, innominatus, ros, gluten & cambium, qui &longs;uiuent les 4. premieres, dont &longs;e fait la ma&longs;&longs;e du &longs;ang.

Or ils tiennent que toutes les e&longs;peces de fiéure hectiques s'attachent à ces 4. dernieres humeurs, & que la 4. e&longs;pece, qu'ils appellent mara&longs;me, con&longs;omme en­tierement la chaleur naturelle, & l'hu­mide radical, qui &longs;e rencontre particu­lierement dans la derniere de ces 4. &longs;e­condes humeurs.

Quant aux 4. premieres, il e&longs;t euident que chacune a &longs;a fiéure particuliere, qui e&longs;t continue &longs;ans rela&longs;che, lors qu'el­le e&longs;t dans le &longs;ang, comme elle e&longs;t quo­tidienne dans le phlegme, tierce dans la bile, & quarte dans la melancholie. Ie lai&longs;&longs;e vne infinité de differentes fié-ures, qui &longs;ont engendrées par le mélan­gé de ces 4. humeurs, & tout ce que l'on peut dire de l'idio&longs;yncra&longs;ie des Mu­&longs;iciens, parce que ie ne voy pas que par cette voye l'on pui&longs;&longs;e determiner aucu­ne chò&longs;e du temperament qu'ils doi­uent auoir pour e&longs;tre parfaits en leur art, qui dépend le plus &longs;ouuent de l'é­ducation, de la longue habitude, & du grand trauail. Neantmoins l'on peut lire ce qui e&longs;t dit de cette idio&longs;yncra&longs;ie, dans la 559. page des Commentaires &longs;ur le texte de la Gene&longs;e.

COROLLAIRE. II.

Il e&longs;t tre&longs;-ay&longs;é de conclurre de tour le di&longs;cours precedent, que le tempera­ment, & les humeurs ne dominent pas tellement à la rai&longs;on, qu'elle ne demeu­re dans &longs;a liberté, & qu'elle n'en pui&longs;&longs;e &longs;urmonter les vices, & les imperfections, car il e&longs;t au&longs;&longs;i ay&longs;é de corriger le tempe­rament, ou l'inclination, qui porte au larrecin, ou à quelqu'autre mauuai&longs;e action, comme il e&longs;t ay&longs;é au Mu&longs;icien melancholique de compo&longs;er des chants, & des airs gays; ce qu'il fait par les ra-gles de l'art, qui arment la rai&longs;on con­tre le &longs;ens, & l'e&longs;prit contre le tempe­rament. Or l'art de bien viure a des regles qui &longs;ont du moins au&longs;&longs;i bien e&longs;ta­blies que celles des compo&longs;itions de Mu&longs;ique, & qui donnent vne &longs;i grande lumiere à la rai&longs;on, qu'elle peut &longs;urmon­ter toutes les mauuai&longs;es habitudes des humeurs, dautant que les regles dont elle v&longs;e, viennent de Dieu, qui adjou&longs;te la force de &longs;a grace, & de &longs;on a&longs;&longs;i&longs;tance à la clarté de &longs;es loix; dont on peut ex­pliquer ce ver&longs;et du P&longs;alme 4. Signatum e&longs;t &longs;uper nos lumen vultus tui domine, dedi­&longs;ti lætitiam in corde meo.

QVESTION V.

Quelle doit e&longs;tre la capacité, & la &longs;cience d'vn parfaict Mu&longs;icien.

LEs &longs;ciences ont iuré entr'elles vne inuiolable &longs;ocieté, il e&longs;t qua&longs;i im­po&longs;&longs;ible de les &longs;eparer, car elles &longs;ouf­frent plu&longs;to&longs;t que l'on les déchire; & &longs;i quelqu'vn s'y opinia&longs;tre, &longs;on trauail ne luy en arrache que des lambeaux im-parfaicts & confus. Elles ne viennent pourtant pas toutes en&longs;emble, mais el­les &longs;e tiennent tellement par la main, qu'elles &longs;e &longs;uiuent d'vn ordre naturel qu'il e&longs;t dangereux de changer, parce qu'elles refu&longs;ent d'entrer autrementelles &longs;ont appellees. Et l'experience fait voir que quand on en veut retenir vne par force, qu'elle demeure tou&longs;iours tournée du co&longs;té des autres, & qu'elle les appelle au &longs;ecours, en mépri&longs;ant tel­lement celuy qui luy fait violence, qu'el­le ne daigne pas &longs;eulement luy donner vne œillade agreable. De là vient que plu&longs;ieurs &longs;e &longs;ont tourmentez en vain, qui ne &longs;çachans à qui s'en prendre, &longs;e &longs;ont accu&longs;ez eux me&longs;mes, plu&longs;to&longs;t que le de&longs;ordre qui les a reduits aux termes de n'auoir iamais peu obtenir les bon­nes graces de Minerue. Neantmoins il n'e&longs;t pas nece&longs;&longs;aire de les affectionner toutes égallement, car peu de gens y reü&longs;&longs;i&longs;&longs;ent, d'autant que la vie des hom­mes e&longs;t trop courte pour vne telle en­trepti&longs;e; de là vient que la plu&longs;part de ceux qui s'y &longs;ont engagez, ne les ont qua&longs;i peu reconnoi&longs;tre, tant s'en faut qu'ils ay ent eu loi&longs;ir de penetrer leurs my&longs;teres, & les &longs;ecrets de leur plus &longs;ou­ueraine beauté. Ce qui a fait iuger aux plus adui&longs;ez, qu'il e&longs;toit plus à propos d'en choi&longs;ir vne particuliere &longs;elon &longs;on inclination, en faueur de laquelle l'on peu&longs;t inuiter toutes les autres, comme compagnes in&longs;eparables.

Et veritablement il &longs;eroit à de&longs;irer que chacun en v&longs;a&longs;t de la &longs;orte, c'e&longs;t à dire qu'apres les teintures vniuer&longs;elles des &longs;ciences, l'on s'appliqua&longs;t à la partie que l'on affectionne le plus. Il y a long­temps que la Philo&longs;ophie &longs;eroit en vn degré bien haut, &longs;i nos deuanciers, & nos peres eu&longs;&longs;ent mis cecy en pratique; & nous ne perdrions pas le temps aux premieres difficultez, qui &longs;e pre&longs;entent maintenant au&longs;&longs;i rigoureu&longs;es qu'aux pre­miers &longs;iecles qui les ont remarquées. Nous aurions l'experience des Pheno­menes a&longs;&longs;eurez, qui &longs;eruiroient de prin­cipes à vn &longs;olide rai&longs;onnement: la ve­rité ne &longs;eroit pas &longs;i profondément aby&longs;­mée; la nature auroit quitté la plu&longs;part de &longs;es enuelopes, l'on verroit les mer­ueilles qu'elle contient dans tous &longs;es in­diuidus: la lumiere &longs;eroit au&longs;&longs;i claire à l'entendement, qu'aux yeux: les o deurs, odeurs les &longs;aueurs, & toutes les quali­tez &longs;en&longs;ibles &longs;eroient au&longs;&longs;i familieres à l'e&longs;prit, qu'aux pui&longs;&longs;ances qui en &longs;ont capables: & nous aurions vn comman­dement &longs;i ab&longs;olu &longs;ur les &longs;ens, & &longs;ur l'har­monie, qu'ils &longs;eroient flexibles à toutes nos pen&longs;ées.

Or ie ne &longs;uis pas le premier Autheur de ces plaintes, il y a long-temps qu'el­les &longs;e font oüir, & qu'elles re&longs;onnent dans la bouche de tout le monde, quoy que per&longs;onne n'y remedie, car encore que l'on en reconnoi&longs;&longs;e bien la faute, nul ne la veut reparer: & l'entendement de l'homme preuenu du de&longs;ir, & de l'an­bitiom de tout &longs;çauoir, &longs;e de&longs;tourne d'vn attachement particulier pour écumer le general au&longs;&longs;i vi&longs;te que les autres, dau­tant que l'vnique appas de &longs;on e&longs;tude e&longs;t l'eclat, qu'il ne trouue pas dans la re­cherche des principes, qu'il inge diffi­cile, & trop vetillarde: Et bien qu'ils &longs;oient la retraitte de la verité, la de&longs;­cente en e&longs;t trop &longs;eabreu&longs;e: la plu&longs;part des hommes &longs;ont bien ai&longs;es de trouuer œuure faite, mais peu &longs;y veulent appli­quer, & plu&longs;ieurs croyent que cette re­cherche e&longs;t inutile, ou ridicule: au&longs;&longs;i toute l'antiquité en a-elle à peine trois ou quatre, qui n'ayent eu ces con&longs;ide­rations, & qui n'ayent méprisé ces plain­tes. Pour moy ie ne veux pas les faire en vain, c'e&longs;t pourquoy ie me joints volontiers au moindre nombre que i'e­&longs;time le meilleur, & le plus vtile: ceux qui ne manqueront pas tout à fait de rai&longs;on, iugeront &longs;i i'en ay eu, & &longs;i mes &longs;peculations ont adiou&longs;té quelque cho­&longs;e à la perfection de la Mu&longs;ique, que i'ay particulierement embra&longs;&longs;ée, enco­re que ie l'aye rencontrée fort impar­faicte. Sí quelqu'vn a la me&longs;me affe­ction, il en pourra tirer plus de profit que moy: car il la trouuera dans vn meil­leur ordre, & auec plus de grace, pour­ueu qu'il la con&longs;idere dans l'idee que i'en trace icy gro&longs;&longs;ierement, laquelle luy apprendra les cho&longs;es qui &longs;ont nece&longs;&longs;ai­res à cette &longs;cience, que nos peres ont re­ueree, comme diuine. De là vient qu'ils ont accu&longs;é de &longs;acrilege ceux qui la pro­fanoient: il y reconnoi&longs;tra &longs;es ornemens & &longs;a beauté, laquelle empe&longs;chera de­&longs;ormais qu'elle &longs;oit mépri&longs;ée: il &longs;çaura les lieux d'où elle les emprunte, & les moyens qu'elle tient pour s'en parer, afin que la po&longs;&longs;edant auec toutes &longs;es circon&longs;tances, il la rende digne des loüanges de Dieu.

I'entends donc par la Mu&longs;ique, la &longs;cience des &longs;ons & de l'harmonie, pour la­quelle ie de&longs;ire premierement que le Mu&longs;icien ait de l'inclination, car on ne reü&longs;&longs;it guere aux cho&longs;es qui ne plai&longs;ent pas. Il faut au&longs;&longs;i qu'il ait vn e&longs;prit &longs;ub­til, & docile, parce que les difficultez y &longs;ont ab&longs;tru&longs;es, & qu'il faut apprendre de plu&longs;ieurs. Il doit e&longs;tre pa&longs;&longs;ablement ver&longs;é aux lettres humaines, comme &longs;ont la Grammaire, la Rhetorique, l'Hi­&longs;toire, & la Chronologie, & particu­lierement en la Poë&longs;ie, car les vers &longs;ont principalement faits pour chanter: la Grammaire polit les paroles, la Rheto­rique leur pre&longs;te &longs;es figures & &longs;es mou­uemens; les fables l'enrichi&longs;&longs;ent, & l'hi&longs;toire leur donne de l'authorité: & puis il e&longs;t bien &longs;eant à vn homme d'ho­norable profe&longs;&longs;ion, de &longs;çauoir quels ont e&longs;té les inuenteurs de la Mu&longs;ique, les beaux effects que l'Antiquité en a ad­mirez, & la di&longs;tinction des temps au&longs;­quels ces cho&longs;es &longs;ont auenuës, ce qu'il apptendra de la Chronologie: car ou-tre que cela e&longs;t ab&longs;oluëment nece&longs;&longs;aire à tout homme qui embra&longs;&longs;e les lettres à quelque de&longs;&longs;ein que ce &longs;oit, elles rele­ueront la Mu&longs;ique, & mettront le Mu­&longs;icien d'autant plus en credit, que l'on verra &longs;a &longs;cience mieux appuyée de tou­tes les connoi&longs;&longs;ances, dont les hommes ont tou&longs;iours fait vn particulier e&longs;tat: au lieu qu'ayant e&longs;té, comme on la void encore à pre&longs;ent, reduite à la routine de trois ou quatre mi&longs;erables accords, accompagnez &longs;ouuent d'vne voix de­&longs;agreable, & mercenaire, elle e&longs;toit de­uenuë comme vne abiecte Mene&longs;triere, n'ayant point &longs;ouuent d'autre retraite que parmy les cho&longs;es qui &longs;eruent aux infames plai&longs;irs.

Ie de&longs;ire encore qu'il &longs;oit con&longs;ommé en toutes les parties de la Philo&longs;ophie, à &longs;çauoir dans la Dialectique, dans la Phy&longs;ique, dans la Morale, & dans la Theologie, car &longs;ans l'intelligence des principes, des di&longs;tinctions, & des analy­&longs;es, le bon rai&longs;onnement luy manque, &longs;ans lequel il ne peut auoir la connoi&longs;­&longs;ance des cho&longs;es naturelles, qui luy e&longs;t tellement nece&longs;&longs;aire, que &longs;ans elle il n'entendra iamais la nature du &longs;on, veu qu'il &longs;e tire au&longs;&longs;i differemment de tou­tes &longs;ortesde corps, qu'eux me&longs;mes &longs;ont differents, comme du bois, des metaux, des pierres, & des autres matieres dont on fait les in&longs;truments; à quoy &longs;eruent au&longs;&longs;i les diuers temperamens, & les qua­litez de l'air, & des autres cho&longs;es liqui­des, qui &longs;ont le vehicule du &longs;on & de la voix. D'où l'on peut ai&longs;ément conclu­re, qu'il e&longs;t obligé à la &longs;peculation de toutes les cho&longs;es naturelles, à &longs;çauoir des corps &longs;en&longs;ibles, & des in&longs;en&longs;ibles en toutes leurs differences, non &longs;eulement &longs;elom la Phy&longs;ique, mais au&longs;&longs;i&longs;elon la Me­decine, dont il doit apprendre quelles &longs;ont les organes de la voix, quelles en &longs;ont les maladies, & comme il la faut con&longs;eruer, & la guerir.

Et parce que &longs;on principal de&longs;&longs;ein con&longs;i&longs;te à adoucir les pa&longs;&longs;ions, à rame­ner les e&longs;prits à la droice rai&longs;on, & à ex­citer les affections de &longs;es auditeurs à la pieté, & au &longs;eruice diuin, comment en viendra-il à bout &longs;ans la Morale, & &longs;ans la Theologie, dont la premiere luy ap­prend les diuers mouuemens de l'e&longs;prit &longs;en&longs;itif, & du rai&longs;onnable, & l'autre luy en&longs;eigne les cho&longs;es qui &longs;eruent à la louan­ge de Dieu, qui par commandement expres l'a voulu receuoir des hommes en ce&longs;te maniere.

La nece&longs;&longs;ité qu'a la Mu&longs;ique des &longs;up­putations, & des rai&longs;ons qui la con&longs;ti­tuent, l'attachent in&longs;eparablement aux Mathematiques, qui outre cela luy fourni&longs;&longs;ent la nature des reflexions pour le redoublement des &longs;ons, & pour le re­renti&longs;&longs;ement des voix, c'e&longs;t pourquoy elle a droit d'ordonner des ba&longs;timens propres aux concerts: ce qui l'oblige encore à l'Architecture, & par con&longs;e­quent à la Pourtraicture, tant pour ce­la, que pour de&longs;&longs;eigner les nouueaux in&longs;trumens que le Mu&longs;icien peut inuen­ter en corrigeant les vns, & adiou&longs;tant aux autres, & pour ordonner des grot­tes, & des machines hydrauliques, & pncumatiques, qu'il rendra capables de toute &longs;orte d'harmonie.

Il e&longs;t donc ecrtain que pour acquerir la perfection de la Mu&longs;ique, il n'y a rien que l'e&longs;prit ne doiue mettre en be&longs;on­gne de toutes les cho&longs;es qui &longs;e peuuent &longs;çauoir & pratiquer: & bien qu'il &longs;oit tres-difficile que ce&longs;te perfectiom &longs;e ren-contre dans vne me&longs;me per&longs;onne, il e&longs;t neantmoins à propos que l'on connoi&longs;­&longs;e par ce de&longs;&longs;ein, en quoy elle con&longs;i&longs;te, afin que l'on ta&longs;che d'en approcher le plus que l'on pourra; & que ce&longs;te &longs;cien­ce ne &longs;oit plus &longs;i mépri&longs;ée comme elle a e&longs;té iu&longs;ques à pre&longs;ent; mais qu'e&longs;tant couronnée de toutes les fleurs qui luy appartiennent, elle &longs;oit honorée &longs;elon &longs;a beauté, & capable d'entrer chez les Princes & les Roys, & finalement qu'el­le &longs;oit digne d'e&longs;tre pre&longs;entée au Sou­uerain Autheur de toutes cho&longs;es.

QVESTION VI.

A &longs;çauoir &longs;i le &longs;ens de l'ouye doit e&longs;tre le iuge de la douceur des &longs;ons, & des conceres, ou &longs;i cet office appartient à l'entendement.

CEtre que&longs;tion n'a pas e&longs;té meuë d'aujourd huy, elle a donné de la peine aux plus grands hommes du mon­de, comme à Pythagore, Platon, Ari­&longs;toxene, Ptolomée & à plu&longs;ieurs au­tres, dont les vns ont deferé le iuge-ment des &longs;ons à la &longs;eule rai&longs;on, les au­tres aux &longs;ens, & les autres ont conioint le &longs;ens à la rai&longs;on. Ceux qui di&longs;ent que le &longs;ens de l'oüie doit e&longs;tre le iuge de la Mu&longs;ique, &longs;'appuyent &longs;ur ce rai&longs;onne­ment. Si l'office, di&longs;ent-ils, de iuger des &longs;ons appartenoit à l'ame raisonnable, ou à la rai&longs;on, elle iugeroit tou&longs;iours de la me&longs;me façon, d'vn me&longs;me concert, & tous les hommes trouueroient les con­certs d'vne me&longs;me bonté, car toutes nos ames &longs;ont égales, n'y ayant nulle autre difference entre les e&longs;prits des hom­mes, que celle qui vient des organes, & du temperament vniuer&longs;el de tout le corps, & du particulier, & &longs;pecifique de chaque partie d'iceluy. Or le iugement le dépend point des organes, car quel­que mauuais temperament qu'on aye, a partie de l'ame que les Grecs appel­ent is, (qui e&longs;t à l'entendement ce qu'e&longs;t la &longs;plendeur à la lumiere, & à la yndere&longs;e, ce qu'e&longs;t le Pilote au Naui­c) iuge tou&longs;iours équitablement, com­ne nous experimentons aux propo&longs;i­ions vniuer&longs;elles de la Philo&longs;ophie na­urelle, & de la Morale, car tous les hon­nes du monde auoüent que le bien e&longs;t aimable; qu'il faut fuyr le mal, que l'e­&longs;tre vaut mieux que le non e&longs;tre; qu'il e&longs;t nece&longs;&longs;aire que Dieu &longs;oit tres-par­faict; que rien ne &longs;e peut faire &longs;oy-me&longs;­me; que ce qui e&longs;t limité & finy, a e&longs;té fait; que l'ordre e&longs;t plus excellent que le de&longs;ordre, & mille autres &longs;emblables propo&longs;itions, qui &longs;ont reconuës vniuer­&longs;ellement par tout le monde, &longs;ans qu'il &longs;oit nece&longs;&longs;aire de les apprendre. Il fau­droit donc au&longs;&longs;i quand les concerts &longs;ont bons, que tous ceux qui les entendent, les iugea&longs;&longs;ent bons; ce qui n'arriue pas, car ce qui plai&longs;t à l'vn, déplai&longs;t à l'autre. Il y en a me&longs;mes à qui les bruits confus plai&longs;ent dauantage que les con&longs;onan­ces, & qui ayment mieux entendre le bruit des Canons, ou le bourdonnement des mou&longs;ches, que la plus grande dou­ceur des meilleurs concerts. De dire que l'on doit e&longs;timer ces hommes là barbares & brutaux, & maintenir qu'ils n'ont pas l'e&longs;prit bien faict, ce n'e&longs;t pas répondre, car nous ne &longs;çauons pas &longs;i au contraire ils ont l'e&longs;prit &longs;i excellent & &longs;i &longs;ubtil, que le peu de perfection qu'il y a dans nos concerts les ble&longs;&longs;e, ou &longs;i c'e&longs;t quelque particuliere perfectiom de trou-uet les di&longs;&longs;onances au&longs;&longs;i bonnes, ou meilleures que les con&longs;onances; &longs;ui­uant le dire ou le prouerbe commun, à &longs;çauoir, que ce qui e&longs;t rare e&longs;t excel­lent; il e&longs;t donc in certain &longs;i on les doit appeller mon&longs;tres d'imperfection, ou prodiges de perfection, car on n'a point encore demon&longs;tré que l'e&longs;prit qui e&longs;t tellement proportionné aux di&longs;&longs;onan­ces, & aux &longs;ons a&longs;pres, & rudes qu'il s'y pui&longs;&longs;e plaire, ne &longs;oit pas &longs;i excellent que celui à qui les &longs;ons aigres, & les di&longs;cords déplai&longs;ent: & comme ce qui e&longs;t a&longs;pre &longs;ignifie &longs;ouuent vne grande chaleur, on pourroit dire que l'e&longs;prit qui &longs;e plai&longs;t à l'a&longs;preté & à la rude&longs;&longs;e des &longs;ons, a vne grande viuacité & vne grande force. Ie pourrois confirmer l'excellence de ces e&longs;prits en rapportant pour exemple, quelques-vns de mes amis que ie &longs;çay ne prendre nul plai&longs;ir à l'harmonie vo­cale, ou in&longs;trumentale, encore qu'ilsayent bon e&longs;prit, qu'ils &longs;oient d'vn bon tem­perament, & plains d'vne &longs;i grande dou­ceur en leurs mœurs, & en leur conuer­&longs;ation qu'elle e&longs;t preferable aux plus douces harmonies.

D'abondant ceux qui joüent du luth, ou de la viole, nous di&longs;ent que la quin­te qui e&longs;t iu&longs;te &longs;elon la rai&longs;on, n'e&longs;t pas &longs;i agreable que quand elle e&longs;t affoiblie: & l'orgue me&longs;me ne &longs;uit pas la rai&longs;on de la quinte du monochorde: de &longs;orte qu'il faudroit que la quinte du &longs;ens fut moindre que celle de l'entendement; & ceux qui &longs;uiuent les rai&longs;ons, & qui &longs;e contentent de la Theorie de la Mu&longs;ique, confe&longs;&longs;ent que la quinte du &longs;ens & des in&longs;trumens e&longs;t fort agreable, & qu'elle ne cede point à celle qui e&longs;t pre&longs;crite par les nombres qui &longs;eruent d'idées à la rai&longs;on. En troi&longs;ie&longs;me lieu, les &longs;ons ne &longs;eruent pas d'object à l'e&longs;prit, mais à l'oreille, car la verité & les cho&longs;es intel­lectueles, & vniuer&longs;elles &longs;ont le propre object de l'entendement, comme les cho&longs;es corporelles, materielles, & par­ticulieres, le &longs;ont des &longs;ens exterieurs, or il appartient à chaque faculté de iu­ger de &longs;on obiect, de là vient qu'on dit que l'entendement e&longs;t des cho&longs;es vni­uer&longs;elles, & le sens des particulieres, con­me &longs;ont les interualles des &longs;ons. En ef­fect nous experimentons en rai&longs;onant, que l'entendement n'a point de pro­pres e&longs;peces des sons, ny des autres cho-&longs;es&longs;en&longs;ibles, ce qui fait qu'il n'en di&longs;­court qu'en general, en leur appliquant quelques idées & notions vniuer&longs;elles, qu'il prend d'ailleurs, ou qui luy &longs;ont données dés le moment de &longs;a creation: & qu'apres auoir bien trauaillé à la re­cherche de la nature, & de l'e&longs;&longs;ence des cho&longs;es particulieres, il e&longs;t contraint d'a­uoüer qu'il ne &longs;çait rien, ou tout au plus qu'en general & confu&longs;ément, & doit tou&longs;iours recourir & de&longs;cendre à ceqluy font connoi&longs;tre les &longs;ens, à qui la rai­&longs;on e&longs;t redeuable de ce qu'elle com­prend, comme elle témoigne aux mala­dies & indi&longs;po&longs;itions qui arriuent aux &longs;ens, e&longs;tant contrainte de rendre hom­mage àl'oreille àl'œil, &c. & de demeu­rer oy&longs;eu&longs;e au&longs;&longs;i long-temps comme elle e&longs;t priuée de leur &longs;ecours.

D'ailleurs nous voyons que ceux qui ont perdu l'e&longs;prit, ou qui n'en ont ia­mais eu, comme les fols, & les idiots, iu­gent de la Mu&longs;ique, & &longs;e plai&longs;ent plus aux con&longs;onances, qu'aux di&longs;&longs;onances, & neantmoins il &longs;emble qu'ils ne &longs;e &longs;er­uent que des &longs;ens, puis qu'ils n'ont ia­mais eu l'v&longs;age de la rai&longs;on: au&longs;&longs;i n'a on peu donner de definition aux con&longs;onan-ces & aux di&longs;&longs;onances, qu'en l'appre­nant du &longs;ens & non de la rai&longs;on, car nous di&longs;ons que la con&longs;onance &longs;e fait de deux &longs;ons qui &longs;e font en me&longs;me temps & qui &longs;ont agreables à l'oüie, & que la di&longs;&longs;onance &longs;e fait de deux autres &longs;ons qui &longs;ont de&longs;agreables à l'oreille: & quand on concederoit que le &longs;ens exterieur de l'oüie ne pout iuger des &longs;ons, neant­moins ce iugement appartiendroit à l'i­magination, qui e&longs;t au&longs;&longs;i bien dans les be&longs;tes que dans les hommes, car com­me l'ame &longs;en&longs;itiue a &longs;es &longs;entimens exte­rieurs, qu'elle exerce par le moyen des organes vi&longs;ibles, au&longs;&longs;i a elle &longs;es actions interieures, dont l'vne e&longs;t le di&longs;cerne­ment, l'approbation, ou le iugement des obiects &longs;en&longs;ibles qui luy &longs;ont agreables, ou de&longs;agreables &longs;elon le rapport, ou la di&longs;proportion qu'elle a auec eux. Car pui&longs;que chaque e&longs;pece d'appetit re­quiert vne connoi&longs;&longs;ance de me&longs;me gen­re, & que les animaux ont l'apperit &longs;en&longs;itif, par lequel ils &longs;e plai&longs;ent, ou &longs;e fa&longs;chent de ce qui leur e&longs;t vtile, & de­lectable, ou de ce qui leur nuit, & leur déplai&longs;t, il e&longs;t nece&longs;&longs;aire qu'ils ayent vne connoi&longs;&longs;ance & vne lumiere qui &longs;oit proportionnée à leur appetit, qui ne peut apperceuoir &longs;on obiect, ny &longs;e porter vers luy par amour, ou par de&longs;ir, ou &longs;e re&longs;ioüir de &longs;a po&longs;&longs;e&longs;&longs;ion, s'il n'e&longs;t conduit & éclairé par la lumiere de l'i­magination, dont elle a plus grand be­&longs;oin que les pieds n'ont be&longs;oin des yeux pour marcher a&longs;&longs;eurément.

Nos Mu&longs;iciens, ou ceux qui compo­&longs;ent les chan&longs;ons, ou les motets, nous confirment cette opinion, n'ayant au­tre rai&longs;on à alleguer pourquoy ils v&longs;ent d'vn pa&longs;&longs;age, d'vne con&longs;onance, ou d'vn interualie plu&longs;to&longs;t que d'vn autre, que de dire qu'ils ont trouué que ces pa&longs;&longs;a­ges &longs;ont agreables à l'oüye: iugeans &longs;eu­lement par la connoi&longs;&longs;ance des &longs;ens, ou de l'imagination: & &longs;'il &longs;e rencontroit quelqu'vn à qui la tierce mineure, ou maieure, ou la &longs;econde, & la &longs;eptie&longs;me fu&longs;&longs;ent plus agreables que la quinte, ou l'octaue, il faudroit dire, nonob&longs;tant quelque rai&longs;on & Theorie qu'on eu&longs;t, que les premiers interualles &longs;eroient des con&longs;onances plus agreables que les &longs;e­condes en comparai&longs;on de celuy à qui celles là plairoient dauantage. Ce qui & à plu&longs;ieurs hommes, dont les e&longs;prits &longs;ont tellement di&longs;po&longs;ez, qu'ils reçoiuent plus de contentement d'e&longs;tre meus, ou alterez de la rencontre des &longs;ons qui font nos di&longs;&longs;onances, & d'entendre les in­terualles que nous iugeons in capables d'entrer dans l'harmonie, qu'ils n'en re­çoiuent du chatoüillement que font nos con&longs;onances: ce qu'on a remarqué de quelqu'vn qui preferoit le hanni&longs;&longs;e­ment des cheuaux à la Mu&longs;ique.

Que &longs;'il y en auoit plu&longs;ieurs à qui la me&longs;me cho&longs;e artiua&longs;t, &longs;ans doute nous trouuerions des rai&longs;ons pour prouuer que ce que nous appellons maintenant di&longs;&longs;onance, deuroit e&longs;tre appellé con­&longs;onance, ce qui fait veoir que la rai&longs;on &longs;uit le iugement des &longs;ens, & qu'elle &longs;e ploye comme on veut pour &longs;'accomo­der à eux, comme fai&longs;oit la regle Le&longs;­bienne à toutes &longs;ortes de lignes, & d'ou­urages, car &longs;i la rai&longs;on regloit les &longs;ens, il faudroit qu'elle tint ferme comme la regle de Polyclete, & que nous fi&longs;­&longs;ions tou&longs;iours le me&longs;me iugement d'v­ne me&longs;me cho&longs;e, pendant qu'elle de­meure en me&longs;me e&longs;tat, ce qui n'arriue pas &longs;ouuent.

Ceux au contraire qui tiennent que l'entendement e&longs;t le &longs;eul iuge, di&longs;ent qu'en renuer&longs;ant toutes ces rai&longs;ons leur opinion &longs;'e&longs;tablit d'elle me&longs;me: Car il e&longs;t bien certain qu'à celuy qui a perdu l'v&longs;age de la rai&longs;on, tous les &longs;ens &longs;ont inutiles pour iuger, & que c'e&longs;t &longs;e fein­dre vne &longs;tatuë de bronze, qu'vn homme &longs;ans entendement, qui le fait &longs;eul e&longs;tre homme. Car de dire que les hommes iugeroient tous de me&longs;me façon d'vn me&longs;me concert, &longs;i le iugement depan­doit de la rai&longs;on, parce que nos ames &longs;ont égalles, & que le iugement ne dé­pend point des organes, comme l'on experimente aux propo&longs;itions de la Philo&longs;ophie naturelle & morale, c'e&longs;t argumenter &longs;ophi&longs;tiquement: Car le iugement pour iuger des cho&longs;es vniuer­&longs;elles n'a que faire des &longs;ens, non plus que le Iuge pour e&longs;tre bon Iuge n'a que faire d'Auocats, ny de Procureurs, car pour cela il luy &longs;uffit d'auoir le cha­ractere de Iuge, & la con&longs;tante & per­petuelle volonté de rendre àvn chacun ce qui luy appartient: mais pour iuger le different d'entre Titius, & Meuius, il a be&longs;oin d'vn Aduocat qui l'in&longs;trui&longs;e de leur different, & des moiens qu'ils ont chacun pour obtenir leur intention, & des Procureurs pour conduire la cau­&longs;e, & propo&longs;er lesdemandes, & les deffen­ces &longs;elon les formes v&longs;itées: au&longs;&longs;i pour iuger de ce concert, ou de cet autre, le iugement a be&longs;oin que l'on luy rappor­te quel e&longs;t ce concert, ou cet autre: &longs;ur ce rapport il fait &longs;on iugement, & ce rap­port &longs;e fait par le &longs;ens parfait.

Quant à ceux que l'on dit qui ne &longs;e plai&longs;ent point à la Mu&longs;ique, ou qui &longs;e plai&longs;ent plus à d'autres bruits qu'aux con&longs;onances, cela vient de ce qu'ils n'ont iamais donné d'accez à la Mu&longs;i­que dans leur e&longs;prit, ny a&longs;&longs;ez d'attention pour la gou&longs;ter, ayant l'e&longs;prit occupé à d'autres pen&longs;ées, & remply d'autres de­&longs;irs, le&longs;quels ne lai&longs;&longs;ent entrer dans l'a­me aucune cho&longs;e qui n'y contribuë, con­me ceux qui &longs;ont échauffez à la guer­re, ou ceux qui &longs;ont acharnez au gain, & enclins à l'auarice, ou ceux qui voient pancher &longs;ur eux quelque grande perte, ou ruine, ne s'émeuuent pour aucun &longs;on, &longs;i les vns n'entendent vn ca­non, vn tambour, ou hannit vn cheual, les autres compter de l'argent, les au-tres s'ils n'entendent quelque autre con­fu&longs;ion: & ce qu'ils entendront contrai­re ou non, qui ne contribuerapoint à leur pa&longs;&longs;ion, ne leur touchera nullement l'e&longs;prit, & n'en feront aucun iugement: ce qui mon&longs;tre que c'e&longs;t &longs;eulement la rai&longs;on qui iuge, puis qu'il faut plu&longs;to&longs;t que la rai&longs;on &longs;oit &longs;aine, & non malade pour iuger, que le &longs;ens, lequel quoy que &longs;ain ne peut iuger, &longs;i la rai&longs;on e&longs;t malade: la plus agreable Mu&longs;ique du &longs;oldat &longs;era donc le &longs;on des tambours, & des Canonades: de l'auare, le &longs;on de l'ar­gent, du ma&longs;&longs;on, le bruit des marteaux: de l'Apothicaire ou parfumeur, le &longs;on des mortiers de &longs;a boutique: du meu­nier, le claquet de &longs;on moulin: de l'A­uocat, la confu&longs;ion d'vn barreau: du menui&longs;ier & du charpentier, le coup de maillet, & le bruit de la &longs;cie parce qu'ils ont tous l'e&longs;prit porté là. Mais &longs;i quel­quefois l'e&longs;prit &longs;e met en repos, & qu'il quitte, ou qu'il remette &longs;es pa&longs;&longs;ions à vn autre temps, &longs;i la Mu&longs;ique &longs;e pre­&longs;ente, il la lai&longs;&longs;e entrer doucement, & s'en trouue touché in&longs;en&longs;iblement. L'en­pire de la rai&longs;on e&longs;t &longs;i grand &longs;ur les &longs;ens, qu'elle les rebutte quand il luy plai&longs;t, & leur empéche d'apperceuoir ce qu'ils &longs;entiroient. Ce que con&longs;iderant quelques­vns ils l'ont e&longs;timée vne diuinité racour­cie, & vn rayon de la rai&longs;on Archetype, qui fait dans le corps humain ce que Dieu fait dans le monde, ce qui e&longs;t ve­ritable en quelque façon, car elle porte l'image de la Diuinité, & commande au corps comme à vn petit monde, mais il y a en effect des differences au&longs;&longs;i gran­des comme du finy à l'infiny.

Il faut donc confe&longs;&longs;er que la rai&longs;on e&longs;t nece&longs;&longs;aire pour iuger de la nature, & de la difference des &longs;ons, comme Pto­lomée a prouué dans le premier cha­pitre de &longs;onpremier liure de la Mu&longs;ique contre les di&longs;ciples d'Ari&longs;toxene qui donnoient trop au &longs;ens, bien qu'il leur faille accorder quelque cho&longs;e en ce &longs;u­iet, a&longs;in qu'ils agi&longs;&longs;ent coniointement auec la rai&longs;on, comme il mon&longs;tre au&longs;&longs;i contre l'aduis des di&longs;ciples de Pyta­gore.

Or il e&longs;t &longs;i veritable que la rai&longs;on e&longs;t nece&longs;&longs;aire pour iuger des sons, que nous ne pouuons connoi&longs;tre &longs;ans &longs;on ayde, &longs;i ce que nous oyons doit e&longs;tre appellé &longs;on, ou concert: car les animaux, à qui nous &longs;erions &longs;emblables, & qui nous &longs;e­roient égaux, &longs;i nous n'auions la rai&longs;on, ne font point de reflexion &longs;ur les actions, ou les pa&longs;&longs;ions de leurs &longs;ens exterieurs, ou intetieurs, & ne &longs;çauent ce que c'e&longs;t que couleur, odeur, ou &longs;on, ny s'il y a quelque difference entre ces obiects, au&longs;quels ils &longs;ont plu&longs;to&longs;t emportez, qu'ils ne s'y portent eux-me&longs;mes; ce qui &longs;e fait par la force de l'impre&longs;&longs;ion que les obiects differents font &longs;ur leurs or­ganes, & &longs;ur leurs &longs;ens, car ils ne peu­uent di&longs;cerner &longs;'il e&longs;t plus à propos d'al­ler boire, ou manger, que d'aller faire autre cho&longs;e, & ne boiuent, ne mangent, ny ne font autre cho&longs;e, que quand la pre&longs;ence des obiets, ou l'imagination brutalle les nece&longs;&longs;ite, & les tran&longs;porte à leurs obiets, &longs;ans qu'ils pui&longs;&longs;ent re&longs;i­&longs;ter à telles impre&longs;&longs;ions, & &longs;ans qu'ils connoi&longs;&longs;ent ce qu'ils font, &longs;oit bien, ou mal, ce qui nous arriueroit comme à cux, &longs;i nous e&longs;tions de&longs;tituez de la rai&longs;on, car ils n'ontde lumiere que ce qu'il leur en faut pour prendre leur nourriture, & pour nous &longs;eruir aux v&longs;ages au&longs;quels Dieu les a de&longs;tinez.

Il faut donc conclurre nonob&longs;tant les rai&longs;ons precedentes qui combattent en faueur des &longs;ens, que la rai&longs;on & l'oüie &longs;ont nece&longs;&longs;aires pour iuger de l'harmo­nie, & du different des &longs;ons; ce qui &longs;e fait neantmoins auec telle condition, que l'oüie reçoit toutes les affections des &longs;ons, le iugement de&longs;quels e&longs;t re&longs;erué à la rai&longs;on, de qui elle tient la iu&longs;te&longs;&longs;e des con&longs;onances, des interualles, &c. mais la rai&longs;on emprunte de l'oüie ce qu'elle auoit reçeu deuant, & &longs;e contente d'apro­cher de la verité des interualles, & des termes du graue, de l'aigu & des autres proprietez & differences des &longs;ons par l'entremi&longs;e de l'oreille, a&longs;in detrouuer en &longs;uite les vrais interualles, & les exactes differences des &longs;ons par la force du rai­&longs;onnement, & par les differentes com­parai&longs;ons qu'elle fait des vns auec les autres.

En effect, c'e&longs;t la rai&longs;on qui recher­che les cau&longs;es du mouuement & du &longs;on: le &longs;ens n'en reçoit que l'impre&longs;&longs;ion, dont la rai&longs;on doit iuger, puis qu'elle en con­&longs;idere les cau&longs;es & la nature, & qu'elle e&longs;t &longs;imple, & vniuer&longs;elle, n'épou&longs;ant que laverité, quelque part qu'elle la ren­contre: mais les &longs;ens &longs;ont &longs;uiets à toute &longs;orte d'alterations, & de changemens, & &longs;e trompent facilement à cau&longs;e du mouuement & du flus perpetuel de leur matiere, s'ils ne &longs;ont conduits & mam­tenus dans l'ordre par la rai&longs;on. De là vient que comme l'œil prend le cercle qu'on fait par hazard &longs;ans compas, pour vn cercle parfait, quand il approche de la perfection, iu&longs;ques à ce que la rai&longs;on en fa&longs;&longs;e vn parfait, qui fait paroi&longs;tre le défaut & l'imperfection du premier, que l'oüie croit &longs;emblablement que les interualles con&longs;onants, ou di&longs;&longs;onants &longs;ont paifaits, quandils approchent de la perfection, mais elle e&longs;t contrainte de confe&longs;&longs;er leur imperfection, quand la rai&longs;on donne les parfaits, car il e&longs;t plus facile de iuger de cette perfection que de la trouuer, comme il e&longs;t plus facile de iuger d'vn combat, que de combat­tre, ou de la cour&longs;e, que de courir, &c. Or encore que les &longs;ens semblent iuger de la veritable difference des cho&longs;es qui leur &longs;eruent d'obiect, & qu'ils ne &longs;e tron­pent pas de beaucoup, quand ils con&longs;i­derent de combien les parties &longs;e &longs;urmon­tent lors qu'elles &longs;ont grandes & en pe­tit nombre, neantmoins ils &longs;e trompent, & la rai&longs;on ne &longs;e doit iamais fier à eux, puis qu'elle reconnoi&longs;t l'erreur toûjours plus grande, quand les parties &longs;ont plus petites & en plus grand nombre: car plus elles &longs;ont petites, moins elles &longs;ont remarquables: par exemple, quand on propo&longs;e vne ligne droite, le &longs;ens iuge &longs;i vne autre e&longs;t plus longue ou plus cour­te, en les comparant, & les appliquant l'vne à l'autre, ou en les diuisant en deux parties égales, ou en les doublant & fai­&longs;ant &longs;eulement vne comparai&longs;on pour cet effect; que s'il la faut tripler ou di­ui&longs;er en trois, il e&longs;t plus difficile, d'au­tant qu'il faut faire deux comparai&longs;ons, de &longs;orte que les differences &longs;ont dautant plus difficiles à e&longs;tre remarquées que les diui&longs;ions, & les parties &longs;ont en plus grand nombre, particulierement quand il faut contempler les parties vne à vne, comme il arriue à la proportion &longs;eptuple, ou au nombre diui&longs;è en &longs;ept, qui n'a point de moitié, à cau&longs;e qu'il e&longs;t impair, & qu'il ne contient nulles par­ties qui nous en rendent la connoi&longs;&longs;an­ce plus ai&longs;ée, comme &longs;ont les parties du nombre 8, dont nous trouuons faci­lement la moitié, & puis la moitié de la moitié, de &longs;orte que nous n'auons que faire de con&longs;iderer la huictie&longs;me partie, ou la rai&longs;on octuple, mais &longs;eule­ment les moitiez de plu&longs;ieurs nombres inegaux, à &longs;çauoir les moitiez de 8. de 4. & de 2. qui nous menent iu&longs;ques à l'vnité: mais c'e&longs;t tou&longs;iours la rai&longs;on qui iuge, car &longs;i c'e&longs;toit le &longs;ens exterieur il faudroit qu'il iugea&longs;t ou deuant que d'auoir &longs;enty, ou en &longs;entant, ou apres auoir &longs;enty: de iuger auparauant, il e&longs;t impo&longs;&longs;ible, car de ijs quæ non &longs;unt, & non apparent idem iudicium. De iuger en &longs;en­tant, il e&longs;t impo&longs;&longs;ible, car tout iuge­ment &longs;e doit faire par reflexion, & la reflexion pre&longs;uppo&longs;e vn ordre de temps, il faudroit donc qu'il iugea&longs;t apres, or &longs;urquoy iugeroit-il apres, veu qu'il n'a rien de pre&longs;ent, & qu'il manque de me­moire & d'imagination. Ce n'e&longs;t donc pas le &longs;ens exterieur qui iuge, ny l'inte­rieur, que l'on appelle &longs;ens commun,pource que les me&longs;mes inconueniens luy arriueroient qu'au &longs;ens exterieur, il s'en&longs;uit donc que c'e&longs;t la rai&longs;on &longs;eule qui iuge. Or &longs;i l'on applique à l'ouic ce qui a e&longs;té dit des nombres & de la veuë, qui di&longs;cerne facilement quand vne li-gne e&longs;t double, ou &longs;ouz double d'vne autre ligne, il faut conclurre que com­me la veuë, ou la rai&longs;on iugeant des cho&longs;es vi&longs;ibles, a be&longs;oin d'vne regle pour iuger &longs;i vne ligne e&longs;t parfaitement droite, & d'vn compas pour iuger exa­ctement du cercle, & de &longs;es parties, que l'oüie a be&longs;oin de certaines regles pour e&longs;tablir les parfaites differences des &longs;ons, leurs interualles, & tout ce qui leur ap­partient, car l'oüie n'e&longs;t pas plus &longs;ubtile, ny plus habile que la veue, qui &longs;ur pa&longs;&longs;e tous les autres &longs;ens par la promptitude & l'excellence de &longs;on action.

Laregle, dont &longs;e &longs;ert la rai&longs;on pour dre&longs;&longs;er les &longs;ons, & pour trouuer exacte­ment les interualles & leur difference, &longs;e doit appeller Regle, ou Canon harmo­nique, car ce&longs;t l'office du Mu&longs;icien de con&longs;eruer ou de trouuer les rai&longs;ons de ladite regle, qui s'accordent auec l'oüie, &longs;uiuant le &longs;entiment de la plus grande partie des hommes; comme celuy de l'A&longs;tronome e&longs;t de con&longs;eruer, ou d'e­&longs;tablir les hypothe&longs;es des mouuemens cele&longs;tes, apres auoir ob&longs;erué tous les Phenomenes qui paroi&longs;&longs;ent ordinaire­ment.

Car il appartient aux hommes &longs;ça­uans qui employent leur vie, & leur e&longs;tude à la contemplation, de mon&longs;trer que les œuures de la nature &longs;ont bien ordonnées, & qu'il n'y a rien qui &longs;oit confus, ou qui &longs;e fa&longs;&longs;e par hazard, par ticulierement dans ce qui concerne la veuë & l'oüie, qui approchent plus de la rai&longs;on, que les autres &longs;ens, & qui nous &longs;eruent pour apprendre les &longs;ciences, & pour loüer, contempler & admirer les œuures de Dieu, & l'excellence, & la grandeur de l'ouurier.

Quant aux autres obiections qui &longs;e font en faueur de l'oreille, ou des autres &longs;ens, elles font &longs;eulement voir que l'oüie e&longs;t nece&longs;&longs;aire pour la Mu&longs;ique, dautant qu'il faut que les &longs;ons aillent à l'e&longs;prit par &longs;on moien: mais &longs;i to&longs;t qu'il les a con­nus, il les regle, & rejette ceux qui &longs;ont contre la rai&longs;on, & qui l'offen&longs;ent, & admet ceux qui &longs;ont &longs;uiuant la rai­&longs;on harmonique, & en fait vn art, & ne e contentant pas de cela, il cherche les cau&longs;es pour le&longs;quelles certains inter­alles luy &longs;ont conuenables, c'e&longs;t à dire plus agreables que les autres; ce qu'il fait &longs;i parfaitement, qu'il &longs;e nece&longs;&longs;ite luy-me&longs;me d'auoüer que &longs;on di&longs;cours e&longs;t veritable: comme lors qu'il dit, que ce qui e&longs;t plus &longs;imple, & mieux ordon­né e&longs;t plus facile à comprendre que ce qui e&longs;t compo&longs;é & confus; de là vient qu'il e&longs;t plus facile de diui&longs;er vne ligne en deux parties égales qu'en trois, ou en cinq, &c. dautant que deux e&longs;t plus &longs;imple que trols, &c. & que l'on com­prend mieux la figure d'vn quarré, que d'vn heptagone, & que, pour ne &longs;ortir de no&longs;tre &longs;uiet, vn chant &longs;imple fait &longs;eu­lement de trois ou quatre tons, &longs;e com­prend mieux, qu'vn plus diuer&longs;ifié. Ie &longs;çay neantmoin's que l'e&longs;prit e&longs;t quel­quefois plus content lors qu'il contem­ple quelque cho&longs;e de plus difficile, con­me l'heptagone, que quand il con&longs;ide­re le triangle, ou quelqu'autre figure plus &longs;imple, & plus facile, dont i'expli­que la rai&longs;on dans vn autre lieu.

Il faudroit maintenant répondre à chaque objection que i'ay faite pour prouuer que les &longs;ens doiuent e&longs;tre les iuges de leurs obiects, mais chacun le peut faire, car il &longs;uffit d'auoir répondu en general.

QVESTION VII.

A &longs;çauoir s'il e&longs;t expedient d'v&longs;er du genre Chromatic, & de l'Enharmonic, ou &longs;i l'on doit &longs;e contenter du Diatonic; & &longs;i l'on peut reduire œs trois genres en Pratique.

CEux qui n'ayment pas la nouueau­té, & qui me&longs;urent toutes cho&longs;es leur capacité, & à l'experience, tien­ent qu'il n'e&longs;t pas po&longs;&longs;ible, ou du moins qu'il n'e&longs;t pas expedient de chanter En­harmoni quement, pui&longs;que l'v&longs;age e&longs;t contraire, & que tous les &longs;iecles ont fait voir que le genre Diatonic e&longs;t &longs;uf­i&longs;ant pour chanter tout ce que l'onveut. Et &longs;i Timothée, qui e&longs;toit le plus &longs;ça­ant Mu&longs;icien de &longs;on temps, fut banny le &longs;on pays pour auoir adiou&longs;té vne nouuelle corde aux in&longs;trumens, ils peuuent dire que ceux là doiuent e&longs;tre annis plus loing, qui veulent intro­uire le genre Enharmonique, puis que ela ne &longs;e peut faire &longs;ans introduire l'v­age de plu&longs;ieurs cordes, qui ne &longs;t point &longs;ur les in&longs;trumens, & dont les voix n'v&longs;ent pas.

Car &longs;i la doctrine de Socrate e&longs;t veri­table, la tranquillité des Republiques, & la paix, & la guerre dependent tello­ment des cordes, ou des &longs;ons de la Mu­&longs;ique, que les loix &longs;alterent au change­ment des cordes, & des tons, dont les vns con&longs;eruent la temperance, & les bonnes mœurs, & les autres introdui­&longs;ent le vice, le luxe, & les déreglemens, quifont à la fin dechoir, & perir les Re­publiques.

Mais la meilleure rai&longs;on &longs;e prend de la nature, qui ne donne pas les degrez de la Chromatique, ou de l'Enharmo­nique, comme ceux de la Diatonique. Car la trompette ne fair pas le &longs;emitoa mineur, nv la die&longs;e Enharmonique, comme elle fait les tons & le &longs;emiton majeur; & les degrez de ces 2. genres ne viennent pas de la difference des Con&longs;onances, comme font les degrez Diatoniques, qui &longs;eruent à pa&longs;&longs;er d'v­ne con&longs;onance à l'autre; ce qui prouue que ces &longs;euls degrez &longs;uiuent l'intention de la nature, qui approuue les &longs;euls de­z, qui &longs;eruent pour pa&longs;&longs;er aux con-&longs;onances, & particulierement à l'vni&longs;­&longs;on, comme à la plus grande perfection de la Mu&longs;ique.

D'ailleurs, puis que la Mu&longs;ique e&longs;t vn ieu d'e&longs;prit, & qu'elle a e&longs;té inuen­tée pour la recreation, & pour preparer l'ame à de plus hautes pen&longs;ées, & à des &longs;peculations plus &longs;erieu&longs;es, elle ne doit pas e&longs;tre &longs;i difficile qu'elle donne trop de peine & de trauail aux auditeurs au­trement elle les rendroit ineptes aux exercices plus difficiles, & plus releuez, qui doiuent &longs;uiure immediatement apres; or le degré Enharmonique ne peut e&longs;tre compris &longs;ans vne grande con­tention d'e&longs;prit, dautant qu'il con&longs;i&longs;te dans la comparai&longs;on de 125 à 128. qui e&longs;t &longs;urtriparti&longs;&longs;ante cent vingt cinq, & con&longs;e quemment fort difficile à conce­uoir.

Et &longs;i l'on veut trauailler vtilement, il vaut beaucoup mieux employer le temps à la recherche des cho&longs;es qui peuuent &longs;eruir au bien du public, ou des parti­culiers, qu'aux degrés Enharmoniques, qui &longs;ont inutiles, & qui &longs;eroient peut­e&longs;tre, cau&longs;e que pour 7.ou 8. heures que les Chantres, & les ioüeurs d'in&longs;trumons employent tous les iours à chanter la Mu&longs;ique, ils en perdroient pour le moins deux fois autant.

Et puis ces petits degrez Chromati­que, & Enharmoniques &longs;ont &longs;i char­mans, & &longs;i la&longs;cifs qu'ils enerueroient le courage des auditeurs, comme l'on peut iuger par les &longs;emitons majeurs, qui approchent de leur delicate&longs;&longs;e, & de leur mole&longs;&longs;e, & par le trop frequent v&longs;age de la Mu&longs;ique, qui rend les hom­mes la&longs;ches, & effeminez; de là vient qu'il &longs;uffit de dire qu'vn homme e&longs;t Mu&longs;icien pour le decrediter, l'experien­ce ayant mon&longs;tré que cette &longs;orte d'e­xercice rend qua&longs;i l'homme inutile, & in epte à toute &longs;orte de vertu.

Il faut neantmoms conclurre qu'il e&longs;t expedient, & nece&longs;&longs;aire d'v&longs;er de ces 3. genres, pour chanter iu&longs;tement, & pour trouuer tous les degrez Diatoniques tant confonans, que di&longs;&longs;onans, com­me il &longs;era facile de conclurre, apres auoir con&longs;ideré les tables, qui contien­nent tous les degrez de ces 3. genres, & leur v&longs;age.

Or ceux qui reiettent le genre Chro­matic, & l'Enharmonic, ne los enten-dent pas, car tous les demitons qui &longs;e font hors du propre lieu, où &longs;e rencon­tre le demiton majeur Diatonique de MI à FA, appartiennent au gerre Chro­matique. Quant aux degrez Enhar­moniques, l'explication de&longs;dites tables fait voir qu'ils &longs;ont nece&longs;&longs;aires pour trouuer les con&longs;onances iu&longs;tes en plu­&longs;ieurs endroits de la main, ou de l'éche­le de Mu&longs;ique, & du clauier des Or­gues, & des Epinettes.

Car encore que le temperament des Orgues, & des autres in&longs;truments approche &longs;i pres de la iu&longs;te&longs;&longs;e des ac­cords, qu'il ne ble&longs;&longs;e pas l'oreille, qui &longs;ouffre ay&longs;ément les quintes diminuées, & les quartes augmentées des in&longs;tru­mens, l'on n'en reçoit pourtant pas tant de contentement que &longs;i tous les accords e&longs;toient parfaits.

Et quand il n'y auroit point d'autre contentement que celuy de l'e&longs;prit, qui contemple la rai&longs;on des con&longs;onances, & des di&longs;&longs;onances, il e&longs;t a&longs;&longs;ez grand pour faire embra&longs;&longs;er ces 3. genres, & pour prouuer que la con&longs;ideration n'en e&longs;t pas inutile.

Mais c'e&longs;t vne cho&longs;e e&longs;trange que l'on ne peut e&longs;leuer les Praticiens à la rai&longs;on, dontils fuyent la lumiere, comme les hiboux fuyent les rayons du Soleil, par­ce qu'ils ont &longs;i grande peur que l'on ne découure leur ignorance, qu'ils ayment mieux bla&longs;mer la Theorie, & dire qu'el le e&longs;t inutile, & qu'elle ne &longs;ert de rien à la pratique de la compo&longs;ition, que d'en embra&longs;&longs;er la verité, qui &longs;urpa&longs;&longs;e autant la pratique, que le Ciel &longs;urpa&longs;&longs;e la terre.

Or malgré qu'ils en ayent, ils v&longs;ent &longs;ouuent du demiton mineur dans leurs chan&longs;ons, particulierement quand ils montent de la premiere note du troi­&longs;ie&longs;me mode par degrez conioints, iu&longs;­ques à la Quarte, car ils hau&longs;&longs;ent le faqui fait la Tierce mineure contre le re,d'vn demiton mineur, par le moyen de la Die&longs;e, afin que le chant en &longs;oit meil­leur, & que le re fa&longs;&longs;e la Tierce maieu­re contre le dit fa. Ils en v&longs;ent encore toutes & quantesfois qu'ils pa&longs;&longs;ent de la Tierce mineure à la maieure, & de la &longs;exte maieure à la mineure.

Mais afin qu'ils comprennent plus ay&longs;ément la nece&longs;&longs;ité de ces 3. genres, il faut remarquer que les interualles Chromatiques, & Enharmoniques, ont &longs;eulement e&longs;té inuentez pour ay­der aux Diatoniques; & que l'om ne peut trouuer toutes les con&longs;onances iu&longs;tes contre chaque note, ou corde Diato­nique, &longs;oit auec les voix, ou &longs;ur les in­&longs;trumens, &longs;ans l'ayde de ces degrez Chromatiques, & Enharmoniques, comme l'onverra &longs;i clairement dans les 3. tables qui contiennent ces 3. genres, qu'il n'e&longs;t pas nece&longs;&longs;aire de nous arre­&longs;ter plus long-temps &longs;ur ce &longs;uiet.

I'adiouteray &longs;eulement que la Theo­rie de ces genres ne &longs;eroit pas inutile, encore qu'ils ne peu&longs;&longs;ent &longs;eruir à la pra­tique, ni aux compo&longs;itions, d'autant que la perfection de l'entendementne con&longs;i&longs;te pas dans la Pratique. Mais dans la contemplation; & que ce qui tombe dans la Pratique, e&longs;t beaucoup moins excellent, que ce qui n'y peut tomber, car encore que Dieu &longs;oit admirable dans la creation des e&longs;tres corporels, & des intellectuels, il e&longs;t neantmoins plus ad­mirable infiniment dans la contempla­tion de &longs;oy-me&longs;me, c'e&longs;t à dire, de l'E­&longs;tre &longs;ouuerain, qui ne pe ut e&longs;tre fait ni roduit en pratique; & les biem heureux receuront vne plus grande perfection, & vn plus grand contentement en con­templant ce qu'ils ne peuuent faire, & ce qui ne peut tomber &longs;ouz la pratique, qu'en con&longs;iderant ce qui e&longs;t dans leur pui&longs;&longs;ance, ou dans celle de Dieu.

De là vient que la Theorie e&longs;t plus excellente que la pratique, qui n'e&longs;t au­tre cho&longs;e que le plus gro&longs;&longs;ier, & le plus materiel de la Theorie, & dont la plus grande perfection n'arriue pas iu&longs;ques au degré le plus bas de la &longs;peculation, de &longs;orte que la pratique e&longs;t à l'égard de la Theorie, ce que la terre e&longs;t au regard du Ciel, & ce que les creatures &longs;ont au re&longs;pect du Createur. Car celle-la dé­pend de celle-cy, comme le rayon dé­pend du Soleil, la chaleur du feu, l'ar­tizan, & le ma&longs;&longs;on de l'architecte, l'i­mage de &longs;on prototype, & les e&longs;tres ma­teriels des idées éternelles.

Il e&longs;t impo&longs;&longs;ible que les &longs;ons, ou les concerrs apportent quelque degré de perfection à l'e&longs;prit, s'il ne les épure premierement par la rai&longs;on, & &longs;il ne les dépoüille de leur matiere, pour les tran&longs;porter dans le Royaume des e&longs;tres intelligibles, & dans l'e&longs;tat de leur per­fection.

Mais il n'y a nulle rai&longs;on, dont il ne tire quelque auantage, & quelque nou­ueau degré de l'vmiere, qui luy peut &longs;eruir de degré pour monter à la Sou­ueraine lumiere, & à la rai&longs;on indepen­dente, dont il at tend &longs;a derniere perfe­ction.

L'on peut donc conclurre de ce di&longs;­cours, que la connoi&longs;&longs;ance de ces trois genres, & de leurs rai&longs;ons e&longs;t plus ex­cellente que toute la pratique de la Mu&longs;ique, & con&longs;equemment qu'il en faut plus faire d'e&longs;tat, pui&longs;que les cho­&longs;es n'ont point de plus grande excellen­ce, ny me&longs;me de plus grande vtilité à no&longs;tre égard, que celles dont elles per­fectionnent la plus noble partie de no­&longs;tre e&longs;tre, à &longs;çauoir l'entendement, par lequel nous &longs;ommes en quelques ma­niere égaux aux Anges, & &longs;emblables à Dieu.

Mais ces pen&longs;ées, & ces idées &longs;ont peut -e&longs;tre trop &longs;ubtiles pour entrer dans l'e&longs;prit de ceux qui preferent le corps à l'e&longs;prit, la terre au Ciel, l'vtile à l'honne&longs;te, la pratique à la Theorie, & les &longs;ons materiels à leurs rai&longs;ons: c'e&longs;t pourquoy ie lai&longs;&longs;e cette con&longs;ideration pour rèpondre aux rai&longs;ons contraires, dont la premiere e&longs;t fondée &longs;ur ce que l'on ne peut v&longs;er du genre Enharmoni­que dans les chan&longs;ons; Mais ie fais voir ailleurs que l'on &longs;'en peut &longs;eruir, & qu'il e&longs;t entierement nece&longs;&longs;aire pour les con­po&longs;itions ordinaires, que l'on appelle Diatoniques.

Quant à Timothée, il faut croire que l'hi&longs;toire en e&longs;t fabuleu&longs;e, ou que ceux qui l'ont écrite, ont entendu quelque nouuelle loy, qu'il vouloit introduire contre la cou&longs;tume receuë, & approu­uée, car les Anciens v&longs;ent &longs;ouuent d'Enigmes, & de metaphores pour ex­primer leurs pen&longs;ées. Or comme il ne faut qu'vne &longs;eule corde di&longs;&longs;onante pour ga&longs;ter vn concert entier, de me&longs;me la &longs;eule propo&longs;ition, ou l'introduction d'v­ne nouuelle loy, qui renuer&longs;e la cou&longs;tu­me des peuples, e&longs;t capable de faire dé­choir les Republiques, & de perdre les Royaumes, & les Empires, qui &longs;ont e&longs;tablis &longs;ur l'vni&longs;&longs;on que fait la volonté du peuple auec celle du Prince. Ce que l'on peut confirmer par l'experien­ce de plu&longs;ieurs nations, qui &longs;e &longs;ou&longs;le­uent, lors que l'on veut leur impo&longs;er quelque nouuelle loy, ou cou&longs;tume, qui leur &longs;emble &longs;i di&longs;&longs;onante, qu'ils ont plus de peine à l'endurer que n'ont les Mu&longs;iciens à &longs;ouffrir des di&longs;cords dans l'harmonie: quoy que le temps, les oc­ca&longs;ions & la nece&longs;&longs;ité le requierent, & qu'il arriue &longs;ouuent que les nouuelles loix, & les nouuelles cou&longs;tumes rendent les E&longs;tats, & les Royaumes plus flori&longs;­&longs;ants, plus &longs;tables, & plus pui&longs;&longs;ants, con­me il arriue que les di&longs;&longs;onances & les fau&longs;&longs;es relations rendent la Mu&longs;ique plus agreable, & plus charmante, lors que l'om en v&longs;e à propos, & aux endroits qui donnent autant de graces aux con­&longs;onances qui precedent ou qui &longs;uiuent, que l'ombre donne de lu&longs;tre à la lumie­re, ou aux couleurs.

Mais comme l'on experimente que les Mu&longs;iciens qui n'ont autre rai&longs;on que leur fanta&longs;ie, & quelque vieille routi­ne, qu'ils ont appri&longs;e de leurs mai&longs;tres, &longs;ont tellement preuenus de l'authorité, ou de la cou&longs;tume, qu'il n'y a plus de place dans leur e&longs;prit pour la rai&longs;on, & qu'ils bla&longs;ment certains pa&longs;&longs;ages, à rai­&longs;on qu'ils n'en o&longs;ent pas v&longs;er, ou qu'ils ne les &longs;çauent pas employer comme il faut, quoy qu'ils enrichi&longs;&longs;ent grande­ment la compo&longs;ition, & qu'ils &longs;oient iu­gez tres-excellens, & receuz pour des raretez de la Mu&longs;ique par ceux, &longs;ur qui la rai&longs;on, & la demon&longs;tration ont plus de force que la cou&longs;tume; de me&longs;me l'on experimente que le peuple qui ne re­garde qu'à fes pieds, & à ce qui e&longs;t ap­parent, n'approuue pas pour l'ordinaire ce qui va contre &longs;on &longs;ens, & ce qui &longs;em­ble combatre la cou&longs;tume, quoy qu'il &longs;oit vtile, ou nece&longs;&longs;aire pour le bien ge­neral du public, & que ceux qui gou­uernent l'e&longs;tat, dont l'e&longs;prit penetre iu&longs;ques au futur, & les con&longs;eils, & re&longs;o­lutions &longs;e&longs;tendent par toute la Repu­blique, comme les rayons du Soleil par tout le monde, pour con&longs;eruer & aug­menter la gloire, & la &longs;plendeur des E&longs;tats, iugent qu'il e&longs;t expedient de changer quelques cou&longs;tumes, & de fai­re de nouuelles loix, qui ne &longs;ont pas moins vtiles, ou nece&longs;&longs;aires au bien pu­blic, que los pluyes, la neige, la glace, & les venis à laterre, quoy que les orages épouuantent les vignerons, & les labou­rours, qui ne &longs;ont pas a&longs;&longs;ez experimen­tez, ou qui n'ont pas a&longs;&longs;ez de iugement pour preuoir qu'il n'arriuera autre cho­&longs;e de ce temps, qui leur &longs;emble &longs;i rude & &longs;i fa&longs;cheux, que l'abondance de tou­tes &longs;ortes de fruits, dont ils auront apres &longs;uiet de leuer les mains au Ciel pour be­nir l'Eternel, qui fait nai&longs;tre de &longs;i agrea­bles accords, de &longs;i rudes di&longs;&longs;onances, qui fait reü&longs;&longs;ir des &longs;ai&longs;ons &longs;i e&longs;tranges à de &longs;i grands biens, & qui tire tant de graces, & de benedictions, pour les ré­pandre &longs;ur nous, dece qui &longs;embloit atti­rer &longs;a malediction &longs;ur nos te&longs;tes.

En effect quand nous trouuons à re­dire aux differentes rencontres, qui ar­riuent aux bons & aux mauuais, & aux afflictions, & douleurs, dont les gens de bien &longs;ont atteints, tandis que les mé­chants pro&longs;perent, nous &longs;ommes &longs;em­blables à la lie du peuple, quiiuge &longs;ini­&longs;trement des actions de ceux, dont il doit &longs;uiure la conduite, & dont il ne peut rai&longs;onnablement attendre qu'vn heureux &longs;uccez, &longs;'il a tant &longs;oit peu de patience.

Car il faut croire que Dieu e&longs;tant vn tres-bon Pere ne prend iamais les ver­ges pour nous cha&longs;tier, que ce ne &longs;oit tou&longs;iours pour nous rendre meilleurs, & plus riches en vertus, & pour &longs;eparer nos affections des cho&longs;es mortelles, & peri&longs;&longs;ables, afin de les porter, & de les attacher à l'Immuable, & à l'Eternel, & qu'il n'employe nulles di&longs;&longs;onances dans le grand concert de toutes les crea­tures, qui toutes chantent &longs;es loüan­ges, chacune à &longs;a façon, que ce ne &longs;oit pour rendre l'harmonie qui en re&longs;ulte, plus charmante, & plus parfaite.

Or puis que les chordes qui &longs;eruent aux di&longs;&longs;onances ne rompent pas, & &longs;ouf­frent auec au&longs;&longs;i peu de contrainte d'en e&longs;tre le &longs;ujet, comme font les chordes qui &longs;eruent aux con&longs;onances; & qu'el­les &longs;emblent témoigner ce contente­ment par leurs petits &longs;auts, & tremble­mens, il e&longs;t rai&longs;onnable que tout hom­me &longs;e &longs;ou&longs;mette tres-volontiers, & auec contentement à la conduite de la pro­uidence Diuine, & qu'il reçoiue égale­ment de &longs;a tres-iu&longs;te main les di&longs;&longs;onan­ces des aduer&longs;itez, & des maladies, & les con&longs;onances des pro&longs;peritez, & de la &longs;anté: ce qui e&longs;t tres-ay&longs;é à faire, &longs;i l'on penetre plus auant dans le de&longs;&longs;ein de Dieu que ne font ceux qui cherchent &longs;eulement les douceurs, & les plai&longs;irs de ce monde, dont la ptatique, & l'ex­perience leur agrée dauantage que la &longs;peculation.

Mais ceux qui &longs;ont plus &longs;çauans, & qui &longs;'e&longs;tudient à la Theorie de la volon­té de Dieu, & de &longs;es de&longs;&longs;eins, dans le&longs;­quels ils entrent &longs;ouuent, comme dans le &longs;ouuerain Sanctuaire; & dont ils &longs;or­tent apres auec des &longs;atisfactions d'e&longs;­prit qui ne peuuent e&longs;tre expliquées de la langue des hommes, &longs;ont au&longs;&longs;i con­tents de &longs;ouffrir que d'agir, & d'e&longs;tre le &longs;uiet, ou l'obiect des di&longs;graces du mon­de, que de &longs;es faueurs, parce qu'ils re­connoi&longs;&longs;ent que Dieu les gouuerne, & qu'il les a de&longs;tinez pour cette partie de l'harmonie vniuer&longs;elle, tandis qu'il con­duit le concert à &longs;a fin, c'e&longs;t à dire à l'o­ctaue, & à l'vni&longs;&longs;on de la gloire eternel­le, qu'il donnera à tous ceux qui auront bien tenu leur partie, & qui &longs;e &longs;eront contentez du lieu qui leur a e&longs;té donné par le &longs;ouuerain Mai&longs;tre du grand chœur de l'vniuers.

Quant à la doctrine de Socrate, il la faut prendre au me&longs;me &longs;ens; car tant &longs;'en faut que le gerre Chromatic, & l'En­harmonic banni&longs;&longs;e les vertus, puis qu'ils &longs;ont propres pour la contemplation des cho&longs;es cele&longs;tes, & pour le raui&longs;&longs;ement, & que le genre Diatonic demeure im­parfait &longs;ans leur a&longs;&longs;i&longs;tance, comme l'on verra dans des di&longs;cours particuliers.

La quatrie&longs;me obiection e&longs;t, ce &longs;em­ble, plus difficile que les precedentes, car il e&longs;t vray que le degré Enharmoni­que, c'e&longs;t à dire la Die&longs;e, ne &longs;ert pas or­dinairement pour pa&longs;&longs;er d'vne con&longs;o­nance à l'autre, dautant qu'elle n'en e&longs;t pas la difference. Quant au degré Chro­matique, à &longs;çauoir au demiton mineur, il e&longs;t la difference des deux Tierces, & des deux Sextes, c'e&longs;t pourquoy il le faut receuoir comme nece&longs;&longs;aire, puis que l'on pa&longs;&longs;e de la moindre de ces con­&longs;onances à la plus grande, & que la voix en v&longs;e &longs;ouuent, tant aux &longs;imples recits, qu'aux compo&longs;itions à plu&longs;ieurs voix.

Pour la Die&longs;e, endore qu'elle ne pro­cede pas de la difference des con&longs;onan­ces, comme le degré Chromatique, neantmoins elle e&longs;t la difference du de­mitom maieur, & du mineur, & &longs;ert pour trouuer les con&longs;onances iu&longs;tes aux en­droits du clauier des Orgues parfaictes, qui ne &longs;'y pourroient pas rencontrer &longs;ans elles. Mais ie parlerav plus ample­ment de cette Die&longs;e au di&longs;cours des de­grez qui &longs;ont nece&longs;&longs;aires à la Diatoni­que, ou dans celuy de toutes les manie­res, dont on peut pa&longs;&longs;er d'vne con&longs;o­nance à l'autre: & bien que ce degré fu&longs;t au dela de ce que fait la nature, il ne faudroit pourtant pas le reietter, puis qu'elle reçoit plu&longs;ieurs ornemens, & perfections de l'art.

Il n'e&longs;t pas be&longs;oin de parler icy du Comma, qui e&longs;t la difference du ton maieur & du mineur, puis qu'il ne &longs;ert que pour trouuer les con&longs;onances iu­&longs;tes aux endroits où elles &longs;eroient im­parfaites, & pour o&longs;ter la nece&longs;&longs;ité du temperament de l'Orgue, & des au­tres in&longs;trumens: de là vient que les deux &longs;ons, & les deux touches, qui ne &longs;ont éloignées que du Comma, ne doiuent e&longs;tre contées que pour vne me&longs;me tou­che, & pour vn me&longs;me &longs;on, & con&longs;e­quemment qu'il n'y a que 16. &longs;ons, chor­des, ou touches differentes dans le &longs;y&longs;te­me parfait, à proprement parler, pui&longs;­que dans l'Octaue qui commence par F, le &longs;econd G, e&longs;t pris pour le premier; & que dans celle qui commence par C, le &longs;econd D, e&longs;t pris pour le premier, comme ie fais voir ailleurs dans l'ex­plication de ces deux Octaues.

La cinquie&longs;me obiection prouue plu­&longs;to&longs;t qu'il faut admettre les petits in­terualles du genre Enharmonique, & me&longs;me ceux de tous les autres genres que l'on peut inuenter, puis qu'elle e&longs;t appuyée &longs;ur le ieu de l'e&longs;prit, qui con­&longs;i&longs;te à connoi&longs;tre toutes les rai&longs;ons po&longs;­&longs;ibles. Quant à l'oreille, il &longs;uffit qu'el­le &longs;oit &longs;atis faite de la perfection des con­&longs;onances, qui ne peut &longs;e rencontrer &longs;ans le genre Enharmonique; & ie croy que les Compo&longs;iteurs aduoüront librement que la perfection de tous les accords (qui &longs;ont diminuez, ou augmentez, &longs;ur les in&longs;trumens ordinaites) recompen&longs;e abondamment la difficulté que l'on prend pour la Die&longs;e Enharmonique, qui peut grandement enrichir la Mu&longs;i­que, &longs;i l'on en v&longs;e dextrement.

Toutesfois &longs;i les Praticiens crgnent que l'v&longs;age du genre Enharmonic les la&longs;&longs;e trop, & les rende ineptes à la &longs;pe­culation des autres cho&longs;es plus &longs;erieu­&longs;es, ou que leurs occupations ne per­mettent pas qu'ils comprennent la de-licate&longs;&longs;e de ce genre, ils &longs;ont libres de nes'en &longs;eruir pas, & peuuent quitter la Mu&longs;ique pour vaquer à des &longs;peculations plus releuées: quoy qu'il ne &longs;oit nulle­ment nece&longs;&longs;aire de les exhorter à cela, puis que tant s'en faut qu'ils vueillent contempler des veritez plus excellen­tes, puis qu'ils ne recherchent &longs;eule­ment pas les rai&longs;ons de ce qu'ils font dans leurs compo&longs;ition.

Mais cette obiection ne combat nul­lement ceux qui v&longs;ent de la Mu&longs;ique, comme d'vn doux repos pour &longs;oulager leur e&longs;prit, & pour les porter à la con­templation de l'harmonie Cele&longs;te, qui &longs;ert d'entretien aux bien-heureux, & qui la ioignent au labeur, comme les peintres ioignent les ombres aux cou­leurs, pour donner de la grace à leurs &longs;peculations plus releuées, & pour re­tourner auec plus d'allegre&longs;&longs;e à leur trauail ordinaire.

En effect &longs;i la Mu&longs;ique doit &longs;eruir à quelque v&longs;age, & &longs;i &longs;a pratique a quel­que fin, elle n'en peut auoir de plus ex­cellente, apres la gloire de Dieu, qui e&longs;t la derniere fin de toutes les cho&longs;es po&longs;­&longs;ibles, que la recreation des &longs;çauans, qui con&longs;omment leur temps, & leur e&longs;prit à la meditation des my&longs;teres de la Religion, & à la recherche des rai­&longs;ons, qui &longs;eruent pour combatre tous ceux qui &longs;'oppo&longs;ent à la venté infailli­ble de no&longs;tre Foy, & pour per&longs;uader cet­te verité, & les vertus qui en dependent, à tout le monde.

La derniere obiection &longs;uppo&longs;e la mauuai&longs;e volonté de ceux qui abu&longs;ent de la Mu&longs;ique, & qui v&longs;ent à mauuais de&longs;&longs;ein des petits interualles Chroma­tiques, & Enharmoniques: car le plai­&longs;ir qui en reuient, e&longs;t &longs;i cha&longs;te, & &longs;i pur, qu'il faut e&longs;tre plus effeminé que Sar­danapale pour &longs;'en &longs;eruir à des v&longs;ages prophanes, & la&longs;cifs: & l'on experi­mente que le bon v&longs;age de la Mu&longs;ique n'effemine pas les auditeurs, mais qu'il les rend plus polis, & plus vertueux, & que de farouches qu'ils e&longs;toient, ils de­uiennent plus courtois, plus doux, & plus accords, & con&longs;equemment plus propres à toutes &longs;ortes d'affaires.

De là vient que l'on dit qu'Orphée bati&longs;&longs;oit les villes auec les &longs;ons de &longs;on Luth, parce qu'il raui&longs;&longs;oit tellement les hommes, qui viuoient &longs;eparez, par &longs;es li&longs;cours, qui leur per&longs;uadoit de demeu­rer en&longs;emble, & de faire des villes, & des citez pour leur retraite, & pour leur &longs;eiour: mais i'ay parlé plus amplement de ce &longs;uiet dans vn di&longs;cours particu­lier.

Quant à ce que l'on obiecte de l'inu­tilité des Mu&longs;iciens ordinaites, que l'on appelle Mene&longs;triers, dont plu&longs;ieurs &longs;e &longs;eruent pour leur pa&longs;&longs;e-temps, il ne &longs;ont pas bla&longs;mables, puis qu'ils &longs;e &longs;er­uent de leur indu&longs;trie pour entretenir leurs familles, car encore qu'ils ne &longs;oient pas &longs;i vtiles que les autres arti&longs;ans, on les peut neantmoins tolerer dans les Republiques, puis qu'ils ne font tort à per&longs;onne, & que chacun peut reccuoir quelque partie du plai&longs;ir innocent, qui procede de leurs &longs;ons, & de leur har­monie.

Quant à ceux qui &longs;eruent à chanter les loüanges de Dieu, on ne &longs;çauroit leur donner trop de loüange, puis qu'ils font l'office des Anges, & qu'ils repre­&longs;entent le Paradis dans ce monde, & l'Egli&longs;e Triomphante dans la Mili­tante.

C'e&longs;t pourquoy ils peuuent auec tou-te a&longs;&longs;eurance de leur con&longs;cience, pa&longs;&longs;er les iours & les nuicts à trouuer de nou­ueaux chants, & de nouueaux char­mes dans les trois genres de Mu&longs;ique pour éleuer tous les mortels à la con­templation des cho&longs;es diuines, & pour échauffer & embra&longs;&longs;er leur volonté du de&longs;ir de la Ieru&longs;alem cele&longs;te, & de l'a­mour de Dieu, afin que toutes les crea­tures, & particulierement la Mu&longs;ique, nous &longs;eruent de degré pour paruenir à la gloire eternelle, & pour nous vnir à celuy, dont nous e&longs;perons toutes &longs;ortes de biens, & de contentemens.

I'exhorte donc tous les Mu&longs;iciens du monde à n'employer leurs compo&longs;itions quà chanter les loüanges de Dieu, & à &longs;'exciter les vns les autres à le louer par ces paroles du Prophete Royal: Ecce nunc bdicite Dominum omnes &longs;erui Do­mini, &c. dont &longs;e &longs;eruoient vne partie des Leuites, pour aduertir les autres, tandis qu'ils pa&longs;&longs;oient les nuicts entie­res dans le Temple de Salomom en prie­res & orai&longs;ons: & que l'on peut expri­mer par cette excellente Paraphra&longs;e que l'vn de mes amis excellent Poëte, & Theologien a compo&longs;ée.

Vous qui pa&longs;&longs;ez en heur tant de peuples diuers, Qui &longs;eruez purement l'Autheur de l'vniuers, Er connoi&longs;&longs;iz la main qui lance le tonnerre, Fauoris du Seigneur, qui vous ouure les yeux, Venez chanter &longs;a gloire, & &longs;oyez &longs;ur la terre Ce que pour le benir les Anges &longs;ont aux Cieux.

Témoignez vo&longs;tre ardeur vous en qui Dieu s'e&longs;t Saints Mini&longs;tres éleuz entre le peuple éleu, (pleu, Qui comme &longs;es &longs;oldats veillez à &longs;es portiques, N'en lai&longs;&longs;ez approcber &longs;ilence ny &longs;ommcil, Et portez ju&longs;qu'au Ciel le bruit de vos Cantiques Tant que le &longs;cin des eaux nous rende le Soleil.

Quand la nuict vient noircir les objects les plus beaux, C'e&longs;t lors qu'il faut veiller auecque ces flambeaux, Dont les rayons dorez illuminent &longs;es voiles, Et leuant tout en&longs;emble, & vos yeux & vos snains Publier &longs;a grandeur à l'enuy des étoiles, Et vous rendre vn exemple au re&longs;te des humains.

Que le Dieu tout pui&longs;&longs;ant qui forma tout de rien Qui cognoi&longs;t le vray prix & du mal & du bien, Te prepare vn loyer digne de &longs;a ju&longs;tice, Qu'vn bon-heur eternel réponde à tes ferueurs, Que quand tu le benis, luy-me&longs;me te beni&longs;&longs;e, Et donne à ton amour &longs;es plus cheres fancurs.

QVESTION VIII.

A &longs;çauoir &longs;i les chordes parfaitement égales e&longs;tant tirées d'vn mouuement égal, on à'vne force égale par les deux extremi­tez, ou par vne &longs;eule extremité &longs;e rom­proient, & par quel lieu elles &longs;e rom­proient

IE &longs;uppo&longs;e qu'vne chorde d'or, d'ar­gent, de cuiure, de fer, ou de quel­que autre matiere que l'on voudra, &longs;oit parfaitement égale en toutes &longs;es parties, il faut voir &longs;i elle &longs;e rompra, & par quel­le partie elle &longs;e rompra.

Premierement, quelques-vns tien­nent que cette chorde ne peut e&longs;tre ron­puë, dautant qu'il ny a pas plus de rai­&longs;on qu'elle &longs;e rompe par vne partie que par vne autre; & adjou&longs;tent que &longs;i elle &longs;e rompoit, il faudroit qu'elle &longs;e diui&longs;a&longs;t en toutes &longs;es parties. Ce qui ne peut arriuer, autrement il &longs;e feroit vne diui­&longs;ion d'vne infinité de parties; ce que ie veux expliquer par d'autres exemples, par le&longs;quels l'on comprendra mieux ce que i'ay dit de la chorde.

Ie commence par vne boule de fer enfermée au centre de la terre, qui au­roit &longs;on centre conioint audit centre, ou qui auroit &longs;es parties également ra­res, ou conden&longs;es: Car bien que toute la terre fu&longs;t vuide, & qu'elle n'eu&longs;t que l'écorce de &longs;a &longs;urface, neantmoins ce fer ne pourroit monter en haut d'vn co&longs;té ny d'autre, parce que n'y ayant point de rai&longs;on pourquoy il monte plu­&longs;to&longs;t par vn co&longs;té que par vne autre, il &longs;eroit indifferent, & ne pourroit quitter ce lieu, encore qu'il y eu&longs;t e&longs;té enfer­mé auec violence, & qu'il ny ait rien qui l'empe&longs;che de monter.

Quelques-vns rapportent ce repos violent, & ce defaut du mouuement à la crainte du vuide, qui &longs;e feroit au cen­tre de la terre, &longs;i les parties du Globe de feu montoient toutes en&longs;emble, ny ayant pas plus de rai&longs;on qu'vne certai­ne partie commence &longs;on mouuement, que quel qu'autre partie que ce &longs;oit.

En effect nous voyons d'e&longs;tranges ac­cidens dans la nature; qui arriuent pour empe&longs;cher le vuide: comme quand vn peu de poudre enfermée dans vne mi-ne, ou dans vn canon, fait creuer les montagnes, & iette les ba&longs;tions entiers par terre; ce que l'on peut rapporter à la fuite de la penetration, qui e&longs;t au&longs;&longs;i contraire à la nature, ou du moins qui &longs;urpa&longs;&longs;e autant &longs;es forces, comme le vuide.

L'on peut rapporter plu&longs;ieurs exem­ples &longs;ur ce &longs;uiect, car &longs;i l'on fait chauffer vne bouteille vuide, & que l'on mette &longs;on col dans l'eau, elle mont era dans la bouteille contre la proprieté qu'elle a de de&longs;cendre, d'autant que quand l'air échauffé &longs;ent le froid de l'eau, & d'vn autre air plus froid, il &longs;e re&longs;&longs;erre, & &longs;e conden&longs;e, c'e&longs;t pour quoy l'eau monte pour remplir le vuide que fait l'air, qui &longs;e retire dans vn moindre lieu.

L'on rend la me&longs;me rai&longs;on des deux co&longs;tez d'vn &longs;oufflet parfaitement bou­ché, & fermé, lequel on ne &longs;çauroit ouurir; de deux pieces de bois, de mar­bre, ou d'autre matiere parfaitement planes, le&longs;quelles e&longs;tant mi&longs;es l'vne &longs;ur l'autre ne peuuent e&longs;tre &longs;eparees, &longs;i on les tire perpendiculairement, car on les peut &longs;eparer par vn mouuement hori­zontal, auquel il n'y a nul peril du vui-de: des ventou&longs;es, qui attirent la chair qui &longs;'enfle, de peur que l'air échauffé ne lai&longs;&longs;e du vuide en &longs;e conden&longs;ant: des tonneaux, ou des bouteilles, qui ne perdent point leurs liqueurs, encore qu'elles &longs;oient ouuertes en bas, dautant que s'il en tomboit quelque goutte, il &longs;e feroit du vuide au fond du vai&longs;&longs;eau, parce que l'air ne peut &longs;ucceder. Quoy que s'il &longs;e fait quelque rarefaction dans la liqueur, il en peut &longs;ortir quelque par­ties, &longs;ans qu'il &longs;oit be&longs;oin que l'air y en­tre.

Il y a mille autres effects que l'on peut attribuer au de&longs;ir que la nature a de fuir le vuide, ou au de&longs;ir quelle a que &longs;es parties &longs;oient vnies, dont l'experience &longs;e void aux tuyaux courbez de verre, de fer, ou d'autre matiere: Car &longs;i l'on men l'vne de leurs extremitez dans vn étang, dans vn tonneau, dans vne fontaine, &c. & que l'autre extremité de dehors &longs;oit plus ba&longs;&longs;e que la liqueur de dedans, &longs;i to&longs;t que l'on aura tiré la liqueur auec la bouche, ou que l'on aura remply le tuyau d'vne &longs;emblable liqueur, ou de telle autre que l'on voudra, le &longs;iphon coulera perpetuellement iu&longs;ques à ce pris l'Exachordes dans lequel il a com­pris les trois e&longs;peces de Quarte, comme i'ay dit ailleurs.

L'on pourroit encore &longs;'imaginer qu'ils ont fondé toutem Mu&longs;ique &longs;ur le Tre­tachorde, à rai&longs;on que leurs premiers in&longs;trumens n'auoient que 4. chordes, dont on peut tirer toutes &longs;ortes de chants, & d'harmonies, comme l'on ex­perimente &longs;ur les Violons, auec le&longs;quels les excellens Mai&longs;tres repre&longs;entent qua­&longs;i tout ce que l'on peut &longs;'imaginer, com­me ie diray dans le liure des In&longs;tru­mens.

Il ne faut pourtant pas &longs;'arre&longs;ter à ce nombre de chordes, &longs;oit qu'ils ayent voulu repre&longs;enter le nombre des éle­ments, ou les 4. &longs;ai&longs;ons de l'année, ou quelqu'autre quaternaire de cho&longs;es par leurs 4. chordes, ou qu'ils les aient iugées &longs;uffisantes pour toute &longs;orte d'harmonie, dautant que l'on &longs;çait que plu&longs;ieurs au­tres ont mis 7. chordes &longs;ur leurs in&longs;tru­mens, comme l'om void dans l'Amphion des Tableaux de Philo&longs;trate, & en plu­&longs;ieurs reuers de medailles; & que les autres ont vsé de 8. ou 9. chordes, & les autres de trois &longs;eulement, comme Olympe au rapport de Plutarque, & Mercure, dont parle Diodore: mais ie parleray plus amplement du nombre de ces chordes dans vn liure particu­lier.

Car ie veux employer le re&longs;te de ce di&longs;cours à l'examen du quaternaire, qu'ils ont peut e&longs;tre choi&longs;i, parce qu'il repre&longs;ente tous les nombres, dautant que &longs;es parties e&longs;tant adiou&longs;tées font dix, qui finit, ce &longs;emble, tous les nom­bres, puis qu'il comprend le nombre pair, & l'impair, le quarré, le cube, & le premier compo&longs;é, comme remarque Ari&longs;tore dans le; Proble&longs;me de la 15. &longs;ection, où il dit que le dix e&longs;t la fontai­ne, & le principe des nombres, parce qu'il e&longs;t composé d'vn, de 2, de 3, & de 4, que les Thraces ne pa&longs;&longs;oient nulle­ment en comptant, &longs;oit qu'ils eu&longs;&longs;ent la memoire &longs;i courte, ou l'imagination &longs;i foible qu'ils ne peu&longs;&longs;ent compter que iu&longs;­ques à 4. ce qui n'e&longs;t pas vray &longs;embla­ble, attendu que les 5. doigts de la main apprennent du moins à conter iu&longs;ques à 5. & ceux des 2. mains iu&longs;ques à dix; où qu'ils ayent voulu &longs;ignifier que l'on peut trouuer toutes les parties tant ali-quotes, que quantie&longs;mes, ou aliquan­tes du dix dans le quaternaire, car l'on y trouue premierement 1. 2. 3. & 4; & puis 5. en adiou&longs;tant 1. à 4. ou 2. à 3; & 6. en adiou&longs;tant 2. à 4; 7. en adiou&longs;tant 4. à 3; 8, en adiou&longs;tant 1, 3, & 4; 9, en adiou&longs;tant 2, 3 & 4; & finalement dix, en adiou&longs;tant 1, 2, 3 & 4.

Ari&longs;tote rapporte encore vn autre priuilege du nombre denaire, à &longs;çauoir qu'il a dix proportions, ou analogies, dans le&longs;quelles 4. cubes &longs;ont accomplis, ce qui e&longs;t &longs;i mal ai&longs;é à expliquer, que Pierre de Appono y a trauaillé 4. ans, au bout de&longs;quels il dit, qu'vne lumiere particuliere luy fei&longs;t conceuoir que dix fois dix, c'e&longs;t à dire 100. contiennent les 4. premiers cubes, à &longs;çauoir 1, 8, 27, & 64, le&longs;quels e&longs;tant adiou&longs;tez font cent: mais outre qu'il n'explique pas, comment le nombre denaire contient ces 4. cubes, & qu'Ari&longs;tote ne parle pas du nombre de cent, mais de celuy de 10. il ne mon&longs;tre pas comment ce nombre con­tient 10. analogies, que l'on pourroit expliquer des 10. termes qui &longs;e &longs;uiuent en progre&longs;&longs;iom Gernetrique multiple en commençant par l'vnité: par exemple de ceux-cy, 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256, & 512, dont le premier, le 4, le 7, & & le dernier &longs;ont 4. cubes, par le 8. du 9. des élemens, s'il e&longs;toit &longs;eulement que&longs;tion de 10. termes analogiques, & proportionels: mais puis qu'Ari&longs;tote parle des 10. analogies, il faut les trou­uer dans le nombre denaire, ou confe&longs;­&longs;er qu'il n'a pas parlé proprement, ou qu'il n'a pas bien entendu le mot d'a­nalogie, car il faut 12. termes pour fai­re 10. analogies.

C'e&longs;t pourquoy l'om ne peut expliquer le &longs;ens de ce Proble&longs;me pris à la rigueut qu'en di&longs;ant que les 10. Analogies con­pri&longs;es par le nombre denaire &longs;ont cel­les qui ont les 10. nombres qu'il con­tient, qui &longs;ont les racines, & la vertu des 10. analogies qui &longs;uiuent, dont. la premiere e&longs;t de l'vnité, qui e&longs;t &longs;a raci­ne, &longs;on quarré & &longs;on cube: la 2. e&longs;t de la me&longs;me vnité, qui &longs;ert tou&longs;iours de premier terme à chaque proportion, comme l'on void icy 1, 1, 1:1, 2, 4:1, 3, 9:1, 4, 16:1, 5, 25:1, 6, 36:1, 7, 49; 1, 8, 64:1, 9, 81:1, 10, 100.

Par où l'on reconnoi&longs;t que la dernie­re analogie &longs;e termine au quarré de 10. & que le quaternaire contient les 4. ra­cines des 4. cubes, qui font au&longs;&longs;i le non­bre de 100. lequel e&longs;t contenu dans 4. comme dans &longs;a &longs;ource, & dans &longs;on ori­gine. Or ie veux encore remarquer quelques autres cho&longs;es du nombre qua­ternaire, & du denaire: par exemple, que la premiere, ou la moindre partie de 4. e&longs;tant adiou&longs;tée à 4. fait autant que &longs;es 2. autres parties du milieu 2. & 3. adiou&longs;tées en&longs;emble, à &longs;çauoir 5. & con&longs;equemment que ces 2. additions re&longs;tituent le nombre denaire. En apres, que 4. e&longs;t &longs;equitierce de &longs;es parties ali­quotes, & con&longs;equemment qu'il con­tient la rai&longs;on de la Quarte, ou du Te­trachorde, dont nous auons parlé: 3. que toutes &longs;es parties, à &longs;çauoir 1, 2, & 3. e&longs;tant adjou&longs;tées font 6. qui e&longs;t &longs;e&longs;­quialtere de 4; & parce que ces 2. rai­&longs;ons font la rai&longs;on de l'Octaue, l'om peut dire que 4. repre&longs;ente toute la Mu&longs;i­que.

Quant à 10. (qui contient tellement tous les autres nombres, que ceux qui &longs;ont par delà ne &longs;ont autre cho&longs;e que la repetition des precedens) &longs;es parties con&longs;titutiues, (c'e&longs;t à dire toutes les par-ties qu'il contient) e&longs;tant adiou&longs;tées font 45. qui e&longs;t quadruple &longs;e&longs;quialtere de 10. lequel e&longs;tant adiou&longs;té au&longs;dites parties fait 55. qui e&longs;t &longs;e&longs;quitiere de 45. mais il e&longs;t &longs;e&longs;quiquarte de &longs;esparties ali­quotes qui font 8. au&longs;quelles e&longs;tant ad­iou&longs;té, il fait 18. qui e&longs;t double &longs;e&longs;qui­quarte de 9. à 4.

Or encore que l'on ne pui&longs;&longs;e trouuer la rai&longs;on des cho&longs;es naturelles dans les nombres, parce que nous ne connoi&longs;­&longs;ons pas les principes naturels, ils ont neantmoins de merueilleu&longs;es rencon­tres, qui peuuent &longs;eruir de conduite à l'e&longs;prit, pour contempler la nature des cho&longs;es, car cha&longs;que nombre a quelque proprieté particuliere, qui ne peut con­uenir aux autres, c'e&longs;t pourquoy ilpeut &longs;eruir de charactere pour repre&longs;enter chaque e&longs;pece, & cha que indiuidu.

Par exemple, l'vnité e&longs;t propre pour nous faire conceuoir la Diuinité, le non­bre 120. dont les parties aliquotes font le double, c'e&longs;t à dire 240. & le me&longs;me 240. dont les parties aliquotes font le triple, vn moins, & tous les autres nombres abondans peuuent &longs;ignifier les natures les plus fecondes, & les non-bres 220. & 284 peuuent &longs;ignifier la parfaite amitié de 2. per&longs;onnes, dautant que les parties aliquotes de 220. font 284. & celles de 284. re&longs;tituent 220. comme &longs;i ces deux nombres n'e&longs;toient qu'vne me&longs;me cho&longs;e.

Or il importe fort peu &longs;i ie n'ay pas rencontré la vraye rai&longs;on pour laquelle ils ont plu&longs;to&longs;t choi&longs;i ce nombre de chor­des qu'vn plus grand, dantant que quel­que nombre que l'on en prenne, le tout reuient à vne me&longs;me cho&longs;e, pourueu que l'Octaue, & lesautres con&longs;onances &longs;oient parfaites.

QVESTION X.

A &longs;çauoir &longs;iles &longs;ons forment les mœurs, com­me &longs;uppo&longs;e Ari&longs;tote dans le 27. Proble&longs;­me de la 19. &longs;ection; & s'ils &longs;ont plupropres à exciter les paßions de l'homme que les couleurs, les &longs;aueurs, & les odeurs &c. & pourquoy les &longs;ons ont cette vertu & cette pui&longs;&longs;ance.

ARi&longs;tote nous donne &longs;uiet de dicourir de cette matiere, lors qu' dit au 27. Proble&longs;me de la 19. &longs;ection que de tous les obiects des &longs;ens il n'y a que le &longs;on qui &longs;oit propre pour former les mœurs, à rai&longs;on qu'il con&longs;i&longs;te dans vn mouuement, qui ne &longs;e remarque pas dans les couleurs, dans les odeurs, ou dans les &longs;aueurs, & que les actions ont vn &longs;emblable mouuement, de &longs;orte qu'il prend l'imitation pour fondement de &longs;a &longs;olution, qui doit, ce me &longs;emble, s'expliquer en cette maniere. Le mou­uement des &longs;ons e&longs;t &longs;emblable aux actions, par le moyen de&longs;quelles on ac­quiert les habitudes de la vertu, & par le&longs;quelles on e&longs;t conduit à la Morale; & con&longs;equemment ils &longs;ont propres pour exprimer, & pour former, & con&longs;eruer les mœurs, pui&longs;que chaque cho&longs;e e&longs;t engendrée, & con&longs;eruee par &longs;on &longs;em­blable.

En effet l'on experimente que nos actions &longs;e font par le mouuement, qui produit vne habitude, lors qu'il e&longs;t &longs;ou­uent repeté: de là vient que l'on apprend à chanter par habitude: ce qui n'ar­riue pas aux autres &longs;ens, qui &longs;uppo&longs;ent leurs obiects tous faits, mais chacun peut chanter, & con&longs;e quemment peut for-mer des obiects propres pour &longs;on oreil­le: ce qui n'arriue pas aux couleurs, aux odeurs, & aux &longs;aueurs, qui &longs;ont hors de nous, & qui ne &longs;ont pas dans no&longs;tre pouuoir: De là vient que nous aymons mieux les &longs;ons, parce qu'ils dé­pendent, ou qu'ils peuuent dependre de nous, cette dependance nous for­çant qua&longs;i à aymernoz effects, comme l'on experimente aux parens, qui ay­ment beaucoup plus leurs enfans, quoy que difformes, que ceux des autres, en­core qu'ils &longs;oient plus beaux. Ce qui arriue &longs;emblablement à ceux qui font des liures, des tableaux, ou d'auties on­urages à rai&longs;on qu'ils dépendent d'eux: or l'on remarque cét amour, & cette affection que l'on a pour les &longs;ons; lors que l'on chante quelquefois &longs;ans pen­&longs;er à ce que l'on fait, quoy que l'on imi­te les chants que l'on a oüys.

Quant aux couleurs, on les tient qua­&longs;i in differentes, à rai&longs;on qu'elles ne de­pendent pas de nous, & qu'elles n'ont nul mouuement &longs;emblable à noz actions, & à noz pa&longs;&longs;ions, comme ont les &longs;ons, qui &longs;eruent à exprimer les douleurs, les plai&longs;irs, la cholere, & les autres affe-ctions de l'homme, & des animaux. Par où l'on peut entendre pourquoy les An­ciens fai&longs;oient chanter leurs Loix, dont il e&longs;t parlé au 15. & au 28. Proble&longs;me de la &longs;ectiom 19 ce&longs;t pourquoy ils appel­loient leurs chan&longs;ons des Loix, à rai&longs;on que l'on retient plus ay &longs;ément ce qui &longs;e chante, parce que le mouuement du chant e&longs;tant plus grand, & mieux reglé que celuy de la parolle, dont on v&longs;e or­dinairement dans les di&longs;cours, fait vne plus forte impre&longs;&longs;ion &longs;ur l'e&longs;prit des au­diteurs, & particulierement &longs;ur les en­fans, au&longs;quels ont peut apprendre les Loix auant qu'ils les pui&longs;&longs;ent compren­dre par rai&longs;on, parce que leur e&longs;prit, & leur memoire e&longs;t &longs;emblable à vne ta­ble d'attente, la quelle e&longs;t &longs;u&longs;ceptible de toutes &longs;ortes de couleurs.

De là vient qu'ils retiennent fort bien ce qu'ils ont appris en leur ieune&longs;&longs;e, dont les parens, & les mai&longs;tres doiuent v&longs;er à leur aduantage, afin de leur imprimer les Loix, & la crainte de Dieu, qui doit e&longs;tre le fondement de toute leur vie, & de leurs actions, puis qu'elle e&longs;t la fon­taine de la vie, dans les Prouerbes cha­pit.14. & qu'elle e&longs;t le commencement de la &longs;age&longs;&longs;e. Or pui&longs;que les mœurs &longs;e forment par les actions, & que les actions &longs;e font par des mouuemens, il faut v&longs;er des &longs;ons, qui imitent le&longs;dits mouue­mens: ce qui e&longs;t difficile à connoi&longs;tre, & à executer, car il faut &longs;çauoir les chordes, qui sont plus propres à toucher l'e&longs;prit les vnes que les autres, & com­bien de fois chacune doit e&longs;tre touchée pour paruenir au de&longs;&longs;ein que l'om &longs;e pro­po&longs;e, & con&longs;equemment quelles chor­des il faut lai&longs;&longs;er, & de quels interual­les on doit v&longs;er, car les vnes &longs;ont pro­pres à l'amour, les autres à la tri&longs;te&longs;&longs;e, & les autres à la ioye, & à la cholere.

Mais auant que de pa&longs;&longs;er plus outre, il faut remarquer que la que&longs;tion pro­po&longs;ée par Ari&longs;tore peut e&longs;tre reuoquée en doute, parce que l'on experimente que les couleurs, les &longs;aueurs, & les odeurs ont vn grand pouuoir &longs;ur nos pa&longs;&longs;ions, car comme vn tableau, ou vn vi&longs;age tri&longs;te, & mal proportionné nous fa&longs;che, & nous déplai&longs;t, de me&longs;me les excellents tableaux, & les beaux vi&longs;a­ges nous raui&longs;&longs;ent de contentement, & l'on rencontre des tableaux du vi&longs;age de no&longs;tre Sauueur, que l'on ne peut long-temps regarder &longs;ans conçeuoirvne gran­de reuerence accompagnée de quel­que &longs;orte de crainte, & de frayeur: ce qui arriue &longs;emblablement lors que l'on enui&longs;age de certaines per&longs;onnes, dont le front, les yeux, & les autres parties du vi&longs;age &longs;ont remplies d'vne &longs;i grande maie&longs;té, & ont vne &longs;i grande pui&longs;&longs;ance, qu'ils impriment tels mouuemens qu'ils veulent, &longs;oit de crainte, & de reueren­ce, &longs;oit de réioüi&longs;&longs;ance, ou de tri&longs;te&longs;&longs;e, &longs;ur ceux qui les regardent attentiuement. De &longs;orte que l'on peut dire que l'im­pre&longs;&longs;ion qui &longs;e fait dans l'ame par les yeux e&longs;t du moins au&longs;&longs;i pui&longs;&longs;ante que celle qui &longs;e fait par les orcilles. L'on ex­perimente &longs;emblablement que les &longs;a­ueurs, & les odeurs ont vne grande pui&longs;&longs;ance &longs;ur l'e&longs;prit, car la &longs;aueur ame­re, & l'odeur puante nous fa&longs;chent ex­tremément: & &longs;i l'on remarquoit au&longs;&longs;i exactement les differens degrez des &longs;a­ueurs depuis la plus amere, & la plus fa&longs;cheu&longs;e iu&longs;ques à la plus douce, & la plus agreable, comme l'om remarque les differens degrez des &longs;y&longs;temes de la Mu­&longs;ique, l'on trouueroit, peut-e&longs;tre, qu'el­les ont des effects au&longs;&longs;i grands &longs;ur l'e&longs;-prit que les &longs;ons, & les couleurs, & con­&longs;equemment on pourroit e&longs;tablir des rai&longs;ons, & des proportions harmoni­ques entre les &longs;aueurs, & les odeurs, con­me l'on fait entre les &longs;ons.

En effet les differentes odeurs ap­portent de grands changemens aux e&longs;­prits, comme l'on experimente dans les Egli&longs;es, dont les &longs;uffumigations, & les encen&longs;emens excitent à la deuotion: & dans les Ho&longs;pitaux, dans les pri&longs;ons, & dans les autres lieux renfermez, qui rendent les e&longs;prits lents, tri&longs;tes, & he­betez, & qui font mal au cœur: & lors que l'om e&longs;t au milieu d'vn parterre plein d'œillets, de mariolaine, de ia&longs;min, de giroflées, & de ro&longs;es, la vapeur, & les douces fuméesde ces fleurs qui embau­ment l'air, charment l'e&longs;prit de leur douceur, & l'enchantent au&longs;&longs;i douce­ment que les concerts les plus raui&longs;­&longs;ants: de &longs;orte que les odeurs, au&longs;&longs;i bien que les &longs;aueurs, & les couleurs, peuuent di&longs;puter, & débatre de la préeminence, & de la pui&longs;&longs;ance qu'elles ont &longs;ur l'e&longs;­prit de l'homme contre les &longs;ons; bien qu'ils &longs;oient beaucoup plus excellents, &longs;il'on con&longs;idere le di&longs;cours, au&longs;quels ils &longs;eruent de matiere, mais nous parlons iey des &longs;ons, & non de la parolle.

Il faut neantmoins conclurre que les &longs;ons, & les chants &longs;ont plus propres que les obiects des autres &longs;ens pour exciter les pa&longs;&longs;ions, dont Felix Accarombon rapporte la cau&longs;e aux differents mou­uemens, c'e&longs;t à dire aux me&longs;ures longues, & briefues des chan&longs;ons, à rai&longs;on que le mélange des temps imite les actions qui produi&longs;ent les pa&longs;&longs;ions. Mais la &longs;eule melodie a de la force &longs;ur les pa&longs;­&longs;ions, encore que les differentes notes ne changent point de me&longs;ure, comme l'on experimente à l'interualle de la Sex­te, & de la Tierce mineure, qui exci­tent la tri&longs;te&longs;&longs;e, & à tous les chants qui fini&longs;&longs;ent par les demitons, ou par les die­&longs;es: quoy qu'il &longs;oit certain que les dif­ferentes me&longs;ures adiou&longs;tent vne gran­de force à la melodie comme nous auons dit ailleurs, & que la rythmique ayt toute &longs;eule beaucoup de pui&longs;&longs;ance &longs;ur l'e&longs;prit &longs;ans la melodie, comme l'on re­mar que aux battemens du tambour, & dans plu&longs;ieurs autres mouuemens.

Or la rai&longs;on de cette pui&longs;&longs;ance que les &longs;ons impriment &longs;ur l'e&longs;prit, doit e&longs;tre pri&longs;e des differens mouuemens, dont ils frappent le tympan, ou la membra­ne de l'oreille, & con&longs;equemment les e&longs;prits de l'oüye: par exemple, lors que l'on chante par l'interualle de la Sexte mineure en montant pour exciter la tri&longs;te&longs;&longs;e, les e&longs;prits &longs;ont premierement frappez 5. fois par le &longs;on graue, & puis 8. fois dans vn temps égal par le &longs;on ai­gu, c'e&longs;t pour quoy il faudroit con&longs;ide­rer pourquoy 8. coups, ou le battement, dont la force e&longs;t comme 8, a la pui&longs;&longs;an­ce d'exciter la tri&longs;te&longs;&longs;e, lors qu'il &longs;uit im­mediatement apres le battement, dont la force e&longs;t comme 5: ce que l'on peut &longs;emblablement con&longs;iderer dans les au­tres interualles.

Quelques-vns &longs;imaginent que les Anciens ont &longs;çeu quelles chordes il fal­loit toucher les vnes apres les autres pour exciter toutes &longs;ortes de pa&longs;&longs;ions, & qu'ils auoient e&longs;tably des loix pour ce &longs;uier, parce qu'ils li&longs;ent dans Platon, & dans Ari&longs;tote qu'ils auoient vne ma­niere de Mu&longs;ique pour exciter la cho­lere, & vn autre pour l'appai&longs;er: & que Timothée mettoit Alexandre le Grand en cholere quand il chantoit, ou qu'il touchoit la Harpe, ou d'autres in&longs;tru­mens: mais nous ne voyons nul ve&longs;tige dans ces Philo&longs;ophes qui pui&longs;&longs;e tant &longs;oit peu per&longs;uader qu'ils ayent connu les pa&longs;&longs;ions, & leurs mouuemens iu&longs;ques à vn tel point, qu'ils ayent peu e&longs;tablir des &longs;ons, ou des chants pour émouuoir, & pour appai&longs;er chaque pa&longs;&longs;ion.

En effect, &longs;'il y eu&longs;t eu des genres, des e&longs;peces, ou des modes de Mu&longs;ique du temps de Platon, ou d'Ari&longs;tote, dont les effects eu&longs;&longs;ent e&longs;té &longs;i &longs;ignalez, & qui eu&longs;&longs;ent eu vn tel a&longs;cendant &longs;ur les pa&longs;­&longs;ions, & &longs;ur l'e&longs;prit des auditeurs, ils eu&longs;&longs;ent beaucoup mieux fait d'en&longs;ei­gner cét art aux hommes, que la Mo­rale, & la Politique, dont ils ont traité, car il n'y a point de Rethorique a&longs;&longs;ez pui&longs;&longs;ante pour faire quitter l'enuie, la cholere, l'amour, & les autres pa&longs;&longs;ions, lors qu'elles &longs;ont enracinées dans l'e&longs;­prit; & les Anciens confe&longs;&longs;ent eux­me&longs;mes qu'ils n'ont point trouué de re­medes pour appai&longs;er les grandes tri&longs;te&longs;­&longs;es: & &longs;ils eu&longs;&longs;ent eu des &longs;ons, & des chants pour ce &longs;ujet, ils n'eu&longs;&longs;ent eu nul be&longs;oin de la fiction de leur Nepenthe, & de leurs boi&longs;&longs;ons imaginaires, pour ap-pai&longs;er les douleurs, & pour calmer les pa&longs;&longs;ions. Mais i'ay parié plus ample­ment de cecy dans vn autre lieu, où i'ay mon&longs;tré que nul des Anciens n'a mieux entendu la Mu&longs;ique que nous, afin que l'on ne &longs;oit pas tellement préocupé de leurs écrits, & de leurs hi&longs;toires, que l'om &longs;uiue plu&longs;to&longs;t leur imagination, & leurs fautes, que l'experience, & la rai&longs;on. Carie ne doute nullement que la Mu­&longs;ique ne &longs;oit maintenant dans vne au&longs;­&longs;i grande perfectiom que celle des Grecs, &longs;oit que l'on con&longs;idere l'harmonie de plu&longs;ieurs parties, ou la melodie, & la conduite d'vne &longs;eule voix, ou la gran­deur, la bonté, la beauté, & la multitu­de des in&longs;trumens: &longs;i ce n'e&longs;t que l'on die qu'ils auoient des voix plus nettes, plus fortes, & meilleures que nous: ce qu'il faudroit prouuer auant que de le croire.

QVESTION XI.

A &longs;çauoir comme il faut compo&longs;er les chan­&longs;ons, pour e&longs;tre les plus excellentes de tou­tes celles qui &longs;e peuuent imaginer.

PVis que la perfection de chaque cho&longs;e con&longs;i&longs;te en &longs;on e&longs;&longs;ence, en &longs;es proprietez, & en &longs;es accidens, & que &longs;on excellence doit e&longs;tre me&longs;urée &longs;elon &longs;es principes, ou &longs;uiuant la fin, à laquel­le elle e&longs;t de&longs;tinèe, ie dis que la chan&longs;on qui aura tout ce qui e&longs;t requis à &longs;a per­fectiom, & qui &longs;era la mieux proportion­née à &longs;a fin &longs;era la plus excellente de toutes.

Or elle aura toutes &longs;es parties, lors qu'elle répondra parfaitement àla let­tre & au &longs;uiet que l'on prend; & ne pour­ra iamais e&longs;tre plus excellente que quand elle aura le &longs;uiet le plus excellent de tous, qui con&longs;i&longs;te a décrire les grandeurs & les loüanges de Dieu, & l'amour & l'ardeur dont nous deuons l'adorer eter­nellement.

D'où il e&longs;t ay&longs;é de conclurre, que tou­tes les chan&longs;ons de Cour, qui n'ont point d'autre &longs;uiet que les profanes, & qui ne contiennent autre cho&longs;e que les loüan­ges des hommes, qui ne &longs;ub&longs;i&longs;tent le plus &longs;ouuent que dans les flatteries, & qui n'ont point d'autre &longs;ou&longs;tien que la vanité & le men&longs;onge, ne peuuent e&longs;tre parfaites, puis que la verité leur manque &longs;ans laquelle il n'y a nulle perfection, & quelles &longs;ont priuées du &longs;uiet qui rauit les Anges & qui &longs;eruira d'vn entretien eternel à tous les prede&longs;tinez, & les bien-heureux. Quant aux autres con­ditions nece&longs;&longs;aires pour faire des chants & des airs raui&longs;&longs;ans, i'en parleray dans vn liure particulier, carie veux finir cet­tuy-cy par ces vers qui sont propres pour chanter les loüanges de Dieu. Tri&longs;te ennemy des belles cho&longs;es Hyuer couronné de glaçons, E&longs;té qui meurit les moi&longs;&longs;ons, Printemps qui fait fleurir les ro&longs;es, Gre&longs;les, neiges, broüillards épais Loüés le Seigneur à iamais Celebrez &longs;on nom adorable, Tout ce qu'il produit e&longs;t parfait Et cét vniuers admirable, (fait. De &longs;on diuin pouuoir n'e&longs;t qu'vn petit ef­Theatre famcux des naufrages Mer dont les flots impetueux Viennent d'vn pas re&longs;pectueux Bai&longs;er le &longs;ablon des riuages, Creux & va&longs;te empire du venti, Dont le calme e&longs;t &longs;i deceuant, Molle ceinture de la terre, Lien de cent peuples diuers Champ de la paix & de la guerre, Beni&longs;&longs;ez à iamais l'Autheur de l'vniuers,

FIN.